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La filière apicole poursuit sa structuration

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Longtemps désorganisée, la filière apicole a créé en 2018 une interprofession, qui continue à se structurer. Elle devrait se doter d’un plan de filière d’ici mars.

Interapi s’organise. L’interprofession des produits de la ruche devrait présenter son plan de filière au gouvernement avant fin mars, a annoncé Éric Lelong, le président de l’organisation, lors d’une conférence de presse organisée par FranceAgriMer au Salon de l’agriculture le 25 février. Ce plan, qui comportera « 60 mesures », devrait couvrir les trois prochaines années.

Une fois ce plan de filière présenté, l’organisation devrait créer une contribution volontaire obligatoire, payée par les acteurs de l’amont et de l’aval. Pour l’instant, ce prélèvement n’est toutefois pas budgétisé. « Cela dépendra du choix des actions que l’on choisit de mener en priorité », selon Éric Lelong, le président d’Interapi.

L’organisation mène depuis plusieurs semaines une enquête auprès des 4 000 apiculteurs professionnels français pour connaître les mesures qu’ils jugent prioritaires. « À partir des résultats, nous ferons un arbitrage entre les mesures souhaitées par les apiculteurs, et le cadrage budgétaire qu’ils envisagent », ajoute le président de l’organisation.

Signer des accords avec les agriculteurs

Le plan de filière devrait particulièrement traiter de la problématique de la ressource mellifère. Pour répondre à cette problématique, la profession souhaite travailler avec les agriculteurs, et notamment « signer des accords avec des coopératives » pour les encourager à créer des dispositifs bénéficiant aux pollinisateurs (haies, variétés adaptées, plantes mellifères, etc.).

L’objectif est notamment de répondre à la demande française, à 40 000 tonnes par an. En 2017, les apiculteurs français ne produisaient en effet que 20 000 tonnes chaque année, selon des chiffres de FranceAgriMer. Ce déficit pousse la France à importer des miels, en majorité venant d’Ukraine et de Chine.

Un guide a d’ores et déjà été réalisé en partenariat avec FranceagriMer, sur les plantes mellifères, pour informer les horticulteurs sur les plantes adaptées aux abeilles. Pour Éric Lelong, ce type de dispositif est essentiel pour lutter contre la mortalité des abeilles, au même titre que les mesures visant à les protéger des pesticides.

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Traçabilité et normalisation

« Lorsque les abeilles sont dans des environnements avec une nourriture diversifiée, sans monoculture, le taux de survie est important, même avec des néonicotinoïdes », indique-t-il. Selon lui, la question de la mortalité des abeilles reste « relative » pour les abeilles domestiques « grâce aux filières d’élevages mises en place pour les remplacer, et la résilience des apiculteurs ».

Dans son plan de filière, l’interprofession veut également développer la « traçabilité » des produits. Interapi souhaite en effet créer un label « miel de France ». « Aujourd’hui, il y a tellement de marques et de label que c’est un peu compliqué. Il faudrait simplifier tout ça », indique Éric lelong.

Un autre projet est « la normalisation » des produits, avec comme objectif la création d’une norme internationale Iso sur le miel. Interapi veut peser sur les travaux, en cours depuis 2017 au niveau international sur cette question. « La France doit être à l’avant-garde là-dessus », ajoute-t-il.

La France importe en majorité des miels venant d’Ukraine et de Chine

L’apiculture, une filière atypique

Sur 53 000 apiculteurs exerçant en France, seulement 4 061 (8 %) possèdent plus de 50 ruches et sont donc considérés comme des professionnels, selon des chiffres de l’Observatoire de la production de miel, réalisé en 2018 par FranceAgriMer. Pourtant, les apiculteurs possédant plus de 50 ruches sont à l’origine de presque 80 % de la production mellifère en France. Les apiculteurs possédant plus 400 ruches (499 en France), produisent à eux seuls plus d’un tiers de la production annuelle française. Cette situation n’a pas aidé à la structuration de la filière. Un conflit de légitimité a en effet longtemps couvé entre les organisations composées majoritairement d’amateurs, comme l’Unaf, qui représentent le plus d’apiculteurs et les syndicats de professionnels, qui pèsent le plus économiquement. La production de miel est par ailleurs largement concentrée dans le sud du pays, avec 21 % de la production nationale rien qu’en Occitanie, et le miel bio représente 9 % du volume total.