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La filière cidricole fait des pieds et des mains pour obtenir des aides de crise

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Le ministre de l’Agriculture aurait promis une réduction de charges patronales et 100 000 euros en communication de sortie de crise, mais la filière cidricole attend beaucoup plus pour s’en sortir.

À l’issue d’une réunion de crise de la filière cidricole avec le ministre de l’Agriculture, qui s’est déroulée le 12 mai au soir en visioconférence, le président de l’interprofession du cidre (Unicid) Marc Roubaud a indiqué que la profession porterait ses demandes de dégagement de cidre et pommes à cidre devant l’UE. « Nous allons taper à toutes les portes », a-t-il déclaré en se réjouissant de « l’écoute positive » de Didier Guillaume. Une information confirmée par le président de la Fédération nationale des producteurs de fruits à cidre (FNPC) Thomas Pelletier, également présent à la réunion.

« Notre demande [de mesures de dégagement] s’est inspirée du vin car nos boissons sont assez proches. Sauf que dans le vin, ils ont une organisation commune des marchés (OCM) qui prévoit un budget de crise pour le retrait et la distillation, ce qui n’est pas le cas dans le cidre, explique-t-il. Il nous faut donc un accord de l’Europe ».

Méthanisation ou distillation de crise

Devant l’ampleur de la crise du Covid-19, l’ensemble de la filière cidricole appelle à désengorger le marché – ainsi que les cuves de fermentation – en retirant du marché 200 000 hl de cidre et de 100 000 t de pommes à cidre. Un retrait qui pourrait être indemnisé en totalité par les aides publiques ou qui pourrait être financé en partie par la méthanisation et/ou la distillation des produits. « C’est pour ça qu’on demande 100 euros par tonne de pommes et 60 euros par hectolitre de cidre distillé ou à détruire : ce montant ne couvre pas trop mal les coûts de production », confiait le 11 mai le directeur d’Unicid Jean-Louis Benassi. « On a exposé nos points, maintenant le travail porte sur les volumes et les prix », s’est contenté de dire Marc Roubaud au lendemain de la réunion avec le ministre.

D’autre part, la filière cidricole a demandé une enveloppe de 500 000 euros en soutiens de communication de sortie de crise, d’après Unicid. Ce à quoi le ministre a répondu « qu’on pouvait avoir 100 000 euros dans la limite de 15 % du budget total qu’on y mettrait », a informé le président de la FNPC Thomas Pelletier.

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« 95 % de CA en moins »

Le syndicat des cidriers indépendants (CIF) participait aussi à la réunion. Selon sa co-présidente Morgan Berthelot, Didier Guillaume a promis « qu’on aurait certainement 50 % de charges patronales en moins sur les salaires sur la période de fermeture des restaurants ». Mais cela n’aide pas les petits producteurs qui travaillent exclusivement avec les cafés, hôtels et restaurants (CHR), déplore-t-elle : « J’ai des confrères qui ont 95 % de chiffre d’affaires en moins ; pour eux cela n’aura aucun impact puisqu’ils sont au chômage technique. » Les professionnels de la filière demandaient aussi à bénéficier de l’aide d’État de 1 500 euros pour les TPE, d’une exonération des charges sociales pour les exploitants et du prolongement du chômage partiel jusqu’à réouverture des CHR. « On n’a eu aucune réponse là-dessus », glisse Thomas Pelletier : « On ne peut pas dire qu’on soit très satisfaits pour l’instant des réponses. Nous, on a besoin d’un peu plus de visibilité sur le marché et pour l’instant cela ne nous en donne aucune. »

De son côté, le président d’Unicid Marc Roubaud préfère rester positif et assure tout mettre en œuvre pour apporter une réponse satisfaisante à tous les maillons de la filière. « Cette crise touche tout le monde. Elle est immédiate pour les transformateurs. Les plus gros sont affectés de l’ordre de -40 à -45 % en volume [des ventes] sur la période de confinement, par rapport à l’année dernière. Les plus petits ont malheureusement des tendances à -70 %, voire plus » a-t-il indiqué. « Le fait peut-être le plus curieux, c’est la baisse des volumes en GMS : -17 à -25 % en volume pendant la période de confinement. » Une prochaine réunion serait prévue avec le ministre de l’Agriculture d’ici la Pentecôte.

« Nous allons taper à toutes les portes »