Réunie à la CCI d'Arles, l'ensemble de la filière rizicole rejette la réduction des subventions décidées par le ministère de l'Agriculture et pronostique que la mort annoncée à court-moyen terme de leur profession si le gouvernement maintient sa position.
L'USINE camarguaise de riz appartenant à Soufflet existera-t-elle dans les prochaines années, voire les prochains mois ? D'une capacité de traitement de 80 000 tonnes de riz paddy et de production de 50 000 tonnes de riz étuvé, son avenir dépend des mises en cultures de cette année. La récolte camarguaise de 2015 pourrait atteindre le niveau historiquement bas de 75 000 tonnes à 80 000 tonnes, bien en deçà des 120 000 tonnes de riz produites ces dernières années. Ce niveau remettrait en cause la viabilité de cette unité qui emploie 40 personnes et qui bénéficie jusqu'alors, de 1,5 M€ d'investissements annuels du groupe. « Si ce maillon disparaît, c'est l'ensemble de la filière qui risque de disparaître », prévient Thierry Lievin, directeur général de Soufflet alimentation.
En cause, une suppression partielle de subventions attribuées aux producteurs. Bernard Mazel, président du Syndicat des riziculteurs de France et filière (SRFF), explique que sa profession « est exclue cette année des aides couplées ce qui entraînent une perte de 8 M€ pour les 230 riziculteurs qui cultivent un quart du sol camarguais ». De 800 euros l'hectare, la manne va tomber autour de 500 euros cette année et de 300 en 2019. « Les surfaces, qui étaient passées de 20 000 ha à 12 000 ha, pourraient encore se réduire. Depuis cette annonce, les mises en culture cette année ont baissé de 35 %, soit 4 500 ha en moins. Le volume n'est plus suffisant pour soutenir la filière qui emploie 2 000 personnes dans l'agriculture, l'industrie et les services et génère 100 M€ à 120 M€ par an dans le delta du Rhône », affirme le président fort de dizaines de lettres de soutien d'élus politiques et socioprofessionnels.
AIDE COUPLÉE
« Dans la pratique, sur ces aides de la PAC, 15 % sont prélevés par l'Etat pour être redistribués à l'ensemble de l'agriculture, assure Alain Grossi, président du Syndicat des exploitants agricoles du pays d'Arles. Hors cette année, cette quote-part ne nous est pas réaffectée ». Bernard Mazel rappelle que 95 % de ces sommes ont été attribuées à l'élevage, 2 % pour certaines filières végétales. Le ministère de l'Agriculture propose, comme solution de remplacement, les MAEC. Ces Mesures agro-environnementales climatiques, les riziculteurs n'en veulent pas car elle nécessite un surplus de paperasse, des engagements environnementaux sur 5 ans chez une profession qui utilise beaucoup de produits phytosanitaires et un plafonnement à 30 000 € par exploitation. « Ce plafond limiterait mathématiquement l'aide aux plus grosses exploitations, soit la moitié d'entre elles qui assurent les trois quarts de la production », s'insurge Bernard Mazel. Cette mesure devient intenable pour une profession qui assiste à des baisses régulières de 5 % de ses aides depuis plusieurs années alors que les subventions constituent entre 40 % et 50 % de leur chiffre d'affaires.
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DIALOGUE ROMPU
Bernard Mazel dénonce également l'absence de dialogue avec Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture. Le président du syndicat sait qu'il peut attaquer juridiquement la position du ministre pour distorsion de concurrence avec les confrères italiens et espagnols qui continuent à percevoir la totalité de l'aide de la PAC et la MAE, soit 1 000 € à l'hectare, mais en abandonne l'idée car le procès prendrait trop de temps face à l'urgence de la situation.
Michel Cadot, le préfet de Région, en visite, la veille, dans le Pays d'Arles, annonce lui une aide de remplacement de 200 € à 300 € à l'hectare financée par les conseils régionaux de Paca et Languedoc-Roussillon. Les riziculteurs n'en veulent pas en raison de la lenteur de sa mise en place soumise à un long contrôle de légalité de Bruxelles.
L'ensemble de la filière est aux abois. La Société de motoculture méridionale qui possède 70 % de parts de marché dans le Delta a vu ses ventes de tracteurs chuter de 72 % et renonce à la construction de son siège social à Arles pour un investissement de 4,5 M€ et la création d'une agence dans le Gard pour 1,7 M€. Perret, un des principaux distributeurs de produits phytosanitaires locaux, a vu ses commandes baisser de 18 %. « Après des années de réduction de nos subventions, le ministre ne veut pas nous écouter, explique Serge Mistral, président de la FDSEA des Bouches-du-Rhône. Sommes-nous contraints de nous faire entendre autrement comme les producteurs de légumes de Morlaix ? », s'interroge-t-il. Son syndicat prévoit des actions. Même les professionnels du tourisme se disent inquiets. Si les agriculteurs ne pompent plus l'eau douce du Rhône pour leurs rizières, les flamants roses quitteront des milieux redevenus secs et salés. Emmanuel Brugvin