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Lait La filière veut croire à son avenir

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Depuis janvier 2004, la filière laitière est en crise. Le prix du lait est au centre de négociations tendues. Pour la deuxième fois depuis le début de l’année, le 20 juillet, l’interprofession n’a pas réussi à aboutir à un accord pour le troisième trimestre 2004. La faute à la dénonciation de l’accord de 1997 définissant les modalités de fixation du prix de lait payé aux producteurs. La faute à des marchés fortement déprimés (produits industriels) qui reprennent depuis peu quelques couleurs. La faute enfin à deux années de baisse successive du prix du lait payé aux producteurs. La table ronde du 10 février qui avait réuni tous les acteurs de la filière au ministère de l’Agriculture avait mis en route 7 groupes de travail. Quelque 30 réunions nationales et 22 tables rondes régionales plus tard, la filière laitière s’est retrouvée, le 22 juillet, pour l’annonce par le ministre de l’Agriculture d’un programme stratégique. Ce plan de modernisation de la filière a pour objectif de maintenir des exploitations viables, de renforcer la compétitivité de l’industrie laitière ainsi que les actions de « recherche et innovation ». Quelque 50 mesures sont détaillées. Il est clair que ce programme à « vocation à être examiné dans le cadre du projet de loi de modernisation agricole et à s’inscrire dans le partenariat national pour le développement de l’industrie agroalimentaire ».... à venir. L’occasion pour ces mesures de gagner en concret. En termes financiers, 60 millions d’euros sont prévus d’ici 2006 pour l’aide aux bâtiments d’élevage. Pour les professionnels de la filière, ce plan ne comporte pas d’annonce nouvelle mais la prise de conscience que la nécessité d’agir est réelle. La filière laitière ne veut pas baisser les bras.

« Je partage les orientations de ce plan pour la filière laitière mais il n’y a pas d’annonce nouvelle », a souligné Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA et ancien président des producteurs de lait le 22 juillet à la suite de la présentation du « programme stratégique » de la filière par Hervé Gaymard, le ministre de l’Agriculture. Hervé Gaymard a insisté sur le poids de l’économie laitière en France, qui génère quelque 400 000 emplois. Ce plan de modernisation de la filière a pour objectif de maintenir des exploitations viables, de renforcer la compétitivité de l’industrie laitière ainsi que les actions de « recherche et innovation ». Quelque 50 mesures dites « concrètes » sont définies suite aux 30 réunions au niveau national (CF page 5). Parmi celles-ci, il s’agit de maîtriser l’offre au niveau national et européen, de moderniser les bâtiments d’élevage, de favoriser les groupements d’employeurs, d’améliorer la gestion des quotas laitiers, d’adapter les outils industriels à l’évolution des marchés...

60 millions d’euros

D’un point de vue financier, ce plan que des participants n’hésitaient pas à qualifier de « coquille vide », prévoit 60 millions d’euros pour le plan bâtiments d’élevage d’ici 2006. L’objectif est de permettre aux agriculteurs de rendre conformes leurs bâtiments d’élevage aux normes environnementales. L’annonce en avait déjà été faite par le ministre au congrès de la FNSEA en avril dernier. Il précisait à l’époque qu’à partir de 2005, serait créé un fonds unique regroupant les différentes sources de financement de l’État et permettant d’optimiser le cofinancement européen. « À partir de 2007, je souhaite que ce fonds soit abondé à 50 % sur des crédits nationaux et à 50 % sur des crédits communautaires. Celui-ci sera alors doté d’une enveloppe de 120 millions d’euros par an».

