La négociabilité des tarifs reste la condition d’une réelle baisse de prix, selon le président de la FCD, Jérôme Bédier, pour qui si on l’avait instaurée dès cette année, elle aurait eu un impact « de l’ordre de 2 % ». Dans l’attente d’un « signal fort » en faveur du pouvoir d’achat, les distributeurs restent circonspects, en revanche, sur la question de la réduction des délais de paiement.
L’année 2008 est décisive pour la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD), dont le président a souhaité, en présentant ses vœux à la presse, que l’on « cesse de débattre sans trancher » et espéré voir aboutir de façon définitive les réformes promises. C’est d’autant plus nécessaire, aux yeux de Jérôme Bédier, que la situation devient plus difficile en raison du contexte international.
L’année 2007 n’a « finalement pas été si mauvaise », surtout comparé avec nos voisins sur le plan de la consommation (+2 %) et de l’inflation. Avec un gain de pouvoir d’achat de 3,3 %, les prix alimentaires ont été plus sages que dans bien des pays d’Europe, hormis l’Allemagne où la consommation, elle, a baissé. Et si la fin d’année a été plus inquiétante à cause de tendances inflationnistes, celles-ci ont quand même été plus limitées sur l’alimentation que sur l’énergie et les produits manufacturés.
Efforts sur les marges
Effet de la loi Dutreil depuis deux ans, les marques nationales ont amorcé une baisse début 2006, et ce jusqu’aux mouvements contraires de ces tout derniers mois tandis que les premiers prix et les MDD étaient plutôt en hausse : ceux-ci sont en effet beaucoup plus sensibles à l’impact des matières premières et les enseignes ont bien dû répercuter assez vite les tarifs pour ne pas asphyxier leurs fournisseurs PME, aux dires de M. Bédier. D’ailleurs les marges opérationnelles en France des groupes de distribution apparaîtront bien en retrait, de l’ordre de 5 à 10 % probablement, lorsque seront publiés leurs résultats.
Au total, on se rapproche d’une inflation de 2 % mais qui risque d’être suivie dès ce début 2008 d’un taux de 3 à 4 %.
C’est pourquoi la FCD estime urgent que le gouvernement envoie « un signal fort sur le pouvoir d’achat et pour restaurer la confiance ». Et cela en adoptant les mesures qui sont annoncées depuis longtemps : réforme des lois Galland et Raffarin, ouverture le dimanche, parapharmacie,etc. Car « les débats sur la grande distribution font perdre beaucoup d’énergie, exaspèrent les tensions entre les acteurs et génèrent, au gré de leur médiatisation, la défiance du consommateur ». Il faut réformer maintenant comme le propose la commission Attali, sortir de la loi Galland et en venir à la négociabilité des tarifs. L’écart, de ce point de vue, entre ce qu’avait promis Nicolas Sarkozy et la loi Chatel a beaucoup surpris les distributeurs, rappelle le président de la FCD qui veut que l’on sorte de « cette économie administrée dans laquelle on ne peut négocier les prix qu’en créant des prestations de services ». Il faudrait au contraire que les remises et rabais redeviennent l’essentiel « comme partout en Europe et comme nous le pratiquons souvent avec les PME », selon M. Bédier.
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Prudence sur les délais de paiement
Espérant bien obtenir cette possibilité au printemps dans le cadre de la loi de modernisation, les distributeurs se pencheront ensuite sur une refonte complète de tous les contrats pour l’année suivante, en abordant le cas échéant aussi la question des délais de paiement puisqu’ils figurent dans ces contrats. Mais la FCD récuse l’idée (émise par la commission Attali) d’un raccourcissement brutal de ces délais car, « avec des marges nettes de 2 % en moyenne, la grande distribution ne pourrait transférer 11 milliards de trésorerie sans dommage sur les prix » et donc sur le rythme de la consommation.
En parachevant la réforme de la loi Galland avec la négociabilité, on devrait obtenir, a évalué Jérôme Bédier, une baisse de prix « de l’ordre de 2 %, grâce à un renforcement de la concurrence locale, une négociation directe plus efficace avec les fournisseurs, la diminution des opérations spéciales et la simplification administrative qui a elle seule représente 1 % ».Les hausses de tarifs présentées par les industriels sont actuellement de 8 % en moyenne, qui devraient se traduire par des hausses de prix après négociation de 3 à 4 %, a-t-il ajouté. La négociabilité des tarifs permettrait donc de limiter ces hausses dues « aux matières premières, justifiées dans certains cas, mais pas toujours puisque l’on observe aussi des hausses dans les produits d’entretien ». Le président de la FCD s’est toutefois désolidarisé de Leclerc qui a brandi la menace de déréférencements dans des pages de publicité: « Ce n’est pas la position de la profession, c’est la communication d’une enseigne. La menace de déréférencement n’est pas la meilleure manière de procéder pour avancer ».
Enfin, à propos de la fermeté des prix alimentaires, Jérôme Bédier souhaite des rencontres avec le monde agricole car « la hausse des prix des produits agricoles n’est pas une fatalité : nous souhaitons discuter de l’impact des quotas laitiers, de la jachère, de la demande de l’Inde et de la Chine avec les responsables agricoles ». La FCD veut aussi s’entretenir avec les interprofessions, car elle s’inquiète du mémorandum adopté par le conseil des ministres français et adressé à Bruxelles pour renforcer leur rôle et « favoriser une organisation responsable des filières agroalimentaires ».
« Un des risques de cette démarche est de faire des interprofessions des outils de régulation des marchés, ce qui conduit toujours à des solutions plus réglementaristes », selon le président Bédier.