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Espagne/Produits de la mer La dette réelle du groupe Pescanova contraint son président à la démission

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Manuel Fernández de Sousa, président du groupe espagnol Pescanova, quitte le navire après 37 ans dans la gestion du géant galicien des produits de la mer. L’entreprise, créée par son père, est aujourd’hui en grande difficulté. La démission, annoncée lors du conseil d’administration de la société avancé suite aux derniers évènements, n’aura pas surpris les actionnaires majoritaires, représentés par les groupes Damm et Luxempart qui demandaient son départ depuis des mois.

La gestion par Fernández de Sousa du groupe de pêche Pescanova est entourée depuis de nombreuses semaines de critiques et polémiques, encore amplifiées après le rapport de l’auditeur KPMG sur les comptes de la société. Dans ce rapport, fourni le 11 juillet à la Commission nationale du marché de valeurs (CNMV), l'autorité des marchés financiers en Espagne, on apprend que la dette de Pescanova est quatre fois supérieure à ce qui avait été annoncé par le président en avril 2012 : elle atteint 3, 3 milliards, avec un déficit patrimonial de 927 millions d’euros. KPMG révèle des ajustements comptables destinés à empêcher l’enregistrement de pertes supérieures à 1 milliard d’euros entre 2010 et 2012 : « Les irrégularités commises par le groupe Pescanova ne sont pas fortuites, elles sont le résultat de pratiques développées par la direction depuis des années ». L’audit avait été commandé par de Sousa lui-même comme preuve de sa « bonne foi pour démêler les comptes suite aux difficultés des derniers mois ». L’ancien président est également mis en examen pour comptes frauduleux et utilisation d’information privilégiée. Celui-ci, qui a longtemps affirmé sa bonne foi, a finalement préféré jeter l’éponge et présenter sa démission.
 
Un feuilleton à multiples rebondissements
Les problèmes de la société espagnole créée en 1960, leader du secteur des poissons surgelés et le second dans la transformation de produits de la mer en Europe, commencent en février dernier lorsque l’entreprise, qui fait partie de l’Ibex 35 à la Bourse de Madrid, annonce à la CNMV qu’elle ne pourra pas présenter ses comptes annuels pour 2012. Le cours de ses actions, détenues majoritairement par des petits porteurs, s’effondre alors. La presse annonce un écart entre la dette reconnue et la dette réelle, une dette qui pourrait être cachée par le biais d’opérations entre les différentes filiales Pescanova. Sa cotation en Bourse est interrompue le 12 mars. En juin, le groupe arrive à renégocier une ligne de crédit urgent lui permettant de faire face aux besoins les plus pressants : 56 millions d’euros sont fournis par un consortium de sept banques espagnoles, et la région de Galice, après deux mois d’intenses négociations au cours desquelles les banques étrangères (Royal Bank of Scotland, Deutsche Bank et Commerzbank) ont finalement refusé de secourir la société.
De son côté le quatrième actionnaire du groupe, le groupe nord-américain Cartesian a demandé des explications cette semaine à la CNMV. Selon son président, Peter M. Yu , il est nécessaire d’éclairer l’affaire Pescanova, afin de récupérer la confiance des investisseurs internationaux : « Ce scandale est dû au manque de transparence des gestionnaires, du conseil d’administration, de l’auditeur et des banques de Pescanova », a-t-il déclaré. Il demande la publication du rapport de KPMG, responsable de la démission du président du groupe, une demande refusée par la CNMV qui considère que ce rapport fait partie de l’investigation judiciaire.
 
Des implications hors d’Espagne
Pescanova est présente dans une vingtaine de pays, ses filiales emploient 100 navires et plus de 10 000 personnes. Son chiffre d'affaires annuel s'élève à près de 1,5 milliard d'euros. En France, Pescanova possède Krustanord, dans le secteur de la production et de l’import-export de crevettes cuites et conditionnées, répartis sur quatre sites : Saint Laurent de Var, Boulogne sur Mer, Vitrolles et Lorient. Le groupe a également une filiale de distribution près de Caen, avec quinze commerciaux. En avril dernier, la filiale Krustanord était exclue de la procédure de dépôt de bilan des autres filiales de Pescanova, mais elle pourrait se retrouver menacée par la situation financière actuelle du groupe.

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