Abonné

La filière légumes d’industrie inquiète pour son avenir

- - 4 min

Le futur, proche et lointain, de la filière légumes d’industrie paraît inquiétant. Tel est le constat du Cénaldi, l’AOP nationale des légumes à destination industrielle, qui tenait son assemblée générale le 22 juin. Après un bilan 2015 décevant, la filière s’attend à une année 2016 difficile, et s’inquiète pour son avenir à long terme.

« On n’a jamais vu autant d’eau ! », s’est exclamé Luc Desbuquois, président du Cénaldi, en clôture de l’assemblée générale de l’organisation qui se tenait le 22 juin. La filière légumes d’industrie, qui déplore une campagne 2015 sous le signe du recul (surface, nombre d’agriculteurs, production, rendement) s’attend à une campagne 2016 très compliquée, du fait des inondations qui ont particulièrement touché la zone Nord-Picardie-Centre, qui concentre normalement plus de 40 % de la production nationale de légumes industriels (à destination de la conserve et du surgelé).

Des records historiquement bas en 2015

En 2015, 56 300 ha étaient consacrés à la culture de légumes industriels. C’est 15 % de moins qu’en 2014 et un « record historique », explique le Cénaldi. Jamais les emblavements n’avaient été si faibles. Les 3 620 agriculteurs engagés dans la production de légumes industriels – 350 de moins qu’en 2014 – consacraient 15,5 % de leurs surfaces à ces légumes. C’est moins qu’en 2014 : un phénomène jamais constaté avant 2015. Niveau production, les données ne sont pas meilleures. Les récoltes, en recul de 16 % par rapport à 2014, atteignent péniblement les 740 900 tonnes : le plus faible volume récolté depuis 1999. Les volumes récoltés ont finalement été déficitaires par rapport aux volumes contractualisés, avec des rendements en recul comparés à une année 2014 plutôt bonne.

Les inondations plombent la campagne 2016

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

« Le revenu des agriculteurs sera mauvais, voire très mauvais » selon Luc Desbuquois, président du Cénaldi

Pour 2016, les perspectives sont mitigées. Le Cénaldi attend un nouveau record historique à la baisse quant aux surfaces emblavées, qu’il estime à 54 700 ha (-3 %), mais espère de meilleurs rendements et une hausse des volumes de 3 %. Des prévisions qui pourraient être revues à la baisse suite aux inondations, notamment dans la région Nord-Picardie-Centre. « On a de grosses inquiétudes à avoir » a déploré Luc Desbuquois. Les terres sont gorgées d’eau et au-delà des pertes de pois, noyés, ce sont également les cultures de haricots qui sont menacées : « On ne sait pas si l’on va pouvoir semer » s’est inquiété le président du Cénaldi. Une seule certitude pour Luc Desbuquois : « Le revenu des agriculteurs sera mauvais, voire très mauvais » et les industriels risquent d’en faire les frais avec des usines qui pourraient tourner au ralenti.

Une filière sur le déclin ?

Le Cénaldi est également inquiet à plus long terme. Selon une enquête menée par l’organisation en 2013 et 2014 auprès de ses adhérents, 20 % des producteurs de légumes d’industrie ont plus de 50 ans et « l’avenir de la production de légumes » sur leur exploitation est « incertain ». Pour plus de 90 % des producteurs de légumes d’industrie, cette activité est une diversification qui arrive, pour les trois quarts des agriculteurs, en troisième place ou au-delà en matière d’importance économique dans l’exploitation. Par ailleurs, si les producteurs de légumes d’industrie sont en général « fidèles » et « expérimentés » (plus de 80 % d’entre eux font du légume d’industrie depuis plus de 5 ans), les risques sanitaires, la sensibilité aux risques climatiques, le revenu et les contraintes réglementaires, freinent la culture de légumes d’industrie. Luc Desbuquois craint une difficulté à renouveler les générations, car « les jeunes veulent de la simplification ». Il déplore également que cette « petite filière n’intéresse pas les firmes phytosanitaires », laissant souvent les agriculteurs désemparés lorsque les produits ne sont pas homologués.