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La filière française du blé bio vise l’autosuffisance dans quatre ans

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Les professionnels du blé bio veulent atteindre l’autosuffisance dans quatre ans, ont-ils affirmé le 7 novembre à Paris lors des Journées techniques des industries céréalières (JTIC). Axéréal et la Corab sont venus présenter leur stratégie pour accompagner l’essor de la filière.

Selon Olivier Deseine, le patron des Moulins de Brasseuil, « 75 % du blé bio est d’origine française en 2017-18 ». « L’objectif d’ici quatre ans est d’arriver à 100 % », a-t-il indiqué, faisant part des échanges au sein de l’interprofession. Une baisse de collecte à 130 000 t (-19 % sur un an) de blé bio est prévue en 2018-19, selon les chiffres de FranceAgriMer dévoilés aux JTIC. Mais les surfaces sont « en pleine progression », d’après lui. La production est tirée par une forte demande. Côté meunerie, 165 000 t (+15 %) mises en œuvre sont prévues en 2018-19. « La tendance pour les trois ans à venir est une croissance annuelle de 15 % » concernant les utilisations de blé et même l’ensemble des espèces de grandes cultures bio, a déclaré Gilles Renard (Axéréal Bio). « Tous les acteurs s’accordent à le dire », d’après lui.

Ce déséquilibre entre la demande et l’offre française va freiner des opérateurs cette année. La boulangerie semi-industrielle PatiBio (chiffre d’affaires : près de 6 M€), basée dans le Val-d’Oise, tourne avec 100 % de blé bio français et 25 % de sa production est à base de blé d’Ile-de-France. Problème, la récolte 2018 est en baisse. « Les premiers acheteurs seront les premiers servis », annonce le cofondateur Robert Scharr : « Je préfère ne pas faire cette année plutôt que d’être dans l’à-peu-près. »

Ecart de prix

La Corab, coopérative 100 % bio en Poitou-Charentes, peine aussi à répondre à la demande. « On n’arrive pas à suivre la croissance à deux chiffres de nos clients », reconnaît le directeur exploitation Camille Moreau. Sa collecte représente quelque 11 000 t de grains pour un chiffre d’affaires d’environ 7 M€. Elle affiche une baisse de 35 % sur 2018, en lien avec une mauvaise météo. La question du prix de vente fait par ailleurs l’objet de débats. Certains ont besoin qu’« on (leur) explique pourquoi le bio est plus cher que le conventionnel », observe-t-il, pestant contre Michel-Édouard Leclerc, p.-d.g. des magasins éponymes, et sa promesse d’aligner les deux tarifs. « En fonction des aléas climatiques, il peut y avoir moins de volume donc des produits bio plus chers d’une année sur l’autre. »

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Un modèle différent du conventionnel

Axéréal (collecte : 40 000 t en bio, plus de 4 Mt en conventionnel) insiste aussi les spécificités de la filière bio. En réponse aux distributeurs qui réclament une croissance de la production et un rapprochement des prix par rapport au conventionnel, Gilles Renard soutient que « le modèle ne peut pas être le même ». L’agriculture bio présente « une densité très modeste ». Les rendements sont chiffrés à environ 3 t/ha en bio, 6 t/ha en conventionnel. « Le métier de collecteur est complexe », poursuit Gilles Renard, surnommé « l’épicier » au sein de la coopérative, vu que la collecte en bio pèse 1 % du total Axéréal avec une multitude de contrats de vente pour les 12 espèces cultivées (contre 3 espèces majeures en conventionnel). Les productions biologiques nécessitent entre autres plus de travail d’isolement des espèces, de tri, de nettoyage. Les procédures qualité sont nombreuses, avec 1 analyse/200 t (contre 1/5 000 t en conventionnel).

Des utilisations en hausse de 15 % par an