La filière « vin » française attend avec confiance la visite du président chinois en France, prévue fin mars, espérant une solution au contentieux entre l'UE et la Chine sur le vin, a indiqué le président du conseil spécialisé vin, Jérôme Despey, le 27 février au Salon, lors d'une rencontre avec la presse spécialisée. Un règlement de ce litige écarterait le risque de taxes anti-dumping sur les vins européens importés par la Chine.
La filière viticole espère de la visite du président chinois en France, prévue les 25 et 26 mars, qu'elle apporte une solution au contentieux entre l'UE et Pékin sur les importations chinoises de vins européens. Ce bras de fer, qui a commencé au printemps 2013 à l'occasion d'un différend entre l'UE et l'administration chinoise à propos des panneaux photovoltaïques chinois, que l'Europe envisageait de taxer, n'est toujours pas réglé, malgré l'accord sur les panneaux photovoltaïques chinois. Le problème de fond est, selon les milieux viticoles, la volonté du secteur chinois du vin, désormais un secteur économique à part entière, de contenir la hausse des importations, notamment celles en provenance de France, qui ont particulièrement augmenté ces dernières années.
Les soutiens sont OMC-compatiblesCe sujet du litige européano-chinois, qui prend la forme d'une procédure anti-dumping lancée par Pékin, a été abordé par la filière française lors du déjeuner entre des représentants de la filière et le président de la République sur le pavillon des vins au Salon le dimanche 23 février. Ce dossier, apparemment en bonne voie, selon Jérôme Despey, amorcerait une sortie des difficultés dans lesquelles se trouvent 3 500 entreprises vinicoles européennes, auditées sur les aides qu'elles reçoivent de l'UE. « Le secteur viticole européen n'a pas de raisons d'être taxé, car il ne bénéficie pas d'aides au produit », a-t-il précisé. En effet, les aides octroyées au secteur sont des soutiens à l'investissement, donc « OMC-compatibles », a complété Anne Haller, chargée de mission sur le secteur du vin à FranceAgriMer. L'administration chinoise, si elle peut poser des questions aux entreprises européennes, ne serait pas fondée à imposer des taxes anti-dumping si les soutiens européens sont dans la « boîte verte » de l'OMC.
La filière demande la ré-instauration de l'aide aux moûts concentrésLors de cette rencontre avec la presse, Jérôme Despey a par ailleurs indiqué qu'il a demandé au ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll la ré-instauration de l'aide à l'utilisation de moûts concentrés par les vignerons. La suppression de cette aide depuis 2012 est source de distorsions entre régions.
En effet, l'enrichissement des vins (pour élever leur teneur en alcool) est permis dans la moitié nord de la France avec du sucre de betteraves (chaptalisation), mais dans la moitié sud il n'est permis qu'avec des moûts concentrés, sauf dérogation préfectorale. Or, l'aide à l'utilisation de moûts concentrés n'existe plus depuis 2012. Du coup, l'enrichissement des vins par les vignerons par les moûts concentrés revient deux à trois fois plus cher qu'avec le sucre. Le Bordelais a obtenu l'autorisation de chaptaliser, mais pas le Languedoc-Roussillon.
Ces distorsions ont été mal vécues par la profession et ont engendré malaise et divisions. D'où la demande de réintroduction de l'aide. La réintroduire ne poserait pas de problème financier, car elle serait prise sur l'enveloppe allouée chaque année à la filière française, de 280 M€, et son coût total en représenterait une faible part (une dizaine de millions d'euros). Cette question est jugée suffisamment prioritaire par la profession pour qu'une telle somme prélevée sur l'enveloppe y soit consacrée, indique-t-on à FranceAgriMer. À cette occasion, l'intérêt d'une production de moûts concentrés en France est ravivé, mais toujours en débat dans la filière. Les moûts concentrés utilisés en France sont généralement de provenance espagnole.
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LE débat au sein de la filière sur la façon dont sera organisé le futur régime d'autorisation de plantations, à compter du 1er janvier 2016, est activé par le ministère de l'Agriculture. Celui-ci a invité les conseils de bassins à se prononcer sur leurs souhaits. Un courrier leur a été adressé le 17 février. Il leur est demandé d'apprécier le bilan du régime de droits de plantations, qui est jusque là en vigueur. D'évaluer le potentiel de production qu'ils envisagent jusqu'en 2030. Enfin de décrire comment ils sont le mieux à même de gérer leur potentiel viticole. Réponse attendue fin avril.
Par ailleurs la profession devra se prononcer avant fin juin sur sa stratégie : « Le segment des vins sans IG (indication géographique) doit-il être uniquement un exutoire les années d'excédent et incapable de fournir le marché les années de faible vendange ou faut-il un vignoble dédié à ce segment ? », a demandé Jérôme Despey. Jusque-là il n'existe pas en France de vignoble dédié au vin sans IG. Les vins vendus sans IG sont issus de vignobles AOP (appellations d'origine protégée) ou IGP (indication géographique protégée), que les vignerons ont choisi de déclasser.
Vignoble dédié ou pas, dans tous les cas, le futur régime d'autorisation de plantations permettra à la France d'augmenter ses surfaces de vignes de 8 000 hectares par an, contre 4 000 hectares par an jusque là.
Enfin, le président de la filière a demandé au ministre de l'Agriculture la reconduction du fonds viticole français après 2015, c'est-à-dire pour 2015, 2016 et 2017. Le fonds viticole, de 20 M€, est abondé à hauteur de 10 M€ par FranceAgriMer, et de 10 M€ par les interprofessions viticoles. Il sert à la promotion des vins et à la recherche-développement (R&D). La R&D pour trouver des solutions à l'extension de la maladie du bois dans les vignes est particulièrement nécessaire, a souligné Jérôme Despey.