Avec une capacité totale de transformation de plus de 160 000 tonnes de riz, la Camargue doit importer pour approvisionner ses usines, tout en faisant face à des prix en augmentation de près de 20 % suite à l’ouverture de l’Europe à l’Est.
La Camargue réunit l’essentiel des rizières françaises. En toute logique, les transformateurs s’y concentrent. Acteur historique, le Silo de Tourtoulen – producteur et organisme stockeur – affiche une capacité de blanchiment du riz de 40 000 tonnes. Autre groupe familial, le Comptoir agricole du Languedoc (CAL) s’est doté d’outils lui permettant de blanchir 35 000 tonnes de riz. Deux sociétés totalisent également une capacité d’environ 10 000 tonnes. Enfin, Rizerie SCS, seule usine d’étuvage de l’Hexagone, peut transformer 80 000 tonnes de riz. La construction de cette dernière usine porte le total à plus de 160 000 tonnes pour une récolte nationale qui atteint les 93 000 tonnes de riz paddy.
L’Europe en sous-production
« Notre surcapacité de transformation régionale n’est pas un problème, juge Patrick Madar, qui dirige le CAL. La France reste le pays le moins bien équipé d’Europe ! Le marché a changé et l’élargissement de l’Union européenne a ouvert de nouveaux débouchés ». L’arrivée dans le marché commun de nouveaux pays d’Europe de l’Est, en 2004 puis en 2007, a effectivement redistribué les cartes. « En passant de 15 à 27 membres, la demande intérieure a crû de plus de 500 000 tonnes, analyse le courtier Jean-Pierre Brun. Nous sommes passés d’une situation de surproducteur à hauteur de 200 000 tonnes à sous-producteur ! ».
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Des cours à la hausse
Parallèlement, face à des stocks trop importants, Bruxelles décide en 2003 de réduire de moitié le seuil du cours d’intervention. Courant 2004, le déstockage des producteurs permet d’estomper la hausse des cours du riz tirée par la demande des Peco. Un effet qui n’a qu’un temps : « En milieu de campagne 2005/2006, les prix ont grimpé de 40 à 50 % », se rappelle Jean-Pierre Brun. Une flambée assez inattendue. Et difficile à digérer pour les grands transformateurs. « Le prix de leur matière première a augmenté, explique l’expert, mais les négociations avec la GMS étant bouclées depuis longtemps, cette augmentation n’a pas pu être répercutée sur les prix ! ». Les cours ayant déjà gagné +15 % avant le démarrage de la campagne 2006/2007, les industriels ont cette année pu anticiper l’évolution du marché. « Cette hausse n’est qu’un rééquilibrage, souligne François Callet, président du syndicat des producteurs français de riz. En 10 ans, le riz a tout de même perdu plus de la moitié de sa valeur ». « La pression sur les prix est une bonne chose, assure Florian Lacrotte, p.-d.g. des Silos de Tourtoulen. Cela stimule la production locale, et en aval, en tant que transformateur, nous répercutons la hausse sur les produits finis. »
Choisir entre niche et marché de masse
Sans stocks, l’Europe – qui enregistre une production de 2 millions de tonnes – se retrouve aujourd’hui en déficit d’1 million de tonnes de riz. Et la France reste un petit producteur, avec près de 18 000 hectares de surfaces cultivées, là où le Portugal en compte 20 000, la Grèce 25 000, l’Espagne 100 000 et l’Italie 250 000 (avec une récolte qui approche le million de tonnes). Pour alimenter ses usines, la Camargue importe. Plus de 80 000 tonnes de riz ont ainsi passé les frontières de l’Hexagone sur les 12 derniers mois. Notamment du riz Indica. La Camargue produit en effet peu de ce type de riz (cf. article précédent) adapté à l’étuvage, une technique qui permet de produire du riz incollable et à cuisson rapide. Cette offre représente plus de 60 % du marché français (voir Encadrés) mais l’Indica accuse un cours inférieur de 15 % à 20 % à celui du Japonica, ce qui incite peu à la production. Du fait des volumes qu’elle collecte – 50 000 tonnes de riz –, la coopérative Sud Céréales a pourtant clairement fait le choix du riz étuvé. Ce qui entraîne une forte importation, désormais assurée par Soufflet alimentaire. De son côté, le silo de Tourtoulen mise plutôt sur le Japonica, en ciblant des segments de niche. « La question se pose de savoir si nous devons positionner notre production sur des marchés à gros volume ou chercher des débouchés sur ce que nous savons produire », juge Florian Lacrotte. Pour ce riziculteur et transformateur, malgré la surcapacité de production locale, « il n’y a pas de guerre en Camargue ! Avec le Comptoir agricole du Languedoc, nous sommes complémentaires, et le projet Rizerie SCS aura eu le mérite de diversifier le secteur ».