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Marché oléagineux La fermeté des prix du colza à contre-courant

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Si la lourdeur des bilans céréaliers et oléagineux continue de peser sur les cours, le colza évolue à contre-courant, avec une moindre récolte en vue. Mais le rebond se heurte à la concurrence des autres graines.

« Les prix du colza se désolidarisent de ceux observés pour l'ensemble des oléagineux, observe Léopold Michallet, consultant analyste chez Agritel. D'un côté, le soja aux Etats-Unis et en Amérique du Sud évolue dans un contexte d'abondantes récoltes l'an passé, avec d'importants stocks de report. Tendance confirmée par des intentions de semis en hausse chez les fermiers américains. De l'autre, le colza dans la grande Europe est sous l'influence de surfaces réduites cette année en France, en Allemagne, en Ukraine, en Pologne. Même chose au Canada pour le canola. »

Une divergence apparaît entre les marchés oléagineux des deux côtés de l'Atlantique. Entre décembre 2014 et mars 2015, le soja a chuté de 5 % à Chicago, indique Agreste dans une note le 27 avril. Le cours du colza rendu Rouen a, lui, grimpé de 9 % sur la même période, bien aidé par la dévaluation de l'euro. Il reste néanmoins plus faible de 9 % par rapport à mars 2014. « Le niveau élevé des récoltes de la campagne 2014-15, ainsi que la faiblesse des cours du pétrole ont été un facteur de baisse des prix des oléagineux en début d'année 2015 », soulignent les services du ministère de l'Agriculture. Une pression qui se maintient avec la nouvelle récolte de soja, annoncée au niveau record de 317 millions de tonnes dans le monde (contre 285 millions de tonnes l'an dernier) par le Conseil international des céréales (CIC). C'est plutôt l'inverse côté Europe, où une réduction des surfaces en colza se profile, à 6,64 millions d'hectares contre 6,76 millions d'hectares en 2014, y compris dans l'Hexagone (1,485 million d'hectares contre 1,503 million d'hectares). Au Canada, les prévisions d'emblavement de canola (colza de printemps) suivent la même évolution, avec 7,86 millions d'hectares (contre 8,23 millions d'hectares).

Fermeté du tournesol

« Le marché des oléagineux est écartelé », analyse Jean-Philippe Penet, directeur commercial de Saipol, filiale du groupe Avril spécialisée dans les huiles et tourteaux. « Il y a un mouvement baissier en soja et palme, haussier en colza et tournesol. » Cette dernière graine se distingue elle aussi des autres, relève Agreste. Le prix du tournesol rendu Bordeaux a progressé de 4 % sur un an. « L'huile oléique a fait défaut ces derniers mois, analyse Léopold Michallet. Résultat, la prime a explosé jusqu'à près de 100 euros la tonne par rapport au tournesol classique. De quoi inciter les agriculteurs à semer davantage. » À l'opposé, une contraction de l'offre est pressentie dans le bassin de la mer Noire. « Les surfaces ukrainiennes de tournesol devraient rester à peu près stables par rapport à l'année dernière, mais on s'attend à une baisse de rendement en raison des difficultés économiques, avance Coop de France dans sa note hebdomadaire. Les agriculteurs vont probablement limiter l'utilisation des intrants. »

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Si le marché du colza demeure ferme, tout rebond se heurte à la concurrence des autres graines. « Les triturateurs ont beau être dans une course à l'échalote, vu les faibles disponibilités en fin de campagne, les prix ne peuvent pas monter trop haut en Europe : la lourdeur du bilan oléagineux représente un facteur limitant », explique Pierre-Antoine Allard, trader de la coopérative Charentes Alliance. Chez Agritel, on table sur un prix du colza évoluant « dans la fourchette actuelle » lors des prochaines semaines.

Les regards tournés vers les Etats-Unis

Une plus grande volatilité reste possible sur fond de « weather market », une situation où la tendance du marché est dictée par les fluctuations de la météo. Sachant que les semis de soja de printemps démarrent dans le sud des Etats-Unis. Autre élément à surveiller, l'épidémie d'influenza outre-Atlantique. « Aux USA, le développement de la grippe aviaire inquiète de plus en plus les opérateurs sur les perspectives de consommation de maïs et de tourteau de soja, souligne une note d'Offre et Demande Agricole (ODA) le 24 avril. Plus de 7 millions d'oiseaux touchés par le virus ont été abattus depuis le début de l'année. Même si cela ne représente qu'une infime partie de la production américaine, le développement exponentiel du virus pourrait affecter davantage la filière volaille américaine avec notamment le retrait des consommateurs par crainte de contamination. »