Abonné

Institutions/Volailles La filière française reste vigilante après sa visite à la Commission européenne

- - 8 min

La France a été autorisée par Bruxelles à puiser quelque 15 millions d'euros sur son enveloppe dans le cadre de la Pac afin d'aider la filière « poulet export » à gérer la fin des restitutions à l'exportation. C'est la mesure-phare qui s'est dégagée suite aux entretiens qu'a eus le ministre français de l'agriculture, Stéphane Le Foll, avec le commissaire européen à l'agriculture, Dacian Ciolos, sur la crise de la filière export de viande de volaille de Bretagne. Des représentants du Comité de liaison interprofessionnel de la volaille de chair (1) y ont également participé aux côtés des deux grands exportateurs de la filière volaille française Tilly-Sabco et Doux. Ces derniers, tout en se félicitant des mesures positives évoquées pour leur secteur, se veulent extrêmement vigilants quant à leur concrétisation effective dans les prochains mois.

Suite à ses entretiens le 22 novembre à Bruxelles avec le commissaire européen à l'agriculture, Dacian Ciolos, le ministre Stéphane Le Foll a évoqué avec la presse les grandes lignes des mesures qu'il a proposées pour aider la filière export de viande volaille à sortir de la crise qu'elle affronte depuis quelques mois. Trois pistes de travail ont été évoquées.
La première ouvre la possibilité à la filière de solliciter des fonds européens pour assurer la promotion des poulets exports dans le cadre d’une politique de mise en avant de la qualité des produits (sur la base d'un programme de certification de la qualité à construire).
La seconde porte sur la création à très bref délai d’un « fonds de stabilisation » du revenu des aviculteurs impliqués dans la filière export. Ce fonds, qui sera mis en place sur la base de crédits régionaux du FEADER (Fonds européen agricole pour le développement rural) et de cofinancements privés, devrait permettre de compenser les pertes de revenu des éleveurs liées à la volatilité des prix. « Son objectif principal sera de lisser les effets négatifs des variations monétaires entre l'euro, le dollar et surtout le real, la monnaie du Brésil qui est notre principal concurrent sur les marchés du Moyen-Orient », a souligné le ministre breton. Celui-ci a reconnu que cette nouvelle structure va nécessiter des discussions mais il s'est dit « fermement disposé à en accélérer la mise sur pied dans les meilleurs délais ». Ce fonds de stabilisation, a-t-il précisé, sera alimenté par des fonds publics français et européens mais aussi par des moyens privés qui pourront être mobilisés dès le début de 2014.
La troisième mesure est liée à une aide exceptionnelle, d'un montant de 15 millions d'euros, qui sera débloquée, au premier trimestre 2014, dans le cadre de l'enveloppe française prévue dans la nouvelle Pac. Elle sera utilisée pour poursuivre l’amélioration de la qualité des poulets destinés à l’exportation. « Ces trois mesures ont été validées par la Commission européenne », a tenu à souligner Stéphane Le Foll. Lequel a ajouté : « Si on inclut les 4 millions d'euros d'aide d'urgence de minimis pour les fournisseurs des opérateurs à l'export déjà sur la table dans le cadre de France Agrimer on avoisinerait les 19 à 20 millions d'euros au total et cela dès 2014 ». Des aides qui devraient pouvoir donner un coup de pouce pour assurer la transition en 2014 de la filière export de viande de volaille française, estime le patron de la rue de Varenne. La troisième mesure évoquée à Bruxelles, prévoit de faire appel aux aides directes aux éleveurs dans le cadre de l'article 68 (2) de la nouvelle Pac dont l'objectif est d'apporter un soutien financier aux secteurs confrontés à des problèmes spécifiques. Dans le cas qui nous occupe, il s'agira essentiellement d'aider les éleveurs à améliorer la qualité ainsi que la commercialisation de leurs productions.
 
