La crise laitière touche aussi l’élevage de vaches à viande français. Le président de la Fédération nationale bovine a affirmé, en Vendée le 24 août, que face à l’afflux de réformes laitières, les produits issus de races allaitantes doivent se différencier.
« Le plan européen d’urgence pour l’élevage et ses effets sur la production laitière risquent de mettre gravement en danger la filière viande bovine », affirme la FNB (éleveurs de bovins allaitants). Les incitations à produire moins pour faire remonter les prix du lait accélèrent la décapitalisation du troupeau laitier français. Le marché de la viande bovine, déjà alourdi par une hausse des sorties de vaches allaitantes, est en train de plonger avec la crise laitière. Selon les données de l’Institut de l’élevage (Idele) publiées en juillet, « après une hausse de 15 % par rapport en 2015 en mai, les abattages de vaches laitières ont progressé de 7 % en juin ». Pour la suite, « le rythme de réformes restera soutenu aussi dans les exploitations laitières ces prochains mois. » Dans ce contexte, « l’érosion des cours des vaches se poursuit », commente l’Idele. Fin juin, la cotation de la vache O (1) à 3,06 euros/kg de carcasse était en baisse de 10 % sur un an. « Si les moins bonnes conformations demeurent les plus affectées, les bonnes ne sont pas épargnées », développent les économistes. Ainsi, la cotation de la vache U était en baisse de 5 % à 4,43 euros/kg de carcasse fin juin sur un an.
Viser la différenciation
« La démarche cœur de gamme vise à opérer une déconnexion de la logique des cotations hebdomadaires », a déclaré Jean-Pierre Fleury, président de la FNB, en Vendée, le 24 août. L’objectif est de ne plus fixer le prix des vaches à partir de la plus basse cotation indifféremment pour les races à viande et les autres races (mixtes/laitières), comme c’est le cas aujourd’hui. Le cœur de gamme correspond à des animaux au minimum de conformation R. L’objectif est de « garantir une rémunération du produit sur la base de spécifications techniques ». Ces critères permettraient de fixer un prix « cœur de gamme » pour les animaux issus de races à viande. « On a bien construit un prix sur les appellations », illustre Jean-Pierre Fleury. Concrètement, un des critères à prendre à compte pour fixer le prix des animaux allaitants serait les coûts de production. « Nous sommes le seul secteur à vendre à perte », déplore Xavier Beulin, président de la FNSEA, également présent en Vendée, fin août. Sur ce sujet, le syndicalisme agricole a d’ailleurs fait remonter ses doléances à Bruxelles : « Le sujet est en train de s’ouvrir », affirme Jean-Pierre Fleury. Pour l’heure, rien n’interdit les ventes à perte entre l’agriculteur et l’acheteur.
Après Super U, à qui le tour ?
La stratégie est bien de valoriser la viande issue du troupeau allaitant. Les acheteurs ont un rôle à jouer. Super U est dans cette démarche. Le 1er juin, Serge Papin, p.-d.g de système U et Jean-Pierre Fleury, président de la FNB, ont signé un engagement pour la création d’un cœur de gamme de races allaitantes. Un des engagements est « d’assurer une valorisation du produit permettant de couvrir les coûts de production en élevage et assurer une juste rémunération. » La FNB fait déjà état d’une revalorisation du prix payé au producteur de 1 euro/kg. Si Serge Papin et ses magasins ouvrent la voie, reste à convaincre les autres enseignes de s’engager. Le monde de l’élevage y croit. « Les enseignes peuvent nous surprendre dans le bon sens », affirme Xavier Beulin. Selon lui, Michel Edouard Leclerc a « parfaitement compris le cœur de gamme […] Certains magasins vont entrer dans la démarche ». Il poursuit : « Le combat peut être très rapide. Si une enseigne suit Super U, les autres devraient entrer aussi dans ce modèle ».
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Informer le consommateur
D’ici là, les éleveurs restent mobilisés. Ils veulent informer les consommateurs. « Nous avons fait une demande auprès du ministère pour avoir une enveloppe sur trois ans pour communiquer sur le cœur de gamme, poursuit Jean-Pierre Fleury. En plus, la Commission européenne est ouverte sur le sujet du rehaussement de la qualité des viandes. » Ce plan de communication serait dédié « exclusivement au cœur de gamme » à destination des consommateurs.
(1) Le classement des animaux se fait selon le système EUROPA. Les vaches de type E, les mieux conformées, ont la cotation la plus élevée. Au contraire, les vaches de type A, sont les moins bien cotées.
Treize mesures pour gérer la crise en filière bovin-viande
La Fédération nationale bovine (éleveurs de bovins allaitants) a proposé treize mesures pour « passer la crise et construire l’avenir ». Selon un communiqué du 24 août, la FNB propose, outre la mise en œuvre d’une nouvelle logique qualitative de filière à travers la démarche « cœur de gamme », de « passer immédiatement à 100 % viande bovine française dans les établissements publics », de « mettre en place un dispositif de soutien aux éleveurs souhaitant se reconvertir ou arrêter leur activité » ou encore de « mettre en place une politique d’export au plus haut niveau de l’État. »