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Etats généraux de l'Alimentation La feuille de route de Jacques Mézard à son successeur

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Après un mois au ministère de l'Agriculture, Jacques Mézard pose les bases des Etats généraux de l'Alimentation, qui devront se pencher sur la question du juste prix payé aux producteurs. Estimant que chacun, au sein de la chaîne de valeur, devra être mis devant ses responsabilités, il considère comme insupportable l'absence de transparence des différents acteurs.

Après un mois au ministère de l'Agriculture, Jacques Mézard pose les bases des Etats généraux de l'Alimentation, qui devront se pencher sur la question du juste prix payé aux producteurs. Estimant que chacun, au sein de la chaîne de valeur, devra être mis devant ses responsabilités, il considère comme insupportable l'absence de transparence des différents acteurs.

Les différents opérateurs de la filière attendent beaucoup des Etats généraux de l’alimentation. Ils ont dans leur ensemble manifester l’envie d’y participer. Quels sont les objectifs ? Qu’est-ce qui permettra de dire que ces Etats généraux seront réussis ?

Depuis mon arrivée, j’ai souhaité contribuer à redonner une fierté et une confiance à l’agriculture française en lui disant qu’elle est capable de faire face aux enjeux de la modernité, et aux attentes sociétales. Les agriculteurs ne doivent pas en avoir peur, ils doivent s’en saisir.

Nous avons fixé deux objectifs à ces Etats généraux de l’alimentation : première étape, travailler sur la question du juste prix payé aux producteurs, c’est à dire la meilleure valorisation du prix. Cela commencera en juillet, et se terminera fin septembre, avant le début des négociations commerciales. Nous partirons des deux questions suivantes : comment créer de la valeur en agriculture ? Et comment mieux la répartir ? L’agriculture n’est pas en déclin, elle a des perspectives.

En parallèle, le ministère de l’Agriculture va lancer une consultation publique, autour d’une plateforme électronique et de débats dans les territoires. Une partie des Etats généraux sera menée dans trois ou quatre régions dont des villes moyennes pour une meilleure représentativité du territoire.

Ensuite, toute la matière issue de cette consultation sera utilisée pour échafauder le deuxième chantier, qui sera celui du lien entre alimentation, santé et environnement. Il ne faut pas le déconnecter du premier. Les agriculteurs doivent répondre aux attentes des consommateurs.  Mais il ne faut pas que cela génère davantage de réglementation, ou que cela renchérisse les coûts de production. Je sais qu’il y a des contradictions, il faut les mettre sur la table et les assumer.

Enfin, dans le programme agricole de La République en marche, nous avons décidé d’un plan de 5 milliards d’euros sur cinq ans. Ces Etats généraux doivent permettre de flécher cette somme le plus intelligemment possible, pour que ce plan de modernisation ait du sens et un effet positif. Le pilotage des Etats généraux sera assuré par le ministère de l’Agriculture. Et le second volet sera conduit en collaboration étroite avec le ministère de la Transition écologique, mais les ministères de l’Économie, de la Santé, de l’Éducation & la Recherche ainsi que celui des Affaires européennes seront aussi investis.

Sur la répartition de la valeur, quelle sera la méthode utilisée ?

Les Etats généraux vont permettre de rencontrer tous les acteurs économiques : producteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs et les comptes publics. L’objectif est d’y voir plus clair dans ces filières et mettre chacun devant ses responsabilités, que chaque grand partenaire mette sur la table la réalité du fonctionnement de sa filière. Sans stigmatiser, il s'agit de pousser les uns et les autres à se dire qu’on est en 2017, que les choses ne fonctionnent plus comme il y a dix ans ou même cinq ans. La coopération a un poids considérable en France. Il y a peut-être des sujets sur lesquels elle doit s’interroger, notamment sur sa gouvernance et sa transparence.

Ce qui est insupportable à tous les niveaux de décision, c’est l’absence de transparence. « C’est de la faute des transformateurs, de la grande distribution, des consommateurs ». Moi je ne stigmatise personne. Il faut d’abord comprendre pourquoi nous en sommes arrivés là et ensuite donner des éléments sur la manière de revaloriser le prix payé au producteur. La première chose, c’est d’échanger.