Un fonds d’investissement

Au chapitre de la compétitivité de l’industrie laitière, la création d’un fonds d’investissement est évoquée, financé par un supplément de CVO (Cotisation volontaire obligatoire). Ce fonds devrait permettre le financement de nouveaux outils européens et mondiaux, la rationalisation des outils existants et l’amélioration du mix produit. La définition des critères et des modalités de financement est encore en expertise. L’expertise juridique sur l’utilisation des CVO est encore en cours. La prise de conscience est réelle du côté des transformateurs sur la nécessaire restructuration des entreprises par rapport aux marchés basiques (emmental et produits industriels ; beurre et poudre) et la recherche en innovations sur des produits plus ciblés. La coopération ne fait pas exception. « Il y a du travail à faire et cela commence», confiait l’un des participants.

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Pas d’accord sur le prix du lait

Depuis la première table ronde le 10 février dernier en pleine crise sur le prix du lait, les acteurs de la filière se sont retrouvés ce 22 juillet à nouveau, dans un contexte de désaccord sur le prix du lait pour le troisième trimestre 2004. Depuis le 22 janvier, date de la première réunion du comité de suivi sur le prix du lait pour le premier trimestre 2004, la filière laitière est en crise. L’accord obtenu à l’arraché le 2 mars, en plein Salon de l’agriculture, qui définissait une tendance de prix pour le premier semestre a seulement permis de gagner du temps. En effet, la filière bute depuis de longs mois sur la définition de nouvelles modalités de calcul du prix du lait depuis qu’à l’automne 2003, les transformateurs privés et coopératifs ont dénoncé le précédent accord datant de 1997. L’enjeu de la réunion du 20 juillet après l’échec de la rencontre du 6 juillet était double. Il s’agissait de définir les nouvelles modalités de fixation du prix du lait et de se mettre d’accord sur un chiffre définissant sa tendance pour le troisième trimestre. Les trois familles de la filière laitière (producteurs, transformateurs privés et coopératifs) n’ont pas réussi à se mettre d’accord.

Écart de compétitivité

Les transformateurs proposaient une baisse annuelle sur 2004 estimée à 11,50 euros/1000 litres. Cette proposition était complétée par une « flexibilité additionnelle » de 3 euros (c’est-à-dire une possibilité de baisse supplémentaire) pour les entreprises fortement orientées vers les produits industriels. Plus précisément, les transformateurs proposaient pour le troisième trimestre une baisse de 11,92 euros/1000 litres. Dans le détail, ce chiffre se compose d’une diminution de : - 10 euros/1000 litres relative à l’écart de compétitivité notamment avec les prix allemand ; une baisse de 1,92 euro/ 1000 litres suite à l’indexation des prix des produits industriels et des produits de grande consommation (PGC) exportés. Les producteurs étaient prêts à concéder une baisse à -5 euros/1000 litres à laquelle s’ajoutait la prise en compte de la flexibilité additionnelle de 3 euros.

Les marchés s’améliorent

La FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) déplorait, dans un communiqué « la provocation des transformateurs qui refusent de prendre en compte les marchés de manière objective. Ceux-ci veulent suivre les marchés quand ils se dégradent et les occulter quand ils s’améliorent ». Pour le syndicat de producteurs, « la seule motivation des entreprises est la confiscation de l’aide laitière et peu importent les arguments ». Les Jeunes agriculteurs dans un communiqué s’interrogent : « Les transformateurs veulent-ils enterrer l’interprofession ? ». « Les JA rejettent la baisse des prix proposée par les transformateurs puisque les indicateurs montrent que le marché est porteur », précise le syndicat. Les transformateurs de leur côté évoquent un « consensus impossible » alors qu’il y avait selon eux un accord sur les principes mais pas de consensus sur les chiffres. Malgré l’impasse dans laquelle se situe l’interprofession, les esprits semblaient moins « échauffés » au sujet du prix du lait que lors de la précédente réunion au ministère de l’Agriculture le 10 février. La question du prix du lait n’aurait même pas été évoquée entre les trois familles de l’interprofession pendant le réunion selon un témoin. Les indicateurs récents témoignent en effet de marchés qui s’améliorent. Et quand le marché va, tout va... mieux.