« Nous réclamons le retrait pur et simple du projet de règlement autorisant le coupage entre des vins blancs et des vins rouges pour élaborer des vins rosés ». Fermement décidée à combattre avec la dernière énergie ce qu’elle qualifie de « funeste » dans le projet de la Commission européenne, la filière européenne des producteurs de vin rosé traditionnel a organisé à Bruxelles une conférence afin de sensibiliser l’opinion sur « une dérive vers une œnologie industrielle ». Un vote définitif sur ce dossier est en principe prévu pour le 19 juin prochain.
Aux cotés de représentants de la filière du vin rosé d’Italie, de l’Espagne, de l’Italie et de la Suisse, Xavier de Volontat, président de l’Association générale de la production viticole (AGPV) a fustigé « l’ineptie » du projet de règlement de la Commission européenne et a soupçonné « certains relents mercantilistes » derrière cette volonté de lever l’interdiction du coupage entre les vins blancs et les vins rouges. L’autorisation de « fabriquer, à partir de vins blancs excédentaires, des vins ressemblant à des rosés, mais à moindre coût et à n’importe quelle période de l’année ressemble fort, dit-il, à une manœuvre opportuniste permettant d’attaquer le marché du rosé qui est en progression ». Il a ajouté que la commercialisation de ces vins de coupage, qui peuvent être facilement confondus avec des rosés pourrait déstabiliser l’économie des régions traditionnellement productrices de rosés. La confusion avec le rosé constitue à ses yeux « une forme de contrefaçon, une sorte de tromperie du consommateur qui serait en outre légalisée par un règlement européen ». Son collègue, Jean-Jacques Brébant, président du Conseil interprofessionnel des vins de Provence (CIVP) et de la Fédération du négoce de Provence, a appuyé ses arguments en expliquant que si la Commission voulait vraiment encourager la production de qualité à travers l’Europe « elle ne prend certainement pas la bonne direction avec son projet de règlement sur le vin rosé » Le Conseil français des vins de Provence, en collaboration avec les syndicats d’appellation et de vins de pays, a lancé un site internet (www.coupernestpasrose.com), qui permet de publier des messages de protestation contre la production de « simili rosés » en France. Près de 30.000 signatures ont déjà été enregistrées..
Même la « solution « par l’étiquetage (« rosé traditionnel « et/ou « rosé issu de coupage »), préconisée dans un deuxième temps par la Commission pour tenter de calmer la mauvaise humeur des défenseurs du vrai rosé, n’a pas grâce à leurs yeux. Parce que, disent-ils, « la couleur est une mention facultative et qu’il n’y a pas de définition légale de la couleur d’un vin ». La seule solution serait pour eux de revenir à la situation actuelle qui prévoit l’interdiction du coupage pour les vins tranquilles.
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Vote définitif reporté au 19 juin
L’interdiction de coupage entre des vins blancs et des vins rouges pour élaborer des vins rosés sans indication géographique est prévue par le règlement 1493/1999 (remplacé par le règlement 479/2008) qui renvoie certaines dispositions à des règlements d’application, notamment en ce qui concerne les pratiques œnologiques. C’est dans ce projet de règlement, présenté par la Commission européenne début 2009, que la filière viticole a constaté –elle le reconnaît fort tardivement – la volonté de supprimer cette interdiction. Ce projet de règlement sur les pratiques œnologiques a fait l’objet d’un vote indicatif le 27 janvier 2009 dans le cadre du Comité de réglementation qui regroupe des représentants des Etats membres et celui de la Commission européenne. Une majorité de ces représentants a adopté le projet, y compris donc le représentant français. Celui-ci a été transmis pour avis à l’OMC (tout projet de règlement doit être notifié à Genève afin d’éviter tout obstacle au commerce). L’OMC a trois mois pour donner son avis, ce qui aurait conduit le vote définitif sur ce projet de règlement au 27 avril dernier. Une date qui a été repoussée au 19 juin sous la pression de certains Etats membres et de quelques parlementaires européens soucieux de « ne pas polluer » les élections européennes qui se tiennent du 4 au 7 juin, selon les pays.