Abonné

La filière porcine à tâtons sur les attentes sociétales

- - 6 min

Jusqu'où les nouvelles attentes sociétales peuvent-elles se convertir en comportements d’achat ? Cette question qui divise était aux cœurs des débats lors d’une conférence de l’Ifip (Institut du porc), le 3 décembre à Paris.

Environnement, santé, bien-être animal : plus personne ne conteste les nouvelles attentes sociétales, mais se traduisent-elles dans les comportements d’achat ? Cette question agite les esprits dans la filière porc, qui s’est réunie le 3 décembre à l’occasion d’une conférence de l’Ifip (Institut du porc). Pour David Garbous, directeur du marketing stratégique chez Fleury Michon, « les consommateurs ont le sentiment que la filière est très en retard par rapport à leurs attentes, cela crée de la frustration ». Chez le n°1 français du jambon en GMS, les produits alternatifs (Label rouge, bio, Bleu Blanc Coeur, sans antibiotiques, sel réduit et zéro nitrite) représentent « 50 % de l’offre ». Et surtout, ils « connaissent une croissance moyenne de 10 % depuis trois ans alors que le reste du marché recule de 2 à 4 %. »

Il faut dire que Fleury Michon a fait des produits alternatifs son cheval de bataille « depuis les années 70 ». Ce qui ne l’a pas empêché d’être visé par les critiques. « Il y a cinq ans, nous avions 3 000 contacts sur les réseaux sociaux, relate M. Garbous. Aujourd’hui, nous en avons 40 000, des interpellations quotidiennes qui portent sur la santé et, de plus en plus, sur le bien-être animal. Ce sont surtout des gens normaux qui se posent des questions. »

« Engorgement du marché » en porc bio

Pour le responsable de Fleury Michon, ces nouvelles attentes sociétales sont « une opportunité historique de sortir de la crise par le haut ». Un optimisme qui n’est pas partagé par l’ensemble de la filière. Contre-exemple, le porc bio plafonne à 0,5 % de la consommation, signe d’un « engorgement du marché » et d’un essoufflement de la demande, selon Didier Delzescaux, directeur d’Inaporc (interprofession porcine). « La filière porcine peut mieux occuper les segments bio et Label rouge, mais il faut travailler la demande et disposer d’outils de suivi pour être sûr de ne pas saturer », précise-t-il.

De nombreuses initiatives ont déjà été lancées dans la filière pour répondre aux nouvelles demandes (porcs élevés sans antibiotiques, mâles entiers…). Et des acteurs importants travaillent sur des bâtiments innovants permettant aux animaux d’exprimer leur comportement naturel. Mais deux questions restent entières : combien le consommateur est-il prêt à payer et à quels volumes ? « Les consommateurs français ne sont pas prêts à payer beaucoup plus cher, quelles que soient les allégations », tranche Hervé Guyomard, directeur de recherche à l’Inra et président du LIT Ouesterel. « Il y a une légitimité à demander un soutien public, au niveau européen, au titre de l’amélioration du bien-être animal et de la réduction des antibiotiques », plaide l’économiste. Une proposition qui a provoqué de vifs débats.

L’enrichissement du label VPF, un chantier difficile

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

bien-être animal
Suivi
Suivre

« Il faut écouter le consommateur, pas seulement au niveau hexagonal, mais aussi mondial », estime Guillaume Roué, président d’Inaporc. « On a besoin de compétitivité pour exporter », a-t-il insisté, rappelant le contexte de « pénurie » au niveau global et la nécessité de trouver des marchés pour les pièces de porc non consommées en France (queue, oreilles, pieds…).

Dans ce jeu d’équilibriste entre export et marché intérieur, la filière compte sur son label « Le porc français » (VPF) pour répondre aux demandes des consommateurs. Jusqu’ici, il garantit uniquement l’origine des animaux, ce qui est « amplement insuffisant » aux yeux de M. Roué. Le plan de la filière porcine prévoit d’y adosser des critères supplémentaires (traçabilité, bien-être animal, environnement…). Mais les différents acteurs de l’interprofession ont « beaucoup de mal se mettre d’accord », reconnaît Guillaume Roué. Le bien-être animal ferait partie des points d’achoppement. « Le plus important, c’est que nous avons un consensus autour de cette idée d’enrichir le cahier des charges VPF », estime de son côté Didier Delzescaux.

Dans sa conclusion, Paul Aufray, président de l’Ifip, a tenté la synthèse de ces orientations qui peuvent sembler contradictoires : « On ne peut pas dissocier les attentes de la société et le marché, les deux sont liés. » Même si la filière a parfois l’impression d’être « clouée au pilori par les médias » sur la question du bien-être animal, « nous devons malgré tout nous en inspirer », a-t-il poursuivi : « Notre devoir est d’écouter tous les signaux. »

« Les consommateurs ont le sentiment que la filière est très en retard »

Le logo « Le porc français » (VPF) présent sur 30 % des produits, d’après Inaporc

30,5 % des produits contenant du porc affichent le logo « Le porc français » (ou VPF), affirme une étude présentée par l’interprofession Inaporc lors d’une conférence de l’Ifip (Institut du porc) le 3 décembre. Un chiffre qui porte sur l’année 2018. Depuis 2011, Inaporc analyse chaque année les allégations présentes sur les étiquettes de 9 000 produits contenant au moins 8 % de porc (soit 85 % des achats des Français). Le logo VPF arrive largement en tête, devant les signes officiels de qualité (11,2 % pour tous les Siqo confondus) et l’affichage de l’origine régionale (3,4 %). 1,1 % des emballages portent des mentions « sans antibiotiques » et 0,9 % font référence à une meilleure rémunération des éleveurs.