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Ministre de l’Agriculture La filière des fruits et légumes sommée de travailler collectivement

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Le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire a convoqué le 19 avril la filière des fruits et légumes pour la sommer de travailler pour l’intérêt collectif du secteur. « Chacun en a pris pour son grade », a commenté une source. Le ministre a fustigé les querelles de personnes au sein des organisations professionnelles, qui empêchent l’avancée des dossiers.

Le 19 avril en fin de journée, toutes les familles professionnelles qui composent la filière des fruits et légumes se sont retrouvées autour du ministre de l’Agriculture, pour un rappel à l’ordre, indique-t-on de sources concordantes. Lors de cette réunion qui ne comportait pas d’ordre du jour dans la convocation, Bruno Le Maire a clairement demandé aux représentants professionnels de consacrer plus d’énergie aux dossiers comme la contractualisation, qu’aux querelles personnelles.

Menace d’une sanction financière contre l’interprofession
« Cette filière doit s’organiser », a-t-il dit en substance, rappelant qu’il s’est engagé auprès du président de la République à mettre en place une solution pour améliorer les relations commerciales. Il a brandi la menace d’une sanction financière contre l’interprofession, Interfel, évoquant la possibilité pour lui de ne pas signer l’extension des règles lui permettant de lever les cotisations volontaires obligatoires. Il a rappelé qu’en vertu d’une sorte de contrat tacite entre lui et les professionnels, il s’engage à se battre pour la réduction des charges des producteurs, et qu’en contrepartie les professionnels s’entendent pour améliorer leurs relations commerciales.
Rappelant qu’il n’a jamais stigmatisé la grande distribution, il a averti que s’il s’avère que les rabais, remises et ristournes (les « 3R »), interdites depuis le 28 janvier, refont surface sous forme de coopération commerciale, le gouvernement prendra des sanctions. Les deux fédérations de producteurs (de fruits et de légumes) dénoncent la réapparition d’une forme de coopération commerciale à travers des sociétés écrans, qui appellent des frais de gestion à la charge des producteurs. Bruno Le Maire a précisé qu’il a mis en place une mission de Bercy qui ira vérifier si les mêmes sommes supprimées sous forme de rabais, remises et ristournes concordent avec des soupçons de coopération commerciale.
S’agissant de la contractualisation, il a sommé les familles professionnelles de se mettre autour de la table pour aboutir à un accord interprofessionnel, qu’il appelle de ses vœux, pour remplacer l’actuel décret. Il a annoncé que chaque famille sera reçue individuellement à son cabinet dans les prochaines semaines.

La FNPF « en phase » avec le ministre
La Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF), réunie le 20 avril en conseil d’administration a indiqué dans un communiqué qu’elle est « en phase » avec Bruno Le Maire, et « se félicite de l’affirmation sans ambigüité du ministre concernant le cœur de sa mission : défendre les producteurs et leur revenu ». Ses engagements à poursuivre le travail visant à redonner de la compétitivité à la production fruitière française et moraliser les pratiques commerciales par le respect de la loi et de son esprit (suppression des 3R en particulier) « ont bien été notés ». « La nécessité des contreparties professionnelles l’a été tout autant ». En outre, la FNPF se sent « confortée dans son action dans la construction d’un accord interprofessionnel sur la contractualisation », parce que « des outils de prévention des crises et de sécurisation du revenu sont disponibles pour les producteurs ». Pour la FNPF, l’ensemble des acteurs de la filière « a une obligation de résultat interprofessionnel ».

La Confédération paysanne exige le pluralisme dans Interfel
Une autre organisation à réagir a été la Confédération paysanne, qui dans un communiqué du 21 avril met en exergue « le coup de semonce du ministre devant les dysfonctionnements de l’interprofession ». « Alors que l’interprofession s’organise en collèges, le moment est justement venu de mettre en place le pluralisme dans Interfel », commente-t-elle. Le syndicat « exige que l’ensemble des syndicats représentatifs soient représentés » au sein du collège « production » d’Interfel. « Si le pluralisme n’est pas engagé rapidement, la Confédération paysanne espère que le ministre mettra à exécution sa menace de ne pas renouveler la signature de l’accord interprofessionnel et la cotisation volontaire obligatoire », souligne-t-elle. « Tout comme le ministre », elle « s’inscrit dans la défense du revenu des producteurs » par des outils tels que « l’interdiction de la vente à perte et l’adaptation de l’offre à la demande, au travers de l’inventaire du verger et du calendrier des productions, à l’échelle française et européenne ».

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