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La crise vue de l’Ouest

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En pleine agitation autour de la fixation du prix du lait, les agriculteurs engagés en coopératives et les représentants du syndicalisme ont quand même réussi à se parler par-delà leurs divergences lors de l’assemblée générale de Coop de France Ouest la semaine dernière. Outre leur plaidoyer commun pour un retour à une négociation interprofessionnelle nationale, ils acceptent le débat sur un autre système pour l’avenir comme la contractualisation avec, à la clé, un double prix du lait qui serait fonction des débouchés.

La crise du prix du lait s’est invitée à l’AG que Coop de France Ouest a tenue le 20 mai à Rennes. Entre les éleveurs qui portent la casquette du syndicalisme et ceux qui sont engagés comme élus dans les conseils d’administration des coopératives, les divergences sont exacerbées mais il transparaît une volonté commune d’en sortir. Les premiers prennent à partie aussi bien les industriels privés que les coopératives, révoltés qu’ils sont de devoir vendre le lait à des prix d’il y a …27 ans et assurément bien inférieurs à leurs coûts de production, selon les arguments avancés par le président de la section lait de la FRSEA Ouest, Pascal Clément. Contraint de s’expliquer, Gilbert Keromnes, vice-président d’Even et membre du bureau de la FNCL, rappelle que le niveau des acomptes d’avril n’a pas été fixé de façon unilatérale, du moins dans les coop, car il a été discuté et adopté au sein de conseils d’administration qui, par définition, sont composés d’agriculteurs.

Une réalité économique incontournable

« Le prix actuel n’est pas le reflet de l’année », assure-t-il, le mois d’avril étant toujours le plus bas de l’année et « il y aura un retour de balancier ». Mais il faut, selon lui, tenir compte de la réalité économique : « Médiateur ou pas, nous ne laisserons pas passer un prix qui compromette la survie de nos entreprises ». Cette réalité se résume à des cours des produits industriels qui se sont effondrés alors que les marchés des PGC ne sont pas assez bien orientés pour compenser ; de plus, la France souffre d’un problème de compétitivité par rapport à ses voisins : notre lait de consommation est attaqué par le lait venant d’Allemagne par exemple où le système de paye du lait est plus réactif, et le problème gagne aussi l’emmental.

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Pour le vice-président de la FNCL, « nous avons tous été conduits dans une impasse à partir du diktat de la DGCCRF qui nous a privés d’une négociation nationale et laissés dans l’incertitude sur ce qu’il était permis de fixer comme indicateurs ». Les interprofessions régionales ont demandé une combinaison-type pour savoir manier ces indicateurs mais le risque était trop grand de s’attirer des redressements pour atteinte aux règles de la concurrence, explique en substance Gilles Keromnes. Au point où l’on en est arrivé, seule une réunion interprofessionnelle nationale peut aider à sortir du blocage, c’est en tout cas le point de vue désormais bien partagé par les producteurs et les entreprises de l’Ouest.

Retour de l’idée du double prix

En revanche, une fois sortis de la crise, les partenaires devront peut-être se rallier à l’idée du « double prix », une solution déjà maintes fois avancée par la FNCL. Ainsi les transformateurs paieraient le lait selon deux prix en fonction de leurs marchés : l’un pour les produits de grande consommation, l’autre pour les produits industriels. De la sorte, les producteurs devraient « adapter leur production aux débouchés de leur laiterie », précise Gilbert Keromnes. Mais cette proposition, discutée en AG de Coop de France Ouest, demandera du temps à mettre en place au niveau des contrats. Cette voie de la contractualisation est donc présentée comme le substitut à la politique des quotas qui, tôt ou tard, seront abandonnés par Bruxelles, normalement après 2013.