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Filière pêche La filière de la pêche française face à de multiples défis

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Le salon International Seafood de Bruxelles, rencontre incontournable des professionnels de la pêche, vient de fermer ses portes à Bruxelles et a mobilisé presque tous les acteurs de la filière de France, désireux de marquer leur présence sur ce secteur qui est de plus en plus marqué par une concurrence internationale impitoyable, souvent à armes, si ce n’est inégales, du moins biaisées, et qui fait face à un environnement économique mouvant, avec la hausse des coûts des carburants, la raréfaction de certaines ressources halieutiques, l’émergence rapide de l’aquaculture et des changements réglementaires contraignants, au moins dans la zone européenne. Il est toutefois difficile de faire un état des lieux exhaustif, tant la filière est diversifiée et les contraintes de chacun des acteurs différentes. L’Europe dépend à 80% des importations pour ses approvisionnements car elle représente 14% de la consommation mondiale alors qu’elle ne pèse que pour 6% de la pêche et 2% de l’aquaculture mondiales. La France tente, dans ce contexte de s’adapter, souvent au prix de rudes affrontements avec ses concurrents, y compris parmi ses partenaires européens.

Le secteur de la pêche en France fait le plus souvent parler de lui lors des manifestations de colère des pêcheurs, pas seulement à l’occasion de visites présidentielles. Il est vrai que cette activité a subi une véritable hémorragie au cours des dernières années. Le nombre de navires est ainsi passé de 8 654 unités en 1990 à 5 815 dix ans plus tard, et seulement 4 857 en 2009. La chute des plus gros navires (de 38 mètres et plus) est encore plus marquée, passant de 104 bâtiments en 1990 à 55 en 2009, selon les chiffres des différents services du ministère de l’Agriculture et de la pêche (MAAPRAT). La pêche représentait encore près de 22 500 emplois fin 2009. Elle représente un chiffre d’affaires de 1 640 millions d’euros pour près de 700 000 tonnes vendues, selon les derniers chiffres (avril 2012) de France AgriMer. De leur côté, les entreprises de mareyage totalisent plus de 4 600 emplois dans 295 entreprises de mareyage pur et 32 alliant cette activité avec de la transformation. Les premières représentent un chiffre d’affaires de 1 851 millions et les secondes 188 millions. La poissonnerie de détail, qui est en forte baisse, assure encore 7 475 emplois dans près de 3 000 établissements pour un chiffre d’affaires de 1 135 millions d’euros. Enfin, l’activité de première transformation (filetage, découpe, conditionnement et surgélation) regroupe 305 entreprises pour 4 507 millions de chiffres d’affaires (dont 3 703 millions pour la transformation) et offrent 15 600 emplois. Un secteur, dont son ensemble, vital pour l’économie, notamment pour les 4 régions de pêche : Bretagne (36 % du chiffre d’affaires du mareyage), Nord-Pas-de-Calais et Normandie (25 %), façade Atlantique (20%) et bassin méditerranéen (9 %), tous chiffres qui ne sont pas très éloignés de ceux de la transformation.

Une concurrence internationale vive

L’année 2011 s’est distinguée par un niveau record des échanges mondiaux des produits de la pêche avec une augmentation des exportations de 17 % en valeur et de 0,5 % en volume. Les exportations françaises ont atteint en 2011, 1 299 millions d’euros, dont 1 010 millions à destination de l’Union européenne, un chiffre largement en deçà de nos importations qui atteignent 4 783 millions d’euros. La principale importation concerne le saumon, avec 869 millions de tonnes qui est largement destinée à l’industrie française de fumage, technique pour laquelle la France dispose d’un savoir-faire largement reconnu. Toutefois, celle-ci connaît une forte concurrence, notamment de la part de la Pologne et la situation est tendue, reconnaît Pierre Commere, directeur de l’industrie du poisson à l’Adepale. La situation est analogue pour le hareng fumé, avec la concurrence de la Lituanie qui vient de lancer un produit sous le label « Belle France ». Les autres importations portent sur la crevette (653 millions d’euros) et le thon (482 millions d’euros). Parmi les principaux fournisseurs, on trouve tout naturellement en tête la Norvège, avec 556 millions d’euros, cette nation fournissant 66 % du saumon frais mis en œuvre par les industries nationales de fumage, devant l’Ecosse qui en fournit 22 % et contribue pour une large part aux 424 millions d’euros de produits de la mer que le Royaume Uni exporte en France.

