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Congrès La filière argentine du maïs fait ses compte en pleine crise

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Le congrès de l'interprofession du maïs argentine (Maizar) s'est tenu les 30 juin et 1er juillet derniers à Buenos Aires. Près d'un millier d'assistants ont écouté vingt expositions thématiques présentées par cinquante-deux acteurs de la filière.

À quatre mois des élections présidentielles en Argentine, l'association Maizar, qui regroupe producteurs et industriels de la filière du maïs, a organisé son congrès annuel à Buenos Aires en convoquant un large public lors de deux jours de débats thématiques marqués par le bas niveau du prix de la céréale à l'avantage des exportateurs et des industriels mais au détriment du reste des acteurs de la filière.

« Le cours du maïs en Argentine était de 87 €/t (890 pesos à la Bourse du Commerce de Rosario [BCR] la semaine dernière, à un taux de change officiel de 10,15 pesos pour 1 euro), ou moins de 70 €/t au taux de change « réel » du marché (autour de 13 pesos pour 1 euro) », a énoncé Julio Calzada, le directeur du département d'études économiques de la BCR. Selon lui, « la production de la céréale au nord du pays, en berne par rapport à son potentiel, s'explique par un coût élevé du fret par camion. Les déficiences du transport ferroviaire étant critiques. Il est impérieux de réhabiliter la ligne ferroviaire Belgrano qui unit le nord de l'Argentine aux ports de Rosario. Actuellement, les trains roulent à 25 km/h. Des sections de la ligne restent à rénover. Expédier les récoltes jusqu'aux ports de Rosario n'est pas rentable à plus de 500 km de Rosario. Certains propriétaires de parcs d'engraissement de bovins envoient leurs camions au nord du pays et paient le maïs 50 €/t, parfois moins ».

Export en baisse

L'Argentine a exporté l'an dernier 15,4 millions de tonnes (Mt) de maïs grain, dont 87 % a été embarqué depuis les ports privés de Rosario, sur les rives du fleuve Paraná. Cette année, des permis d'export pour 11,5 Mt ont été délivrés par le gouvernement. « Nous réclamons qu'il en délivre dès à présent et d'un coup 9 Mt supplémentaires », a demandé le courtier en grains de la BCR, Gustavo Guillamet, qui décrit un marché qui fonctionne à perte. « L'État juge que nous faisons de bonnes affaires alors que ce n'est pas le cas. Les prix à l'export sont intéressants, mais nous ne pouvons les défendre au bénéfice des producteurs à cause du système instauré depuis 2008, par décret présidentiel, qui restreint les opérations à l'export au moyen de la délivrance de permis d'export délivrés à certains. Cela sape la confrontation saine de l'offre et de la demande, endommageant délibérément un système qui s'est formé au cours d'un siècle. Ce décret est inconstitutionnel. Il fixe des prix a minima et contrôle les marchés interne et externe. C'est un pouvoir de police », a-t-il asséné à la tribune de l'une des quatre salles du congrès.

« Les permis d'exportation ont un délai maximum de 180 jours lorsque l'exportateur paie à l'avance les droits de douane (20 % sur le maïs) et de 45 jours s'il s'en acquitte au moment de l'embarquement. Un opérateur n'a pas de visibilité sur un an pour exporter. Le maïs n'est donc pas coté à terme, car personne ne sait s'il obtiendra de permis d'export. La marge de l'exportateur, exceptionnelle dans ce contexte anormal, reste dans ses arcanes, au détriment du producteur et donc du pays », a-t-il dit.

« Actuellement, dans la salle des marchés de la BCR, un ou deux acheteurs sont actifs alors qu'il devrait y en avoir cinq ou plus. Le gouvernement devrait pour cela libérer le marché. Le cours du maïs passerait de 900 à 1 200 pesos. N'attendons pas que l'État papa nous indique la valeur de notre production », a-t-il martelé.

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Semis décourragés

Sergio Bortolozzo, de l'interprofession brésilienne du maïs (Abramilho), présent à l'évènement, compare les avantages compétitifs des producteurs de maïs brésiliens et argentins : « Nos coûts de fertilisation et de fret étaient bien supérieurs à ceux des Argentins, mais eux aussi maintenant font face à des coûts de transport élevés. Le Brésil devrait produire cette année environ 90 Mt, dont 55 Mt de maïs de seconde culture, et exporter 23 Mt de maïs grains vers la Corée, la Chine, la Turquie, le Pakistan et même vers les États-Unis, notamment via la firme Paxton. Le stock interne de maïs au Brésil est important. Les prix sont de l'ordre de 110 €/t au sud du Brésil et de 70 €/t au Mato Grosso car il y a là-bas un net excédent de production. »

Le directeur de Maizar, Martín Fraguío, juge que la situation d'« offre locale en Argentine presque gratuite du maïs ne sert à rien et ne fait qu'appauvrir notre population. Seuls certains agroindustriels y voient un avantage. Cela décourage d'en semer et les autres acteurs de la filière en font les frais. Ces jours-ci a lieu la récolte de maïs et les producteurs planifient les prochains semis. Nous avons organisé ce congrès sur deux jours au lieu d'un et convoqué le plus large public possible en vue des élections présidentielles d'octobre prochain. Nous voulons répandre des idées de base que les futurs dirigeants devraient assimiler. »

Représentant du gouvernement argentin à l'évènement, Oscar Solís, le sous-secrétaire d'État à la Valeur Ajoutée du ministère de l'Agriculture, confirme que « la production de maïs est si peu rentable actuellement que seuls les propriétaires fonciers en sèment et le font avant tout pour des raisons agronomiques. La création de valeur ajoutée s'impose comme une obligation. De fait, nos productions avicoles, de lait et de porc sont en hausse. Et l'éthanol génère pour les maïsiculteurs la plus grande “extra-rente” de la céréale lorsque les usines sont proche. »

Le producteur laitier Manuel Ocampo a une vision plus pessimiste du contexte. « Un maïs bon marché est certes un avantage pour produire du lait. Mais le coût de l'alimentation représente de 40 à 50 % du coût de production total du lait et le maïs est un aliment parmi d'autres qui, eux, n'échappent pas à la spirale de l'inflation. Il y a une grande distorsion des prix relatifs. Cette subvention indirecte d'un maïs bon marché, issue des taxes et de restrictions à l'export, va disparaître tôt ou tard. Nous devrions plutôt saisir l'opportunité de fournir le marché mondial au lieu de songer à approvisionner le marché interne au rabais. L'élimination du système des quotas en Europe augure une compétition féroce. Or, nous avons urgemment besoin de qualité institutionnelle et de politiques agricoles. Les producteurs laitiers doivent s'organiser. Jusqu'à présent, les contrats se négocient de façon individuelle. Par ailleurs, l'industrie doit réaliser des investissements. Or, ils sont quasi inexistants. »