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Monnaie unique La disparition de l’euro ? Impensable… quoique…

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La crise financière de l’Union européenne (UE) a laissé place au doute sur la pérennité de la monnaie unique. Cependant, de l’avis d’une grande partie des opérateurs sur les marchés agricoles, l’euro a facilité et garanti les échanges au sein de la Communauté européenne. Entre les réductions des risques de transactions, car l’euro n’oblige plus à se couvrir contre les risques de change au sein de l’UE, et la diminution des distorsions de concurrence entre les états de l’Union, liées auparavant aux dévaluations compétitives, la monnaie unique a prouvé son utilité. Si l’on ajoute à cela la facilité de circulation des marchandises en Europe, en raison de la disparition des droits de douanes, et la stabilité de la valeur de l’euro, la monnaie unique est devenue un outil indispensable aux opérateurs sur les marchés agricoles, dès lors, surtout, qu’ils exportent massivement vers l’Europe.

«Nous nous sommes battus dix ans en faveur de la monnaie unique, car auparavant nous avions de constantes difficultés pour faire face aux dévaluations compétitives décrétées de façon unilatérales par les pays européens », indique Philippe Mangin, président de Coop de France. Ainsi, il souligne que la mise en place de l’euro a permis la disparition des taxes et des subventions sur les exportations qui visaient à rééquilibrer les différences de compétitivités des monnaies européennes. Les couvertures sur les risques de change, lors des transactions intracommunautaires, ont aussi disparu, réduisant notablement les coûts de transaction, insiste Philipe Mangin.

L’euro nécessite une politique fiscale européenne harmonisée
« A l’approche des élections présidentielles, Coop de France va faire paraître son livre blanc dans lequel la nécessité d’une politique économique partagée dans l’UE est rappelée », explique Philipe Mangin. Selon lui, si l’on partage une même monnaie au sein de l’UE, il faut aussi que les politiques fiscales des Etats s’harmonisent. « Nous avons besoin d’une fiscalité pivot dans la zone euro », ajoute Philippe Mangin. Pour lui, la sortie de l’euro, c’est la certitude d’une instabilité globale à un coût exorbitant. « Si un secteur plus que les autres veut sauver l’euro et la construction européenne, c’est l’agriculture », déclare le président de Coop de France. Ceci notamment en raison d’un intérêt du maintien de la Politique agricole commune (Pac), une des seules politiques construites au sein de l’UE. Pour François Pignolet, directeur général adjoint d’Axéréal en charge des métiers du grain et du négoce international, « l’avènement de l’euro a été très bénéfique pour les coopératives exportatrices ». Il rejoint d’ailleurs Philippe Mangin en expliquant que « la mise en place de l’euro a fortement favorisé les échanges intra-communautaires, en évitant les dévaluations compétitives, qui étaient fréquentes avant le 1er janvier 1999 ». « Aujourd’hui, la compétitivité des différentes origines européennes entre elles, au sein de la zone Euro, est toujours discutable. Les éléments sociaux, environnementaux, fiscaux polluent encore largement les valorisations. Le dossier européen doit poursuivre sa construction sur ces points », déclare aussi François Pignolet.

La destruction de la zone euro n’arrangerait pas la situation économique
« Je n’y crois pas », explique François Pignolet, face à l’éventuelle destruction de la zone euro. Selon lui, « une destruction de la zone euro aurait pour conséquence immédiate un retour aux fondamentaux nationaux et donc une assez forte remontée de taux d’intérêts nationaux ». Il poursuit : « ... sauf si cela est compensé par une ou des dévaluations compétitives avec des effets collatéraux encore plus importants pour l’environnement économique des pays plutôt importateurs ». Il souligne aussi qu’une période de forte volatilité, sans commune mesure avec celles que nous venons de vivre, suivrait cette potentielle destruction. De plus, François Pignolet souligne que les coopératives, notamment liées au marché des céréales, sont de gros emprunteurs. Ceci est lié « au paiement quasi cash aux agriculteurs de leur récolte et à l’investissement dans la transformation qui impliquent un recours assez important aux financements extérieurs de la part des coopératives ». Un renchérissement des taux d’intérêts pénaliserait donc mécaniquement l’activité des coopératives européennes. Enfin, dans le cas d’un retour aux anciennes monnaies, il explique que « dans ces périodes, et nous en avons été témoins il y a quelques années avec le Brésil, les acteurs économiques échangent les valeurs scripturales et fiduciaires contre des biens, afin d’éviter d’être victimes d’une inflation soudaine extrêmement forte. Nous pourrions alors voir une forte rétention des vendeurs de céréales ».

Les vins et spiritueux moins fidèles à l’euro
Toutes les professions ne sont pas aussi sensibles au maintien de l’euro. « La suppression de l’euro ? Ce serait plutôt une bonne chose pour nous », affirme Armand Cottin, président de Cottin Frères, un des grands négociants de Bourgogne avec sa marque Labouré Roi. De fait, sa société exporte pour 72% de son chiffre d’affaires mais seulement 15%-20% en général sur la zone euro. Alors, l’euro, avec sa sur-évaluation depuis plusieurs années, est plutôt vu comme un obstacle pour les ventes vers pays tiers. A la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS), la question de la disparition de l’euro n’a pas été vraiment évoquée. Logique. Les principaux marchés sont les Etats-Unis et le Royaume Uni, lequel ne fait pas partie de la zone euro. Quant aux marchés les plus en croissance, ils concernent l’Asie. Chez les grands exportateurs de vins hors de l’UE, revenir au franc ne serait pas un problème. Mais leur cas est particulier. Pour l’agriculture et l’industrie agroalimentaire, les deux tiers des exportateurs sont concentrés vers l’Europe. Cette proportion a certes tendance à s’effriter. Mais la majorité des opérateurs ont appris à vivre avec la monnaie unique et ne comptent pas s’en passer.

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