Sera-ce suffisant pour calmer les bonnets rouges ?
Sollicité par Agra Alimentation pour savoir si les mesures concoctées avec le commissaire Dacian Ciolos sont à même d'assurer le maintien de l'emploi notamment au sein de l'entreprise Tilly-Sabco (son p.-d.g., Daniel Sauvaget avait averti que sans restitutions à l'export il se verrait obligé de licencier près de 250 de ses ouvriers début 2014, ndlr), le ministre de l'Agriculture a répondu que suite aux discussions avec les responsables des deux sociétés Tilly-Sabco et Doux pour préparer la rencontre du 22 novembre à Bruxelles, il a vraiment le sentiment que ces derniers « veulent tourner tout à fait la page des restitutions à l'exportation communautaires et qu'ils se disent déterminés à diversifier dorénavant leurs activités ». Mais qu'en pensent les leaders de la filière qui ont accompagné le ministre (mais qui bizarrement n'ont pas participé à la rencontre avec la presse) ? Gilles Huttepain, co-président du Comité de liaison et président de la Fédération des industries avicoles, estime que « le commissaire européen et le ministre de l’agriculture français ont pris conscience du risque que représenterait l’effondrement de la filière export française. Les membres de la filière vont travailler dès à présent sur les différents projets ». Toutefois, celui-ci a indiqué que « tout reste à faire et que les membres du comité de liaison resteront extrêmement vigilants sur la mise en œuvre effective de ces propositions ». Daniel Sauvaget, le p.-d.g. de Tilly-Sabco, a indiqué de son côté à l'AFP que les activités de sa société vont se poursuivre en 2014 (3) et s'est dit « satisfait » des dispositifs décidés à Bruxelles pour aider les exportateurs de poulets français à sortir de l'impasse. Il a précisé notamment que « l'enveloppe de 15 millions qui va aider les éleveurs à fournir le secteur de l'export à des prix économiquement viables devrait permettre le redémarrage de la production sur le site de Guerlesquin » (Finistère).
 
La filière export européenne conserve de bons atouts selon Dacian Ciolos
A l'occasion de sa rencontre avec les autorités françaises et les représentants des entreprises exportatrices, le commissaire européen, Dacian Cioloş, s'est tout d'abord appliqué à rappeler « les nombreuses mises en garde sur la fin programmée des restitutions à l'exportation lancées par la Commission européenne et le temps que les entreprises concernées ont eu pour s'adapter à leur nouvel environnement ». Toutefois, il s'est dit convaincu que la filière avicole européenne a tous les atouts pour profiter de la croissance des marchés, en Europe et dans le monde, « ce qui est démontré, a-t-il souligné, par l'augmentation des exportations de produits de viande de volaille sans restitutions, lesquelles représentent la majeure partie des exportations européennes démontrant la compétitivité du secteur ». Le commissaire roumain a expliqué à la délégation française les mesures qui sont à la disposition des autorités françaises, à travers la Politique agricole commune et dans le cadre de l'enveloppe nationale déjà programmée pour la période 2014-2020, pour soutenir la filière dans une démarche de relance de sa compétitivité. Ainsi des mesures sectorielles peuvent être élaborées par la France, dans le cadre des fonds européens du développement rural, ciblant des mesures d'investissement, de restructuration, mais aussi des démarches de formation, de conseil, d'amélioration de la qualité et de commercialisation. La France peut également décider – mais uniquemment pour 2014 – au titre des règlements de transition de la réforme de la Pac, d'octroyer un soutien sectoriel sur la base de l'article 68 de la Pac pour améliorer la qualité ou la commercialisation des produits agricoles, ou pour appliquer des normes renforcées en matière de bien-être animal. Des outils de prévention et gestion des crises sont également disponibles au sein des programmes de développement rural, notamment des fonds mutuels. « Cela peut être une réponse concrète pour que la filière puisse s'organiser face aux fluctuations de taux de change ou à des pics de prix des aliments des volailles », a expliqué Dacian Ciolos. Selon lui, d'autres mesures peuvent être envisagées pour le futur, comme par exemple la mise en place d'un plan de promotion pour l'exportation et une aide à la prospection de nouveaux marchés, pour des démarches de différenciation des produits sur les marchés tiers.
 
(1) Il réunit l’ensemble des acteurs de la filière volaille française : éleveurs, groupements de producteurs, accouveurs, fabricants d’aliment, industrie. 
(2) L'article 68 de la PAC prévoit des aides aux secteurs rencontrant des problèmes spécifiques. Cette possibilité deviendra plus souple : ces fonds ne devront plus obligatoirement être utilisés dans le secteur dont ils proviennent et pourront servir à soutenir par exemple les producteurs laitiers, les producteurs de viandes bovine, ovine et caprine ou autres dans les régions où les activités agricoles sont vulnérables.
(3) Tilly-Sabco, qui emploie plus de 300 personnes, menaçait de suspendre son activité en janvier 2014.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.