Mais ces échanges ont déjà eu lieu. En porc et en viande bovine, il y a deux ans, avec votre prédécesseur, Stéphane Le Foll.

J’entends le raisonnement : « D’autres ont déjà essayé, cela n’a pas marché, il n’y a pas de raison que cela marche mieux avec vous ». Notre objectif est déjà d’avoir de la transparence. Ce n’est pas le ministère qui fixera les prix.

Donc pas du coefficient multiplicateur entre les différents maillons, comme le proposait un député PCF ?

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Il y a les marchés, l’Europe, la mondialisation… quelle que soit l’opinion que l’on a sur ses excès. Le rôle de l’Etat, c’est d’être régulateur, de faire en sorte de modérer et moduler les excès. Sur la base des échanges qui auront lieu, un certain nombre de choses sortiront. Par exemple, nous souhaitons que les organisations de producteurs soient renforcées, que les filières soient renforcées. Mais il ne faut pas faire les Etats généraux avant qu’ils n’aient eu lieu, et dire comment cela va se terminer.

Certains marchés, comme les céréales, ont déjà cette transparence. Comment faire en sorte que l’on n’achète plus les produits agricoles en dessous du prix de revient ?

Il faut travailler entre les différents maillons des filières sur la façon d’améliorer la répartition de la valeur dans la chaîne. Est-ce qu’aujourd’hui on valorise bien la matière première agricole ? Dans le lait, le marché mondial remonte un peu, et on ne voit pas encore les premiers bénéfices dans les revenus des agriculteurs.

Quel est l’objectif recherché : lisser le revenu des agriculteurs, mieux le répartir la valeur au sein de la filière ou leur assurer un revenu, comme le proposait récemment Lidl ?

Notre modèle agricole n’est pas de faire des agriculteurs des salariés de grands groupes avec un revenu assuré. Ce serait une évolution qui ne me paraît correspondre ni à nos traditions, ni à notre avenir. Ce serait une déresponsabilisation. Beaucoup d’agriculteurs font ce métier parce qu’ils l’aiment, parce qu’ils ne veulent pas faire autre chose.

Et l’idée de définir un tunnel de prix comme le proposent les JA ?

Très difficile… mais il faut écouter toutes les idées. Nous voulons faciliter la création de la valeur et mieux la répartir. Il faut arriver à augmenter le gâteau et les parts du gâteau. Grâce au plan d’investissement par exemple. Les agriculteurs doivent être moteurs de l’innovation.

Comptez-vous remettre en cause la loi de modernisation de l’économie ?

S’il apparaît opportun de la faire bouger, nous le ferons, il n’y aura pas de tabou. A Bruxelles également, le droit de la concurrence doit évoluer. Je suis favorable à l’idée de profiter du règlement Omnibus pour avancer sur ce sujet.

lphe De Céglie

Les professionnels reçus par Stéphane Travert

Alors que Etats généraux de l’Alimentation seront le prochain temps fort du nouveau ministre de l’Agriculture Stéphane Travert, les organisations professionnelles ont tenu à rappeler leur attachement à cet événement. La FGA-CFDT, le 27 juin, a ainsi salué la convergence des objectifs d’Emmanuel Macron et des préoccupations du syndicat (meilleur équilibre entre acteurs de la filière, accompagner la transformation du modèle productif français, etc.). Toutefois, le syndicat estime qu’un travail sur l’alimentation doit aussi aborder les enjeux environnementaux et sanitaires, l’accès à une alimentation de qualité, la défiance des consommateurs envers l’industrie agroalimentaire, la recherche de plus de lien avec le producteur, l’évolution de la consommation, les impacts sur les filières, ainsi que les questions d’emploi. Le ministre, confronté aussi à deux autres dossiers « chauds » (producteurs de lait et de palmipèdes à foie gras) doit rencontrer au cours de la semaine du 26 juin Christiane Lambert (FNSEA), Jacques Creyssel (FCD), Serge Papin (Système U), Michel-Edouard Leclerc (E. Leclerc), Emmanuel Besnier (Lactalis), Laurent Pinatel (Confédération paysanne), Patrick Espasa (Auchan), Stéphane de Fontenay (Intermarché) et les représentants des organisations de consommateurs (UFC/Que Choisir, CLCV, Familles rurales).

CB