« L’avenir du secteur laitier européen dans le cadre de la Pac réformée » : tel a été le thème de la table ronde organisée le 3 juin par la filière laitière française dans les locaux du Parlement européen à Bruxelles, en présence notamment de la députée Véronique Mathieu (PPE-DE). Henri Brichart, président de l’interprofession laitière (Cniel), a estimé essentiel que les mesures proposées dans le cadre du bilan de santé de la Pac « ne découragent pas les producteurs et les transformateurs qui ont besoin de visibilité pour pouvoir investir sur le long terme ».
Le message de la filière laitière française aux décideurs européens est clair. Dans le cadre d’une table ronde qui s’est déroulée au Parlement européen à Bruxelles, à l’initiative de l’interprofession laitière française, Henri Brichart, président du Cniel et de la FNPL (producteurs de lait), a rappelé son « attachement à une politique agricole économique de l’Union européenne ». « Le maintien d’une politique économique au sein du premier pilier est fondamental », a-t-il souligné en présence notamment du rapporteur sur le bilan de santé de la Pac au Parlement (Luis Copoulas Santos : PSE), du chef du bureau lait à la DG agri à la Commission européenne (Luis Fernandez) et d’une représentante du ministère de l’Agriculture français (Marie- Hélène Le Henaff à la direction générale des politiques économique, européenne et internationale). En clair, pour la filière française, « le deuxième pilier de la Pac au travers de sa politique de développement rural ne sera pas suffisant pour maintenir une politique laitière dynamique ».
Maintien du stockage privé
Le président du Cniel plaide pour le maintien de « certains outils de gestion attachés au premier pilier de la Pac ». Les propositions de la Commission européenne concernant « la régulation des marchés des produits laitiers » sont « inadaptées », affirme le président du Cniel. En ligne de mire : l’arrêt des aides au stockage privé du beurre et des fromages proposé par la Commission européenne. Ces aides sont « essentielles », a rappelé la filière laitière française, et « le coût de ces outils est relativement faible », assure-t-elle. Et l’introduction d’un système d’adjudication pour les achats de beurre et de poudre à l’intervention, proposé dans le cadre du bilan de santé de la Pac, « n’est pas une mesure pertinente », estime la filière. « Ce système donnerait tout pouvoir à la Commission européenne pour déterminer les prix d’achat », explique Henri Brichart. Ce que réfute la Commission européenne. Luis Fernandez, chef du bureau lait à la DG agri de la Commission européenne, a précisé le 3 juin que les modalités de décision concernant les adjudications ne sont pas encore finalisées. En aucun cas, la Commission européenne ne souhaite décider toute seule, a-t-il expliqué, estimant que « s’il y a intervention, il y a donc un filet de sécurité », balayant ainsi d’un revers de la main la demande française de maintenir le stockage privé. Au chapitre de l’arrêt du régime des quotas en 2015, la profession laitière française souligne « son profond attachement au maintien d’une adéquation entre l’offre et la demande de lait à l’échelle européenne ».
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L’article 68 manque de « sex appeal »
Autre sujet d’importance : l’article 68 (anciennement 69). Cette nouvelle dénomination fait dire au chef de bureau à la Commission européenne : « On a perdu en sex-appeal avec le bilan de santé ! ». Plus sérieusement, les producteurs de lait privilégient « une aide à la production laitière permettant le maintien de cette production dans les zones de montagne et de piémont ». Le montant de cette aide couplée est estimé à 40 euros/1000 litres. Son coût est évalué à 140 millions d’euros. Une aide à la collecte en zone de montagne est aussi « nécessaire », rappelle la filière. Dans cet objectif d’utilisation de l’article 68 pour privilégier le lait de montagne, l’interprofession demande « un élargissement de l’assiette de prélèvement, à savoir la prise en compte des aides couplées et découplées du 1er pilier ». Ce que ne prévoit pas la Commission européenne. Le plafond défini à 10 % au maximum de prélèvement d’aides découplées dans le cadre de l’article 68 est à « revoir », a d’ailleurs indiqué le ministère de l’Agriculture français. On sait que ces 10 % ne seront pas suffisants à la France pour satisfaire toutes les demandes des professionnels (bio, fruits et légumes, ovins, lait de montagne…) et les orientations souhaitées par le ministre Michel Barnier.