Très déçus en sortant de leur rencontre avec le directeur de cabinet du ministre de l’Agriculture le 5 novembre, les producteurs de choux-fleurs bretons ont continué leurs manifestations pendant la semaine du 8. La crise est pour l’instant sans solution, Bruxelles ayant rejeté le plan français de dispositif de gestion de crise.
«Très, très déçus » par les réponses du ministère de l’Agriculture à la crise légumière, et notamment du chou-fleur, les producteurs bretons ont annoncé le vendredi 5 novembre à Rennes la poursuite de leur combat pour la survie de la production bretonne et contre la concurrence déloyale.
« La bagarre va continuer. Elle ne fait que commencer », avait averti Thierry Merret, un des cinq délégués reçus dans la matinée du 5 novembre par le directeur de cabinet d’Hervé Gaymard à Paris. Secrétaire général de la FDSEA du Finistère, il avait donné au gouvernement « jusqu’à la fin de la semaine » (celle du 1er novembre) pour faire de nouvelles propositions, sans quoi les producteurs, qui manifestaient déjà régulièrement depuis dix jours, se remobiliseraient. C’est ce qu’ils ont fait.
Une nouvelle semaine de manifestations
Des légumiers bretons ont séquestré le 10 novembre deux gendarmes pendant plusieurs heures dans une coopérative à Camlez (Côtes-d’Armor) pour protester contre le placement en garde à vue d’un des leurs après une manifestation la semaine précédente. Selon la FDSEA, les gendarmes ont perquisitionné le domicile du légumier interpellé, « le rendant responsable des actions de ces derniers jours ». « Les gendarmes l’ont finalement emmené menottes aux poignets devant sa famille vers Rennes, où il est actuellement entendu », a ajouté la FDSEA.
« Je ne peux pas tolérer que deux gendarmes soient séquestrés, ce n’est pas négociable. Par contre, le dialogue est maintenu avec les légumiers au niveau économique », a commenté le préfet. Depuis une quinzaine de jours, le mouvement des producteurs de légumes, qui font face à une grave crise liée à la surproduction et à la concurrence de pays étrangers où la main d’œuvre est moins coûteuse, manifestent régulièrement. Leur mouvement s’est nettement durci en fin de semaine du 1er novembre. Après l’attaque de trois centres d’impôts à Lannion (Côtes-d’Armor), Morlaix (Finistère) et Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) le 5, trois informations judiciaires ont été ouvertes durant le week-end.
«Il nous faut un signe fort»
« Il nous faut un signe fort », a déclaré Thierry Merret à Agra le 10 novembre. Contrairement au secteur laitier où, quand un agriculteur arrête, le voisin prend sa place, dans le secteur légumier, une cessation entraîne une perte sèche pour la région, a-t-il expliqué. En outre, la Pologne, qui cultivait à peine 700 hectares de choux-fleurs jusqu’à l’année dernière, en exploite 7 000 maintenant. « Nous savons nous adapter, mais face à telle rapidité de l’évolution, nous avons besoin d’accompagnements, sous peine de disparaître », a-t-il expliqué. Le dispositif actuel est insuffisant parce qu’il ne s’enclenche que lorsque l’agriculteur produit à perte, a expliqué M. Merret. « La crise appelle d’autres mesures que celles-là », a ajouté le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer, qui n’a pas participé à la réunion à Paris mais s’est joint aux manifestants.
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« Mort du légume = Bretagne en friche », « Légumiers bretons cherchent main d’œuvre à un euro de l’heure », « Bruxelles impose, Paris s’écrase », « Consommateurs, aidez-nous, achetez breton », tels ont été les slogans le 5 novembre. La colère des producteurs n’est pas retombée depuis. Ils ont l’impression d’avoir été bernés. Devant l’ampleur du problème, des membres du cabinet du ministère de l’Agriculture se sont rendus à Rennes pour écouter les producteurs. Mais le 10 novembre au soir, rien n’a encore été décidé.
Paris toujours déterminé à obtenir un dispositif de gestion de crise
La France n’entend pas renoncer à obtenir la mise en place d’un dispositif de gestion de crise du chou-fleur au niveau de l’Union, en dépit du récent refus de la Commission européenne. Les promesses qui ont été faites aux producteurs de choux-fleurs frappés par la crise actuelle seront « tenues», a affirmé Hervé Gaymard. « En vertu du principe de confiance légitime, ce qui a été promis aux producteurs de choux-fleurs en France sera tenu », a indiqué M. Gaymard devant l’Assemblée nationale. Le ministre a rappelé qu’il avait obtenu de Bruxelles en juin 2003 que des propositions seraient faites par la Commission en décembre prochain. « J’espère qu’elle sera au rendez-vous », a-t-il dit. Il a assuré avoir obtenu qu’il y ait « une opération pilote pour prendre en charge en tout ou partie le différentiel de prix entre le chou-fleur frais et le chou-fleur transformé ».
« Le commissaire européen à l’agriculture, Franz Fischler m’a donné son accord à la fin du mois d’octobre. Mais, de manière inexplicable, il y a quelques jours, par un artifice de procédure, la Commission n’a pas suivi cette voie. Le Premier ministre français a saisi le président de la Commission», a-t-il dit.
C’est en marge du conseil informel de Killarney en Irlande, en mai dernier, que M. Fischler avait pris l’engagement auprès de M. Gaymard de présenter au collège, à titre expérimental, un système de gestion de crise. Bien que peu soutenu par les autres États membres, ce projet semblait en passe d’être adopté, via la procédure du comité de gestion, mais ce dossier a refait surface en dernière minute à la demande de la commissaire allemande au Budget, Michaele Schreyer. Au bout du compte, seize commissaires sur trente ont voté contre le 26 octobre dernier Voir n° 2979 du 01/11/04.