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Perspectives   La dérèglementation de la filière en question

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 La filière laitière est à un tournant. Pire pour certains, on assiste à un scénario catastrophe alors que la réunion de fixation du prix du lait du 22 janvier a abouti à un échec. La PAC réformée en juin 2003 n’a pas épargné le lait contrairement à ce qu’a voulu croire la filière pendant longtemps. La dénonciation par les industriels de l’accord sur les modalités de fixation du prix du lait en septembre a semé le trouble dans une filière citée en exemple pour sa transparence et son organisation interprofessionnelle. La déréglementation de la filière pose question alors qu'elle a longtemps constitué avec son OCM un modèle d’économie pour le contribuable.

 

« On s’attendait à un scénario catastrophe mais pas de telle ampleur ». Cet aveu de Régis Chevallier, secrétaire général de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) après la réunion de fixation du prix du lait du 22 janvier en dit long sur le malaise d’une filière souvent citée en exemple en terme d’organisation et de responsabilisation. Après la réforme de la PAC, décidée en juin 2003 à Luxembourg), on est à un tournant : soit on trouve une solution collective, régulée, soit on laisse la déréglementation agir et on se retrouve dans cinq ans dans la situation actuelle de la volaille et du porc » résumait un syndicaliste de la FNPL en pleine action syndicale sur le terrain. « On se retrouve dans la situation qu’ont connu les éleveurs laitiers avant la finalisation de l’accord de 1997 qui précise les modalités de fixation du prix du lait » regrette pour sa part le président de la FNPL, Henri Brichart.

Comme le secteur porcin ?

Depuis que les producteurs ont claqué la porte, le 22 janvier, des négociations sur le prix du lait avec les industriels laitiers, le spectre d’une désorganisation de la filière à l’image de ce qui se passe dans le secteur porcin est brandi. Les temps sont durs. La faute à la dégradation des marchés, à la concurrence européenne, aux impératifs de compétitivité et aux conséquences de la réforme de la PAC expliquent les industriels. Certains des arguments des transformateurs sont qualifiés d’« intox » par la FNPL. De quoi s’agit-il ?

« On ne peut que constater la dégradation des marchés » résument les industriels laitiers. Les prix des produits industriels stagnent depuis mi-2001 à un niveau historiquement bas. Toutes les entreprises sont concernées par ces pertes sur les produits industriels rappellent la FNCL et la FNIL. Enfin, l’évolution de la consommation des ménages en Europe censés assurer des débouchés pour les PGC (produits de grande consommation) « augmente beaucoup moins vite  : 1 % au lieu des 2 % prévus lors de la préparation de la réforme de la PAC considérée longtemps comme un simple toilettage des accord de Berlin.

La concurrence européenne

« Cette dégradation des marchés est déjà prise en compte par nos concurrents européens dans la fixation de leur prix d’achat du lait en tant que matière première» avancent les industriels. « Les industriels français ont un déficit de compétitivité de 9 à 10 euros/1000 litres par rapport à l’Allemagne qui vient de nous déloger du marché espagnol de l’emmental » explique Jean Le Vourch, le 28 janvier dans une interview à Ouest France. La FNPL fait valoir que jusqu’en 2002 les prix payés aux producteurs allemands étaient largement supérieurs aux prix français (Cf graph 1). La tendance ne s’est inversée que tout récemment.

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Le prix du lait français est en 2003 identique à celui de 1998 lors de la mise en œuvre de l’accord sur le prix du lait. En 5 années d’application de l’accord et malgré la baisse importante de 2002, le prix du lait a progressé en moyenne de 4,2 centimes de francs (soit + 2,2 % de 1998 à 2002) « alors qu’il se dégradait lentement et sûrement sur la période antérieure » constate la FNPL (Cf graph 2).

Selon le syndicat, l’évolution des prix aux différents stades de la filière (consommateurs, industriels et producteurs) n’est pas favorable aux producteurs français. Ils ne bénéficient pas de l’augmentation des prix à la consommation en hausse presque régulière depuis 2000. Pire, le prix payé aux producteurs diminue depuis 2000. L’évolution pour les industriels est linéairement stable depuis 2000. (Cf graph 3). En terme de revenu, la progression du revenu par actif des éleveurs laitiers selon Agreste est resté proche de sa tendance de long terme : + 5 % en 2002 et 2003 avec une évolution moyenne de 4,4 % depuis 1992. Toutefois, la FNPL avait réagi lors de la publication des résultats du revenu agricole en considérant ces chiffres comme « une provocation ».

Le "séisme" de la PAC

Enfin, la réforme de la PAC du juin 2003 considérée par les industriels comme « un séisme » pour la filière aura « une influence profonde et durable sur l’équilibre des marchés ». Il a été décidé en juin 2003 à Luxembourg de baisser progressivement les prix de soutien des marchés et de transférer en parallèle les aides aux produits, qui permettaient une stabilité du prix du lait, vers des soutiens aux producteurs sous forme d’aides directes, expliquent la FNCL et la FNIL. « Les prix d’intervention du beurre et de la poudre, qui vont baisser à partir du 1er juillet 2004 entraîneront avec eux, encore plus bas, les prix de marché des produits industriels ». Une compensation partielle pour les producteurs est instaurée à hauteur de 12 euros/1000 litres indiquent les industriels.

Impératifs de compétitivité

Les « impératifs de compétitivité » dans ce contexte ont donc "poussé" les transformateurs à proposer - 12 euros/1000 litres (compensé par l’Union européenne) auxquels s’ajoutent - 6 euros/ 1000 litres (équivalent aux calculs des index de l’accord de 1997 sans le lissage de 50 %). La FNPL conteste : « après deux années de baisse des prix du lait, les transformateurs sont rentrés d’emblée dans la négociation avec des propositions qui consistent à anticiper les effets présumés de la réforme de PAC » avant juillet 2004. Il n’y pas lieu d’anticiper estime la FNPL. En résumé « les entreprises vont faire payer aux seuls producteurs de lait (115 000 exploitations laitières dont la moitié ont un revenu inférieur au Smic) les conséquences de la mauvaise tenue des marchés, notamment sur le secteur des produits industriels (beurre et poudre) et de la réforme de la PAC de Luxembourg de juin dernier » conclut le président des producteurs de lait, Henri Brichart.