Pour les Français, l’œuf est un élément incontournable de leur alimentation : 97% d’entre eux en consomment régulièrement et 78% au moins une fois par semaine, selon une étude réalisée par l’institut spécialisé CSA pour le CNPO (Comité national pour la promotion de l’oeuf), présentée à la presse le 18 avril. Ce produit jouit en outre d’une image exceptionnelle pour ses qualités nutritionnelles (92% pensent qu’il est bon pour la santé), mais aussi comme un produit de qualité anti-crise : 83% des Français jugent que l’œuf est la protéine la moins chère du marché et offre le meilleur rapport qualité/prix. Ce qui est moins connu du public, est l’environnement économique dans lequel évoluent les producteurs d’œufs et les soubresauts qui ont affecté l’ensemble de la filière ces dernières années. Elle a connu une hausse très importante de ses coûts, des variations de production ayant largement pesé sur les cours et des éleveurs parfois en grande difficulté. Elle doit faire face à des évolutions de la consommation et ne pourra pas échapper à de nouvelles réorganisations pour maintenir sa compétitivité, notamment face aux importations. Des restructurations sont déjà largement engagées en ce sens
L’œuf bénéficie d’un capital confiance et d’une image exceptionnelle auprès des Français. C’est l’enseignement de l’étude réalisée en mars dernier par l’institut CSA* pour le compte du CNPO, regroupant les professionnels de la filière oeufs française. En effet, 97% des Français consomment des œufs, dont 78% au moins une fois par semaine, ce qui se traduit par une consommation de 222 oeufs par an et par Français. Plus des 3/4 d’entre eux estiment d’ailleurs que l’œuf est un produit indispensable dans l’alimentation humaine. Ses qualités nutritionnelles, son faible coût et sa praticité en font un indispensable ! Côté nutrition : 92% des Français estiment que l’oeuf est bon pour la santé, 84% qu’il est riche en vitamines et oligoéléments et 90% qu’il s’agit d’un produit naturel. D’ailleurs, 94% des parents en font manger régulièrement à leurs enfants. L’œuf est aussi l’allié d’une alimentation équilibrée au meilleur coût, puisque 84% des Français estiment qu’il s’agit d’un des aliments qui présentent le meilleur rapport qualité/prix et que l’œuf est la protéine la moins chère du marché à 83%.
Une consommation solide…
Des qualités qui font la différence en période de crise économique et de baisse du pouvoir d’achat, ce qui explique certainement la bonne tenue de la consommation d’oeufs en 2012 avec une croissance de 1,9% des volumes vendus en grandes surfaces. La praticité est un autre atout de l’œuf largement plébiscité : 64% des consommateurs en mangent car c’est un aliment facile et rapide à préparer. Ils sont 87% à estimer qu’il s’agit d’une source inépuisable de créativité culinaire et 67% l’utilisent simplement tel quel, en plat principal sous forme d’œuf au plat, d’omelette, dur ou encore à la coque. 89% des consommateurs estiment que l’origine « pondu en France » des œufs qu’ils achètent est un critère important de choix. Ils sont d’ailleurs 1 sur 4 à avoir déjà entendu parler du logo « Pondus en France », lancé par les professionnels il y a tout juste un an. Parmi les principaux critères de choix des consommateurs, viennent d’abord la date de ponte, le type d’élevage, rapidement suivis par le prix.
…et qui continue de progresser
Cette excellente image auprès des consommateurs et son faible prix expliquent que l’œuf a bien résisté à la crise en 2012 : le marché a progressé de 1,9% en volume et de +5% en valeur l’année dernière, en grandes et moyennes surfaces, selon le panel Symphony IRI. Les segments les plus dynamiques sont les œufs biologiques (+6,5%) et les oeufs issus d’élevage au sol (+6,4%), alors que celui des oeufs standards progresse encore de +0,4% en volume pour une part de marché de 64%.
Un atout économique pour la France
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La France est le premier producteur d’œufs en Europe (elle-même deuxième producteur au monde très loin derrière la Chine, mais devant les USA), avec une production de 100 milliards d’unités. Celle-ci a connu un léger recul de 2% en 2012, du fait de la mise aux normes des élevages pour la protection des poules pondeuses. « Certains élevages ont partiellement stoppé leur production pendant les travaux, d’autres se sont carrément arrêtés, les éleveurs jugeant les investissements trop élevés et réorientant leurs exploitations ou partant à la retraite », nous explique Philippe Juven, président du CNPO. En fait, ce mouvement avait commencé dès septembre 2010, les mises en place de poulettes se ralentissant, anticipant la fin des cages conventionnelles, le temps pour la transformation des bâtiments étant de 6 mois en moyenne. La France a accusé en 2012 un recul de 2,7% de sa production avec 12,2 milliards d’unité, à égalité avec l’Allemagne qui est quasiment aux normes européennes depuis 2011, mais devant l’Italie avec 10,8 milliards. La France compte 3 000 élevages de poules pondeuses, 500 entreprises d’emballage, 60 spécialistes des ovoproduits, le secteur générant 12 000 emplois directs et indirects.
