La filière laitière est frappée de plein fouet par les mesures mises en place pour freiner la propagation du coronavirus. Face au manque de débouchés et aux difficultés logistiques, la filière appelle chacun à lisser le pic de production de lait printanier.
« Nous allons, pour certains, devoir jeter une partie de nos productions, de notre travail, en raison des difficultés qui s’expriment non pas à notre niveau, mais aux niveaux "supérieurs" des chaînes de distribution de nos produits. Nous savons que le prix du lait de printemps baissera certainement. » L’Apli (Association des producteurs de lait indépendants), dans une lettre adressée à ses adhérents le 20 mars, dresse de sombres perspectives pour le secteur laitier à cause de l’épidémie de coronavirus.
Si tous ne se veulent pas aussi pessimistes, les jours et semaines qui viennent inquiètent toute la filière laitière. En cause : le tarissement de certains débouchés couplé au pic de production printanier et le manque de main-d’œuvre ou encore d’emballages.
« La priorité est de faire face au pic de collecte de lait », explique Caroline Le Poultier, directrice générale du Cniel, l’interprofession laitière. La fermeture des débouchés de la restauration hors domicile, provoquée par les mesures de lutte contre le coronavirus, tombe au mauvais moment pour les producteurs de lait. Avec l’arrivée du pic de production printanière, les outils de transformation sont habituellement saturés, et notamment les tours de séchage utilisées pour transformer le lait en surplus.
« Cette surproduction risque de manquer de débouchés avec la fermeture de la restauration hors domicile et des exportations qui sont compliquées », insiste la directrice de l’interprofession. Alors pour faire face, les quatre collèges du Cniel, appellent tous leurs membres « à atténuer le pic de production printanier par un lissage impliquant tous les acteurs de la filière », tout en veillant à la poursuite de la collecte de lait.
La filière envisage également de stocker, grâce à des aides européennes, du fromage de garde, du beurre et de la poudre. Pour le moment, la Commission européenne n’a pas encore décidé de mettre en place d’aides au stockage privé comme le souhaitaient certains États.
Des semaines difficiles
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De nombreuses laiteries ont d’ores et déjà demandé à leurs producteurs de modérer le pic de lactation, notamment celles de petite taille ou en zone de montagne. Outre le manque de débouchés, le manque de main-d’œuvre qualifiée, d’emballages ou des perturbations dans la sous-traitance semblent être les principaux sujets d’inquiétudes des transformateurs.
« Il y a un problème de présence au travail des collaborateurs. Certaines usines accusent 10 %, 20 % voire 30 % parfois de collaborateurs en moins. Il faut réadapter toute la chaîne logistique », observe Caroline Le Poultier. Chez C’est qui le patron, faute d’emballage, la brique de lait n’aura dorénavant plus de bouchon. Un stock d’anciens emballages permettant de faire face à la rupture d’approvisionnement.
Côté production, certains tentent aussi d’adapter leur mode de production au plus vite, à l’image de Jean-Claude Wailliez, président du Modef. « J’ai changé ma façon d’élever, je ne fais plus qu’une traite par jour, je laisse plus de lait aux veaux, je donne moins d’aliments et je transforme plus de lait directement sur ma ferme », explique-t-il, implorant tous les éleveurs « d’anticiper ».
Même son de cloche pour la Coordination rurale pour qui, dans un communiqué du 19 mars, « il est impératif de satisfaire les besoins des consommateurs et même de faire face au pic de demande, mais de ne pas entrer dans une surproduction néfaste ». Pour ce faire, le syndicat en appelle, à nouveau, à la « solidarité […] de toute la filière », tout en proposant d’appliquer le « programme de responsabilisation face au marché », un système de régulation élaboré par l’EMB (European Milk Board).
« La priorité est de faire face au pic de collecte de lait »
Faute d’emballage, la brique de lait n’aura dorénavant plus de bouchon