La nécessité de boucler « rapidement » le cycle de Doha en cette période de crise économique devait être soulignée, tant au sommet du G-20 le 2 avril à Londres que lors de la première rencontre entre Barack Obama et l’ensemble des dirigeants de l’UE, trois jours plus tard à Prague. Mais la relance des négociations de l’OMC risque d’être laborieuse. La nouvelle administration américaine – dont le secrétaire à l’agriculture, Tom Vilsack, se montre à ce stade plutôt réservé – doit encore affiner sa position. L’Inde est en période électorale. Et la priorité, au niveau international, semble plutôt être d’éviter la multiplication, face à l’urgence, de nouveaux obstacles aux échanges . Un risque qui, d’ailleurs, plaide pour le renforcement des disciplines multilatérales, et donc pour le cycle de Doha.
Consacré à la lutte contre la crise économique et financière, le sommet du G-20 du 2 avril à Londres réunissant les principaux pays industrialisés et émergents devait, selon le projet de conclusions, se déclarer « déterminé à restaurer la croissance dès maintenant, à combattre le protectionnisme et à réformer nos marchés et nos institutions ».
Les chefs d’Etat et de gouvernement devaient notamment décider un effort financier conséquent sur les deux prochaines années pour « soutenir le financement du commerce » mondial. Le 26 mars, le premier ministre britannique, Gordon Brown, hôte de la rencontre, avait avancé le chiffre de 100 milliards de dollars. L’OMC estime que les échanges internationaux devraient enregistrer cette année leur plus forte contraction depuis 1945 et reculer de 9 % en volume sous l’effet de la récession.
Dérapage vers le protectionnisme
Le sommet du G-20 devait « réaffirmer » et prolonger de douze mois son engagement, pris fin 2008 à Washington, « de ne pas élever de nouvelles barrières aux investissements au commerce des biens et services, y compris à l’intérieur des limites existantes de l’OMC, de ne pas imposer de nouvelles restrictions des échanges et de ne pas créer de nouvelles subventions à l’exportation ».
L’OMC dénonce à ce propos un dérapage vers le protectionnisme, pointant particulièrement du doigt les distorsions commerciales créées par les plans de relance, dans un rapport qui devait être mis sur la table lors du sommet du G20. « Il y a eu un glissement significatif », avec une « augmentation des droits de douane, de nouvelles mesures non tarifaires et plus de recours à des mesures défensives » qui constituent des entraves au libre-échange, souligne-t-elle.
Toutefois, son directeur général, Pascal Lamy, ne « pense pas qu’il y ait un risque d’une forte intensification du protectionnisme », les règles actuelles de l’OMC en limitant la possibilité. Mais, avertit-il, ces règles laissent encore une marge de manoeuvre, ce qui renforce la nécessité de conclure au plus vite le cycle de Doha.
« Cela va prendre un peu de temps »
Les chefs d’Etat et de gouvernement du G-20 – qui se retrouveront encore une fois avant la fin de l’année – devaient également se dire « décidés à atteindre un accord rapide, sur la base des progrès déjà accomplis, sur des modalités permettant une conclusion favorable du cycle de Doha qui injecterait au moins 150 milliards de dollars par an dans l’économie globale ».
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De même, la nécessité de conclure rapidement les négociations de l’OMC devait être soulignée par les dirigeants des Vingt-sept lors d’un déjeuner de travail avec Barack Obama, le 5 avril à Prague Voir même numéro.
Selon le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, « nous devons donner au monde un signal de notre engagement à trouver une solution à la crise. Et il n’y a pas de meilleur signal que de conclure le cycle de Doha sur la libéralisation du commerce mondial ».
« Il y a de l’espoir », estime pour sa part M. Lamy, expliquant que « nous avons fait 80 % du travail » et que parvenir à un accord à Genève aurait « plus de valeur qu’il y a un an ou deux », en raison de la récession à laquelle est confrontée l’économie mondiale.
« Nous avons besoin que des acteurs majeurs, comme les Etats-Unis et l’Inde », où des élections législatives auront lieu en avril-mai, aient « des positions stables et précises dans la négociation », juge également le directeur général de l’OMC, reconnaissant que « cela va prendre un peu de temps ».
Quant à la commissaire européenne au commerce, Catherine Ashton, son « espoir est que la logique de nos positions nous conduise à terminer le cycle » de Doha. Mais, reconnaît-elle également, le nouveau représentant américain pour le commerce, Ron Kirk, « doit regarder ce qu’il y a » actuellement dans les textes négociés, tout comme devra le faire le nouveau gouvernement indien, et « cela prendra un petit peu de temps ».