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La filière du blé ambitionne de diversifier son offre

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France Export Céréales a organisé le 16 mars une table ronde sur le thème « Améliorer la qualité de notre offre » de blé, après une campagne d’export 2015-16 mal maîtrisée. Remplir cette ambition exige d’inciter les producteurs, comme l’a expliqué la coopérative Sevépi. Une évolution technique et réglementaire s’impose également, d’après l’institut Arvalis.

« Nous devons être présents sur de nouveaux marchés », a déclaré le président d’Intercéréales Philippe Pinta. Et de citer l’Arabie saoudite, « qui change de stratégie en matière de production agricole ». « L’Iran est structurellement importateur de blé », a-t-il poursuivi. Suite aux accords politiques, le pays représente une opportunité commerciale et « peu importe s’il cherche au départ une haute teneur en protéines ». « L’Afrique subsaharienne veut une qualité de blé qu’on ne possède pas forcément », a reconnu Philippe Pinta, mais « la capacité de croissance » de cette zone pousse à s’y intéresser.

Tenté par de nouvelles destinations, le blé français a besoin d’adapter son offre. Une trop grande dépendance à l’export vers le Maghreb, l’Egypte, l’Afrique de l’Ouest a été relevée par Pierre Duclos, responsable du trading chez Lecureur. « On doit proposer une offre diversifiée pour satisfaire la cible de clients la plus élargie possible », a-t-il affirmé. D’où l’intérêt du plan interprofessionnel d’amélioration du taux de protéines, lancé voilà près de deux ans. « La protéine est un critère nécessaire mais pas suffisant », a nuancé Pierre Duclos : d’autres paramètres sont à valoriser auprès des clients, comme la force boulangère (W), le gluten index ou encore la note de panification.

Rémunération de la protéine

Le plan protéines blé tendre en première ligne

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La coopérative normande Sevépi a présenté ses actions auprès des agriculteurs pour améliorer la qualité du blé. Au cœur du dispositif, le taux de protéine qui « devient très critique », selon le directeur Jean-Baptiste Hue. La récolte 2015 est symptomatique. Sevépi affiche un taux de protéines de 10,91 % (contre 11,3 % l’année précédente) avec une grosse collecte (+17 %). Tout son travail est de changer les pratiques de fertilisation en rémunérant la qualité. « Le marché ne paye pas la protéine », a-t-il regretté. Qu’à cela ne tienne, la coopérative applique depuis deux ans un barème de bonification-réfaction : la plage neutre se situe entre 10,81 % et 11 %, 0,5 euro/t est accordé entre 11,41% et 11,5 %, 1,5 euro/t entre 11,91 % et 12 %. Des chiffres mis en parallèle avec le coût de la fertilisation azotée, soit 1,30 euro/t à 1,80 euro/t pour 20 unités/ha d’azote permettant de gagner 0,5 point de protéines.

Fertilisation azotée

« Des marges de manœuvre existent dans le positionnement des apports d’azote », a considéré Jean-Paul Bordes, chef du département R&D chez Arvalis. L’idée est de reporter une partie de la fertilisation en fin de cycle végétatif. C’est aussi de faire évoluer la réglementation. « On se bat pour des solutions visant à la fois une production de qualité et la préservation de l’eau », a-t-il expliqué. « Ce n’est pas en diminuant la fertilisation azotée qu’on résout le problème », a insisté Jean-Paul Bordes, pour qui une telle pratique conduit à « baisser le taux de protéines, sans réduire la pression sur l’environnement ». Un combat que Jean-Baptiste Hue s’est dit prêt à relever. « Concernant la piste d’une fertilisation supérieure au dernier moment, il va falloir s’y mettre tous pour la faire accepter » auprès des pouvoirs publics, a-t-il lancé. « C’est vraiment nécessaire. »