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 La dynamique de l’éthanol menacée par des « revirements et arbitrages »

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Au moment où la filière de l’éthanol progresse sur le marché des carburants, elle fait état « de revirements et d’arbitrages » entre Paris et Bruxelles qui réduisent sa marge de manœuvre pour continuer ce développement. Tel est le « contraste » qui caractérise la situation économique et réglementaire de l’éthanol, dressé par le Syndicat national des producteurs d’alcool agricole (SNPAA) lors de son assemblée générale.

« Je dirais d’entrée de jeu que l’année 2017 se place sous le signe du contraste », a déclaré Bruno Hot, président du Syndicat des producteurs d'alcool agricole (SNPAA), lors de l'assemblée générale de l'organisation le 5 avril. « Contraste entre la réussite de nos projets de long terme sur la consommation des carburants contenant de l’éthanol et certaines décisions, revirements et arbitrages qui réduisent notre marge de manœuvre pour continuer ce développement », a-t-il ajouté.

E10, E85 et bientôt ED95

La filière est en train de mener à bien son programme de croissance des carburants à plus forte teneur en éthanol avec l’essence sans plomb 95-E10 (l’éthanol à 10 % dans l’essence), avec le superéthanol-E85 (l’éthanol à 85 %) pour les véhicules flex-fuel et avec la mise en place d’une offre avec le carburant ED95 (« éthanol to diesel », autrement dit de l’éthanol à 95 % dans l’essence pour des moteurs de type diesel) pour les véhicules lourds.

En 2017, la part de marché de l’essence SP95-E10 s’est élevée à près 39 %, contre 37 % pour le SP95. L’essence SP95-E10 est devenue la première essence de France. À telle enseigne que les Pays-Bas ont sollicité les éthanoliers français pour le lancement du SP95-E10 qu’ils espèrent réaliser dans les prochains mois. Concernant l’E85, l’année 2017 a été celle où tous les efforts déployés pour homologuer les boîtiers pour adapter les moteurs à essence classiques en moteurs flex-fuel ont « enfin » abouti, a noté Bruno Hot.

Infléchissement de la position française en décembre

Tout allait bien, lorsqu’en décembre, Paris a porté, « de manière surprenante », une demande de révision en 2025 de la Red II (la directive européenne des énergies renouvelables 2e version) pour permettre une baisse du plafond des biocarburants de première génération (1G), au cas où ceux de la deuxième génération (2G) pourraient partiellement la remplacer. Les biocarburants de première génération (ceux qui sont issus de sucres comestibles de plantes comme la betterave, le blé, le maïs), sont plafonnés dans l’UE en raison du débat international sur le changement indirect d’affectation des sols.

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Un bref rappel du raisonnement sur lequel s’appuie le débat sur le changement indirect d’affectation des sols : les biocarburants de 1G, en prélevant de la nourriture en France et dans l’UE, conduisent, via les importations de l’UE en sucre ou en huile, à la mise en culture de terres au Brésil ou en Indonésie, et participent ainsi à la déforestation, donc à l’effet de serre.

Biocarburants de première génération : le Conseil propose d’abaisser le plafond

Jusqu’à décembre dernier, la France se prononçait pour le maintien du plafond de 7 % pour ces biocarburants produits directement à partir de plantes alimentaires alors que la Commission prévoyait 3,8 %. « Profitant d’une France timide » dans les jours précédant la finalisation de la position du Conseil, certains États membres ont affaibli l’objectif de 14 % d’énergie renouvelable dans les transports, a analysé le président du SNPAA. Ils ont obtenu du Conseil que les États membres puissent réduire leur obligation de 14 % s’ils baissent parallèlement le plafond de 7 % de 1G.

Le Conseil a par ailleurs introduit une notion de « multicomptage ». Il s’agit de compter double les volumes de biocarburants produits à partir d’huiles alimentaires usagées (une tonne de biocarburant ainsi produite compte pour deux) dans les objectifs à 2025. De même pour l’électricité du rail. Un facteur 5 a même été accordé à l’électricité sur route. « Où est la volonté de remplacer réellement l’utilisation des carburants fossiles ? », s’interroge le SNPAA.

Ces « revirements et arbitrages affaibliraient considérablement nos perspectives à long terme s’ils n’étaient pas corrigés », a conclu Bruno Hot.

Doutes sur la volonté de remplacer réellement l’utilisation des carburants fossiles