Une consommation sensible aux prix

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« Dans un contexte international de crise et de mesures d’austérité, la propension à payer des consommateurs tend à baisser, alors que la demande des pays tiers ne cesse d’augmenter, favorisant des prix élevés au niveau international », note France AgriMer dans une note de conjoncture de février. Et de constater en avril, « que sur les 12 derniers mois allant à fin mars, le prix moyen des produits aquatiques est en hausse ». Une tendance qui ne pourra que confirmer celle enregistrée pour l’ensemble de l’année 2011 qui a vu l’indice général des prix progresser de 2,1 % tandis que celui des poissons et crustacés faisait plus du double, avec 4,4 %, après 4 ,9 % en 2010. La sanction a été sans appel : sur les 12 mois allant à fin novembre 2011, mesurés par Kantar Worldpanel, les volumes achetés en poissons frais on reculé de 5 %, ceux des coquillages frais de 12 %. Seuls les produits traiteurs de la mer on été achetés en plus grande quantité (1 %) et tout particulièrement le surimi (7 %), en raison de la stabilité de son prix.
Sur les 6 968 millions d’euros qu’ont dépensés les ménages pour leur consommation à domicile, les produits frais n’ont représenté que 33% des achats. (voir tableau 1). Parmi les freins à cette consommation, les professionnels citent une trop grande variété des espèces mises en ventes : « On avance le chiffre de 140, ce qui en fait un univers aussi impénétrable que celui du vin », nous indique un observateur. Il y a en outre une grande saisonnalité qui complique encore la donne. Il est plus facile « de s’y retrouver » dans les rayons des grandes surfaces qui absorbent 66 % des achats (tableau 2). Elles offrent une offre beaucoup plus standardisée et à meilleur prix. Les poissonneries traditionnelles, de ville ou des marchés, souffrent en effet d’une image de cherté. Cela tient en grande partie au fait qu’elles doivent jeter près de la moitié du poisson qu’elles vendent après pesée, à la différence des produits ayant été travaillés et dont les déchets ont pu être récupérés pour d’autres usage. La restauration hors foyer qui représente un budget de 1 182 millions d’euros fait également la part belle (tableau 3), aux produits non frais qui pèsent 55,4 % du total, mais en raison, il est vrai, du poids de la restauration collective dans ce total.

Un secteur aval qui innove pour s’adapter

« Le problème principal des industries de la transformation est la fluctuation des prix des matières premières », reconnaît Marie-Noëlle Deffluant, directrice du marketing de Guyader Gastronomie. Il est vrai que la filière a connu quelques soubresauts ces dernières années. Le saumon connaît actuellement une détente sur les prix, mais a constaté de fortes hausses quand la production du Chili a été victime d’une maladie ayant réduit les apports. De même, la noix de St Jacques a subi des hausses de prix allant jusqu’à 60 % en un an et doit amener les industriels à composer pour leurs plats préparés sans atteindre à la qualité des produits. Les industriels doivent répondre à ces défis par l’innovation. Il y a une carte à jouer, car le poisson jouit d’une bonne image en termes de qualité nutritionnelle. La fusion de Bretagne Saumon par Guyader Gastronomie va dans ce sens « pour fusionner les deux gammes à la recherche de nouveaux produits ». Les plats cuisinés « nomades » sont également une opportunité. Il faut conquérir des consommateurs qui sont réfractaires à la préparation du poisson, souvent assimilés à un produit difficile à cuisiner. Un optimisme que ne partagent pas les industriels de la conserve de poisson, réunis au sein de la Fédération des industries d’aliments conservés (FIAC). Dans un communiqué de février, ces derniers ont « tiré la sonnette d’alarme », s’inquiétant non seulement « d’une hausse globale de leurs coûts de production de 7 à 15 % sur 2011 », mais tout autant de la grande distribution qui a insuffisamment répercuté ces hausses. Pour Adolfo Valsecchi, président de la section poisson de la FIAC, « le risque est de voir les fabricants français restructurer leurs usines pouvant aller jusqu’à la fermeture totale de certains sites ». Le coût du poisson n’est pas seul en cause, car s’y ajoute le renchérissement des emballages, de l’huile ou autres ingrédients. Une inquiétude que partage l’Adepale qui déplore également que les distributeurs n’acceptent pas les hausses quand elles se produisent mais veulent négocier des baisses, lors d’un repli des cours. Un reproche qui n’est pas l’apanage de la seule filière poisson.