Entrer enfin dans une agriculture du XXIe siècle, telle est l’ambition du pacte d’engagement dévoilé par Interfel, l’interprofession des fruits et légumes frais, à l’occasion de ses assises organisées le 20 octobre à Paris. Elle demande aux pouvoirs publics de s’engager à ses côtés dans sa démarche.
« Si on ne se bouge pas, en 2024, les importations de fruits et légumes frais seront supérieures à la production nationale », a alerté Bruno Dupont, président d’Interfel. « Il faut inverser la tendance ». La filière réunie à l’occasion de ses premières assises, que Stéphane Le Foll avait appelées de ses vœux il y a un an, a présenté son projet « raisonné et raisonnable » – selon les mots de Bruno Dupont – qui devrait donner plus de visibilité à la filière que « le traitement en urgence de crises conjoncturelles » qui se succèdent.
Relancer la consommation de produits français
Premier axe : relancer la consommation des fruits et légumes frais. Le nouveau logo « Fruits et Légumes de France », dans la veine de « Viandes de France » et de « Fleurs de France », devrait permettre au consommateur de mieux identifier la production française. Bruno Dupont croit en ce nouvel outil de communication – « la filière est mûre pour s’en saisir » – même si les producteurs de fruits et légumes paraissent peu sensibles aux logos et divers labels : 4 % seulement de la production sont actuellement sous signe de qualité, a indiqué Jean-Luc Dairien, directeur de l’Institut national de l’origine et de la qualité. Qu’importe, la filière « s’engage à développer les signes officiels de qualité » affirme-t-elle dans son pacte.
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Consciente de l’évolution des attentes des consommateurs, l’interprofession s’engage également à adapter sa production aux exigences des citoyens. Elle compte, dans ce but, sur la R & D développée par le CTIFL, qu’elle financera désormais à hauteur de 14 M€ par an. L’objectif étant à terme de proposer des productions moins gourmandes en produits phytosanitaires et toujours exemptes d’OGM. Jacques Rouchaussé, nouveau président du CTIFL, a cependant modéré les ambitions : « Je ne suis pas contre la suppression de certaines molécules, mais il nous faut autre chose pour compenser ! » Car le danger, estime-t-il, c’est de voir les producteurs français arrêter la culture de certaines productions qui ne pourraient plus être protégées. « C’est ce qui est arrivé avec le navet : on ne produit plus de navet français, on importe ! ».
Optimiser les relations commerciales
Enfin, la filière s’engage à tout mettre en œuvre pour s’accommoder et même tirer parti du marché international. La contractualisation devrait permettre de faire face à la volatilité des cours mondiaux et garantir des revenus aux producteurs. Le ministre Stéphane Le Foll, venu faire une brève intervention aux assises, a demandé à l’interprofession de réfléchir à une contractualisation tripartite, combinant les intérêts des producteurs, des transformateurs et de la grande distribution. La filière demande en retour que les pouvoirs publics s’engagent « à consulter l’interprofession avant toute modification du dispositif de contractualisation obligatoire ».
La filière française souhaite en même temps développer sa présence sur les marchés internationaux en valorisant la production française à l’étranger. Le problème, déplore-t-elle, c’est que la France a tendance à lui mettre des bâtons dans les roues, lorsqu’elle surtranspose les directives européennes. Être compétitif à l’international nécessite un soutien des pouvoirs publics, considèrent les professionnels de la filière. L’État doit être de leur côté, en s’engageant à « ne pas prendre de réglementation française qui ne fasse l’objet de réciprocité au niveau communautaire et international ».