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Porc La filière porcine française revoit ses ambitions à la baisse

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La production porcine devrait connaître une baisse de 2,5 à 3,5% en 2011. « Nous allons devoir passer du challenger à une position plus défensive », a déploré Guillaume Roué, président d’Inaporc, lors de l’assemblée générale de l’interprofession porcine.

«La restructuration va faire son œuvre dans les mois à venir, c’est inévitable », a déploré Guillaume Roué, président de l’Interprofession porcine (Inaporc) à l’occasion de l’assemblée générale de l’organisation, mardi 28 juin à Paris. Une étude présentée par le cabinet d’audit Ernst & Young estime que la production française devrait baisser entre 2,5 à 3,5% en 2011 et chuter entre 5 et 10% en 2012. La baisse de production serait moins forte dans le grand Ouest mais plus marquée dans les autres régions. Alors que l’an dernier, l’interprofession espérait que la filière française se positionne comme un challenger sur le marché européen d’ici 2015 avec une légère augmentation de la production (pour atteindre 27 millions de porcs contre 25 aujourd’hui), Guillaume Roué a admis qu’il fallait revoir les ambitions à la baisse : « Nous sommes obligés de passer à une position plus défensive ».

210 millions d’euros de pertes en 8 ans

En un an, l’effet de ciseau que connaissent les producteurs s’est accentué : le prix de revient du porc a augmenté de 26% (du fait de la hausse des cours des matières premières et donc de l’aliment) alors que le prix de vente n’a pas bougé. Aujourd’hui, les éleveurs perdent en moyenne 11 centimes par kg de carcasse. « Les plus compétitifs sont juste sur la ligne de flottaison et n’arrivent plus à gagner d’argent », prévient Daniel Bonnabeau, qui a réalisé l’étude. Sur la période allant de 2002 à 2010, les éleveurs auraient perdu 210 millions d’euros, a évalué Ernst & Young. « C’est catastrophique d’être à un niveau de prix si bas en été », s’alarme Jean-Michel Serre, président de la FNP (Fédération nationale porcine). Au marché du porc breton, le prix du kg de porc est en baisse depuis début mai à une période où il atteint habituellement son pic.
Cette situation bloque les investissements depuis quelques années, alors que les élevages doivent notamment se mettre à la norme « bien être animal » d’ici 2013. Les producteurs du bassin nord-européen (Allemagne, Danemark…), ont, eux, anticipé leurs investissements et sont actuellement en pleine croissance. Paul Rouche, directeur délégué du Sniv-SNCP (syndicat des industriels de la viande) se désole « de voir le marché international en plein développement alors que la filière française est en récession ».

L’accord du 3 mai ne convainc pas

Pour la filière, trois mesures essentielles pourraient inverser la tendance : une harmonisation européenne du coût de la main d’œuvre (dans les abattoirs notamment), la levée de certaines contraintes environnementales (notamment concernant les regroupements d’élevages) et l’autorisation de pouvoir utiliser de nouveau des protéines animales dans l’alimentation. Sur ce dernier point, l’opposition de Bruno Le Maire au retour des farines animales est « purement politique, c’est malheureux », regrette Guillaume Roué. Le président d’Inaporc se montre très dubitatif sur l’efficacité d’un accord comme celui du 3 mai (qui prévoit une répercussion à la hausse ou à la baisse des coûts des matières premières au sein de la filière quand un certain nombre d’indicateurs sont réunis). « Cela ressemble à ce que l’on cherche déjà à faire avec beaucoup de difficulté en interprofession », souligne-t-il. L’Interprofession plaide plutôt pour un système de « Pac flottante » où 10% du budget serait dévolu aux filières en difficulté. Mais pour Xavier Beulin, président de la FNSEA, au-delà des distorsions de concurrences (main d’œuvre, environnement…) « si chacun des maillons de la filière fait bien son boulot, il y a encore des marges de productivité sous le pied ».

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