L’assemblée générale de la CGB (Confédération des planteurs de betteraves) qui s’est tenue le 6 décembre à Paris, a été l’occasion pour les industriels de la filière d’afficher leurs ambitions pour les années à venir. Il ne s’agit pas moins que de viser pour la France, d’ici à 2020, un retour sur les marchés mondiaux du sucre. Un objectif qui passe par une réduction des écarts de compétitivité avec le Brésil, mais qui n’est pas utopique en raison des progrès faits par la filière dans les gains de rentabilité. Les industriels peuvent également compter sur une production betteravière qui se porte au mieux. Les incertitudes viennent cependant de la politique que décidera Bruxelles et que veulent combattre tous les acteurs de la filière.
La production mondiale de sucre a atteint en 2009-2010 158,6 millions de tonnes, selon FO Licht, dont 41,0 millions de tonnes pour le Brésil seul. Avec 20 millions de tonnes exportées, il assure la moitié de l’approvisionnement mondial, aux côtés de la Thaïlande, l’Australie, l’Afrique du sud, la Colombie et la France qui exporte environ 1 million de tonnes sur le marché communautaire. « D’ici à 2020, nous aurons la possibilité de revenir sur le marché mondial », espère Alain Jeanroy, directeur de la CGB, qui estime toutefois que cela ne pourra pas intervenir avant 2015. Il faut pour cela « gommer le différentiel de prix avec le Brésil»
La tendance est bonne : alors qu’il y a dix ans, le rapport des coûts de production entre la betterave de France et la canne sud-américaine était de 1à 2, l’écart n’est plus que de 30 %. Le Brésil bénéficie d’un atout supplémentaire car la bagasse, co-produit de la production de sucre, fournit 150 % des besoins en énergie de l’industrie sucrière, l’excédent étant vendu sur le réseau électrique national. A moyen terme, le rapport de force pourra s’inverser en raison de plusieurs facteurs. Le Brésil va être pénalisé par la réévaluation de sa monnaie, le real perdant en compétitivité face à l’euro.
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Le pays va immanquablement voir ses coûts salariaux augmenter. Il souffre également de l’éloignement de ses centres de production des ports d’exportation. Son outil industriel est vieillissant, car le manque de liquidités a gelé les investissements pendant ces dernières années. Pour la même raison, les champs de canne n’ont pas été renouvelés et leur productivité est en déclin. Le pays a connu, pour la première fois depuis 10 ans, une baisse de sa production en 2011, passant de 530 à 485 millions de tonnes. A l’inverse, la France bénéficiera d’un meilleur rendement. Alors que le Brésil produit seulement 8 à 10 tonnes de sucre par hectare, la betterave donne 14 tonnes de l’hectare dans l’hexagone. Les investissements dans la recherche de betteraves encore plus performantes permettront également d’améliorer les rendements et surtout d’allonger la durée des campagnes de fabrication des usines, en avançant significativement le début de la récolte. Cette année, en France, celles-ci ont pu travailler 110 jours, ce qui permet une meilleure rentabilité. Les semenciers sont prêts à accroître leurs investissements, à condition que la rentabilité demeure.