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FRANCE/FOIE GRAS La filière foie gras parie sur l'export malgré les embûches

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En 2013, la consommation de foie gras n'a pas échappé aux arbitrages budgétaires des Français, qui ont réduit leurs achats de 4,6%, même si leur fidélité au produit reste intacte. Face à cela, l'exportation progresse et incite la filière à se mobiliser pour gagner de nouveaux marchés, même si cela s'apparente parfois à un réel parcours du combattant.

MÊME en temps de crise, les Français sont restés attachés au foie gras, mais même s'il a mieux résisté à la crise que certains autres produits festifs, leur consommation a fléchi. Globalement, tous circuits de distributions confondus, les achats des ménages français on enregistré une baisse de 5,6% en volume et de 4,6% en valeur, a constaté devant la presse Marie-Pierre Pé, responsable de la communication au Cifog qui regroupe toutes les familles professionnelles de la filière du foie gras (canard et oie). En dépit des arbitrages budgétaires qui ont « marqué une consommation festive très morose », selon elle, « le foie gras a su conserver des consommateurs fidèles » : 46,1% des ménages ont acheté du foie gras en 2013, contre 46% en 2012. Par ailleurs, ils en ont acheté autant de fois que l'année précédente, avec 1,8 acte d'achat par ménage soit autant qu'en 2012. Ils ont toutefois moins acheté, 649 grammes en 2013, contre 693 en 2012, soit un budget ramené sur un an de 30,90 € à 29,30€. Autre consolation pour le Cifog, le foie gras, avec une baisse de 5% est moins pénalisé que le saumon fumé (-11%), les huitres (-12%), le champagne (-13%), seuls les mousseux affichant une hausse en valeur de 3%, les chocolats de fête limitant les dégâts avec un repli de 0,4%. Au final, les volumes achetés ont connu une baisse de 8 607 à 8 124 tonnes.

UNE CONSOMMATION SENSIBLE AU PRIX

Le bloc de foie gras sans morceau, produit plus accessible en termes de prix, est le segment qui a le plus progressé : ses ventes ont augmenté de 8,5% en volume et de 15,7% en valeur (source IRI). Les ventes de foie gras entier ont toutefois progressé de 3,3% en valeur et demeurent le premier segment en volume (40,7%) et en valeur (53%), devant le bloc avec morceau (35,1% en volume) et le bloc sans morceau (23,4% en volume). Les consommateurs ont par ailleurs confirmé leur préférence pour le foie gras mi-cuit qui progresse de 2,7% en volume et de 5,5% en valeur sur l'année (respectivement 2,8% et 6,2% sur la seule saison des fêtes de mi-octobre au 5 janvier). Le foie gras en conserve perd du terrain, avec - 8,2% en volume et - 4,7% en valeur (-9,9% et - 7% sur la saison). sa part de marché volume sur l'année recule ainsi de 24,9% à 22,8%. Dans ce contexte de crise, les professionnels se veulent mobilisés en se concentrant sur l'innovation pour proposer de nouveaux produits, en l'associant à des saveurs plus originales, en mariage avec des figues, de la fleur de sel, du piment d'Espelette. Un autre axe est d'inciter la consommation en dehors des traditionnelles fêtes de fin d'année, pour s'offrir le plaisir du foie gras plus souvent. Certaines marques vont ainsi proposer des offres promotionnelles sur des produits dédiés à des apéritifs gourmands sur les mois de mai ou juin. Ils souhaitent également inciter les distributeurs à avancer le lancement de la saison festive avec une mise en rayon. « Il faut que les efforts des fabricants soient suivis par ceux des distributeurs », estime Marie-Pierre Pé. Enfin, l'accent sera mis sur la conquête de nouveaux marchés à l'exportation.

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QUATRE GRANDS PAYS CIBLES

L'international aura été un motif de grande satisfaction pour les producteurs, avec une augmentation des exportations de 5% en valeur (4,6 M€) à 104 M€ sur un chiffre d'affaires total du secteur de près de 2 Md€. Dans le même temps, les importations ont baissé de 9,4 M€. Le solde de la balance commerciale continue donc de s'améliorer avec un excédent de 52 M€, en progression de 13 M€ sur 2012, soit 33% de hausse. Le principal client demeure l'Espagne, malgré une légère baisse due à la crise (24 122 t contre 26 326 t), devant le Japon en progression (de 12 964 t à 17 158 t) tout comme la Belgique (de 14 779 t à 16 200t). L'interprofession mise aujourd'hui sur le développement des exportations vers cinq grands pays : la Chine, les Etats-Unis, le Brésil, la Russie et Singapour. « Le pouvoir d'achat y augmente, et les consommateurs affichent l'envie de consommer des produits français », estime Xavier Gaudio, le président du Cifog. La Thaïlande, les Emirats Arabes Unis ou le Canada sont également des destinations prometteuses. « L'export représente toutefois un travail très fastidieux. Pour exporter, il y a encore beaucoup de paperasses, la simplification administrative n'est pas là. Les certificats sanitaires et les barrières douanières sont des freins difficiles à lever dans beaucoup de pays. Il faut organiser des visites de vétérinaires », déplore Marie-Pierre Pé. Les efforts sont toutefois payants, rassure Xavier Gaudio, citant les Etats-Unis qui vont de nouveau autoriser les importations. « Deux abattoirs vont recevoir l'agrément nécessaire, et nous allons retenter d'y prendre pied, xplique-t-elle. Le Brésil offre également un réel potentiel ».