Mais une balance commerciale qui se creuse
Pour la première fois de son histoire, la balance commerciale du commerce des œufs et produits dérivés est devenue déficitaire en 2012 : sur les 11 premiers mois de l’année, selon les chiffres fournis par Ubifrance, FranceAgriMer et l’Itavi, le solde de nos échanges est déficitaire de 46,34 millions contre un 6,16 millions € pour les 11 mêmes mois de 2011. Le solde demeure positif pour les ovoproduits (5,0 millions, mais largement en dessous des 22,2 millions de 2011), mais négatifs de 56,2 millions pour les œufs coquille contre seulement 19,2 millions un an auparavant. La France a dû faire face à une concurrence accrue des compétiteurs étrangers, principalement européens pour les œufs coquille. Les coûts de production ont souffert de la hausse de l’aliment, les cours de production de l’œuf atteignant un pic quasi historique en mars 2012. À cela s’est ajouté le poids des investissements pour mise aux normes des élevages qui a couté 1 milliard € aux accouveurs, soit un an de chiffre d’affaires de la filière. « Si, actuellement, 100% des élevages, soit 32,3 millions de poules sont aux normes en France, tel n’est pas le cas chez certains de nos voisins, comme en Espagne, Italie ou Pologne », note Philippe Juven, lui-même éleveur dans la Drôme. Il évalue à 7% du prix de vente, l’impact de la mise aux normes pour les éleveurs, ce qui crée de réelles distorsions de concurrence. La baisse de production et la perte de compétitivité ont fait que le déficit du secteur œufs en coquille s’est fortement creusé, selon les chiffres de l’Itavi (58,4 millions € en 2012 contre 22,1 en 2011), avec une hausse nettement plus importante des importations que des exportations. Les Pays-Bas deviennent notre premier débouché en valeur et avec la Belgique, ils absorbent près de 60 % du total des exportations. Les importations d’œufs en coquille en valeur (96,1 millions en 2012, contre 52,3 millions en 2011) proviennent pour 45 % d’Espagne contre 58 % en 2011. La Pologne devient notre deuxième fournisseur pour 17 % du total en valeur contre 5 % en 2011. Les échanges en valeur des ovoproduits alimentaires sont en augmentation plus forte à l’importation qu’à l’exportation, entraînant une nette contraction de l’excédent commercial (5,0 millions € contre 23,4 en 2011). La concurrence est particulièrement vive avec des pays comme l’Ukraine avec qui des accords bilatéraux ont été signés, mais également avec les USA et l’Argentine
Une année 2013 qui s’annonce sous pression
« Après une année 2012 compliquée, la filière française sera sous forte pression en 2013 », constate Francis Damay, administrateur du CNPO. L’an dernier, l’alimentation, qui représente 60% du coût de production des œufs, avait connu une croissance de 9% pour une poule pondeuse. Or, la flambée des matières premières se poursuit. On s’attend à une surproduction en 2013, les élevages en France ayant terminé leur transformation. Le ministère de l’Agriculture dans sa note Agreste conjoncture – Aviculture d’avril 2013, confirme ses prévisions de mars pour les quatre premiers mois de l’année, et anticipe une nouvelle progression sur l’ensemble du premier semestre. Au mois de janvier, les mises en place de poulettes de ponte ont augmenté de plus de 15 % par rapport à janvier 2012. Au premier semestre de 2013, la production d’œufs de consommation devrait continuer sa progression, selon le ministère, qui table sur une hausse de 28 % par rapport à la même période en 2012.
Ce renversement de tendance sera général en Europe. Mais si les coûts de production augmentent, il n’en va pas de même des cours des ventes. Après avoir atteint des niveaux record à la mi-mars 2012, depuis ils se sont repliés. Le prix à la production de l’œuf est en baisse de 16 % en janvier 2013, après quatre mois de hausse. « Il retrouve pratiquement son niveau du mois d’août 2012, dans un contexte de forte progression de la production française d’œufs de consommation », souligne le ministère. Depuis le début de l’année ce repli se confirme. Le prix de vente moyen des œufs n’a guère progressé de plus de 2% sur les douze derniers mois, selon le CNPO. « Les marges sont mises à mal », juge Philippe Juven, d’autant que les négociations avec la GMS sont de plus en plus difficiles. « Dans un secteur où il y a une forte tradition de contractualisation des prix, on voit les distributeurs revenir sans cesse pour remettre en question les contrats ». Le problème des éleveurs est d’autant plus fort que ceux-ci doivent défendre leurs positions sur le marché national qui absorbe 95% de la production. « La filière a fait de gros efforts pour se spécialiser vers des productions de qualité, avec le label rouge ou le logo Pondu en France, afin d’assurer la traçabilité ». Les marges de manœuvre sont très faibles, déplore Philippe Juven, d’autant que le secteur est très concurrentiel. Ainsi, il ne cache pas que des rapprochements d’entreprises et une concentration des acteurs vont sans doute se poursuivre et s’intensifier dans le secteur pour rééquilibrer les rapports de force.
* Etude quantitative, avec recueil des données via l’omnibus online de CSA, réalisée les 26 et 27 mars 2013 auprès d'un échantillon national de 1012 personnes, représentatif des Français de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas en termes de sexe, d’âge, de CSP de l’interviewé, de région et de taille d’agglomération