Après deux années difficiles, une meilleure récolte se profile en lentille verte du Puy. C’est la production emblématique de Sabarot, transformateur en Haute-Loire. Comme pour d’autres légumes secs, la filière multiplie ses efforts afin de séduire les consommateurs.
La récolte qui se profile en lentille verte du Puy redonne le sourire à Franck Rocher, agriculteur à Siaugues-Sainte-Marie (Haute-Loire). Deux mauvaises années, en 2020 et 2021, l’ont éprouvé. « J’espère dépasser 10 q/ha, indique-t-il. L’an dernier, c’était moins de 100 kg/ha », soit la quantité de semences mises en terre. L’exploitation compte 38 ha de lentille, sur 200 ha en polycultures. Dans le bassin de l’AOP, Franck Rocher fait figure d’exemple, la majorité des producteurs étant à 1 ha. La lentille du Puy est une longue histoire familiale, produite sur la ferme depuis quatre générations. « C’est une passion », affirme l’exploitant, par ailleurs à la tête de l’ODG (organisme de défense et de gestion) et président de l’Anils (interprofession des légumes secs).
Alors malgré des récoltes aléatoires, une culture « parmi les plus compliquées », le producteur s’accroche. D’autant plus que la lentille est dans une dynamique. « Il y a une quinzaine d’années, la moitié de la production venait du Puy, souligne Franck Rocher. Sa part est aujourd’hui de quelques pourcents. D’autres bassins se sont développés », notamment dans le Berry. La production en France atteint quelque 20 000 t sur 34 900 ha. Un coup de pouce est attendu de la nouvelle Pac, via une aide couplée de 100 €/ha pour les légumineuses. En Auvergne, la région accorde, dès cette année, une aide pour la lentille verte du Puy : 180 €/ha sur trois ans en cas de maintien des surfaces, 400 €/ha supplémentaires en cas de progression.
Démocratiser le produit
« On pourrait vendre dix fois plus de lentilles du Puy, vu la demande », lance Antoine Wassner, président de Sabarot. L’entreprise bicentenaire fait partie des gros acteurs en légumes secs (lentilles, haricots, pois cassés, pois chiches) au côté notamment de Vivien Paille, fraîchement racheté par Avril. Son usine de Chaspuzac (Haute-Loire) est engagée dans un plan d’investissement de 20 M€ sur huit ans, à comparer aux 65 M€ de chiffre d’affaires en 2021. Au-delà d’une modernisation, le projet vise à développer l’outil. La ligne de cuisson et surgélation doit doubler en capacité dès cet été, pour monter à 4 000 t de céréales et légumes secs, avant de passer à 8 000 t l’an prochain. Un investissement de 3 M€, qui fait appel à une technologie particulière, maîtrisée par seulement trois opérateurs en Europe. Avantage : le produit transformé garde sa couleur et ses nutriments. « Notre objectif est de démocratiser les légumineuses, déclare Antoine Wassner. Il s’agit d’élargir les moments de consommation, à la maison et hors domicile. »
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La filière mène par ailleurs une campagne de promotion des légumineuses en 2022, à destination notamment des jeunes consommateurs. L’opération, à plus de 1 M€, dont un cofinancement par France Relance, est initiée par les interprofessions Terres Univia (huiles et protéines végétales) et Interfel (fruits et légumes), ainsi que les fédérations FNLS (légumes secs) et Fiac (conserves). Son slogan : « Les légumineuses, c’est deux fois par semaine. » Un objectif en phase avec le Programme national nutrition santé (PNNS), soit environ 10 kg/an, alors que la consommation actuelle est inférieure à 2 kg/an (contre près de 4 kg/an en Europe). Trois publics sont visés : les enfants et parents, via de la publicité autour de recettes, un kit scolaire, une campagne sur les réseaux sociaux ; la restauration collective, avec notamment un livret de recettes accompagné de vidéos, la présence à un salon ; et enfin le secteur de la santé et nutrition. Cette campagne répond à la stratégie nationale en faveur des protéines végétales, lancée en décembre 2020. L’ambition est notamment de doubler les surfaces cultivées (en légumes secs, pois, soja, luzerne, légumineuses fourragères…) pour atteindre 8 % de la SAU en 2030. « Aujourd’hui, notre production de légumes secs atteint péniblement 50 % de la consommation », signale-t-on chez Terres Univia.
Vivien Paille a pour sa part lancé en juin une campagne décalée, qui fait suite au « sec shop » fin 2021 à Lyon, évènement autour d’une boutique éphémère dédiée aux légumineuses. La marque communique sur des recettes, en s’appuyant sur des chefs, des influenceurs chargés de faire passer ce message : « En plus, d’être bons pour la santé et le porte-monnaie, les légumes secs sont bons pour l’environnement. » L’idée est de les « mettre au cœur des repas », explique Rodolphe de Zutter, directeur commercial et marketing. Avec aussi l’ambition d’accroître l’approvisionnement national. C’est par exemple en lentille verte de passer à 100 % origine France, contre environ deux tiers aujourd’hui.