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Fin des quotas La filière laitière européenne ouvre le débat sur l’après-quota

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La fin des quotas laitiers en 2015 inquiète autant qu’elle séduit. Si le marché mondial est porteur, la concurrence y est déjà très forte. L’interprofession laitière française a donc réuni le 21 novembre des représentants des plus gros producteurs européens afin de discuter de leurs perspectives face au bouleversement de leur filière. Si l’Irlande planifie une augmentation massive de sa production, l’Allemagne, elle, s’oriente vers une conquête du marché russe, tandis que les Pays-Bas comptent sur leurs coopératives puissantes pour se protéger de la volatilité et conquérir de nouveaux marchés.

«Les éleveurs laitiers européens sont-ils compétitifs pour répondre aux opportunités du marché mondial ? » Afin de répondre à cette question, l’interprofession laitière a organisé le 21 novembre une table ronde réunissant des acteurs agricoles français, irlandais, néerlandais et allemands. Un débat qui a permis de mettre en exergue les similitudes, les différences et les perspectives qui séparent les filières laitières des 4 principaux producteurs européens. En Irlande, comme aux Pays-Bas, la production de lait est considérée comme la plus rentable. Sur l’année 2011, les éleveurs laitiers ont ainsi gagné près de 70 000€ en moyenne, quand, en France, les producteurs dégageaient un revenu inférieur à 30 000€ (selon la commission des comptes de l’agriculture). Résultat, « selon un sondage des coopératives, les éleveurs se préparent à produire 60% de lait supplémentaire », explique Catherine Lascurettes, directrice de l’Irish Farmer’s Association. Le gouvernement irlandais, de son côté, « a fixé un objectif d’expansion de 50 % de la production en 2020 ». Mais pour y parvenir, la filière va devoir faire face à de nombreux défis. Selon Catherine Lasccurettes, afin d’absorber tout ce lait supplémentaire, la transformation devra investir plus de 400 millions d’euros. Très dépendante des pâturages, la production irlandaise subit en outre des variations de 1 à 7 entre le mois de janvier et le mois de juin. Afin de réduire l’impact de cette saisonnalité, Catherine Lascurettes estime à 500 millions d’euros les investissements nécessaires dans les capacités de stockage. Enfin, les exploitants devront investir plus de 1,5 milliard d’euros dans leurs exploitations pour atteindre les 50% visés par le gouvernement d’ici 2020.

L’Allemagne vise le marché russe

L’Allemagne, elle, suit un tout autre schéma. Contrairement aux éleveurs français et irlandais, les producteurs allemands ont pu profiter d’une gestion des quotas extrêmement souple : ils pouvaient librement échanger leur droit à produire, ce qui a permis aux éleveurs qui le souhaitaient d’augmenter sensiblement leur production. La politique énergétique allemande a, en outre, permis à l’élevage de diversifier ses revenus grâce à la construction de méthaniseurs sur les exploitations, ce qui participe à freiner les velléités des fermiers à produire toujours plus. Néanmoins, la filière a des vues sur le marché russe. L’Allemagne espère en effet que l’adhésion de la Russie à l’OMC va lui permettre d’y accroître ses exportations de fromages. Car, comme l’explique Udo Folgart, président des producteurs de lait du Deutscher Bauernverband (BNV) : la Russie « va baisser ses droits de douane de 10,8 % pour les produits agricoles, et de 25 % pour les produits laitiers (14,9 %) ».

Des coopératives massives au service du producteur

Aux Pays-Bas, la problématique est une nouvelle fois différente. Les exploitations sont « à 99% des exploitations familiales », rappelle Klaas Johan Osinga, conseiller en économie laitière et en politique agricole du LTO (Land- en Tuinbouw Organisatie). Les Pays-Bas comptent en effet des exploitations très homogènes, ne dépassant que très rarement les 75 vaches laitières. Or, les fermes les plus petites sont aussi les plus fragiles face à la volatilité. La conquête des marchés mondiaux devra donc passer par une organisation massive des producteurs. Plutôt que la contractualisation (obligatoire en France, facultative aux Pays-Bas) et le système d’OP, la filière néerlandaise espère profiter de son système coopératif fortement développé. Les coopératives permettent de « protéger les fermiers, d’innover et de partager les connaissances concernant la santé et le bien-être animal », avance d’ailleurs Klaas Johan Osinga. Et Friesland Campina, 4e coopérative européenne, en est le parfait exemple, selon le conseiller en économie laitière. Ses adhérents perçoivent la 3e meilleure rémunération européenne (330€/t en moyenne entre 2007 et 2011), et pourtant, Friesland Campina est encore parvenu à dégager un bénéfice net en hausse de 8,7% à 138 millions d’euros au premier semestre 2012, tandis que les prix des produits laitiers s’effondraient sur le marché mondial.

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