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Volaille/Crise La filière volaille veut croire en son avenir au prix de choix courageux

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Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll et son ministre délégué à l’AgroAlimentaire ont reçu le jeudi 18 avril tous les responsables de la filière avicole pour une table ronde, faisant suite à celles tenues pour le lait et le porc. Au cours de celle-ci, le délégué interministériel aux Industries agroalimentaires et aux agroindustries Alain Berger a présenté les résultats de sa mission menée depuis l’automne 2013 avec l’ensemble de la filière. Le constat des faiblesses de la filière qu’il a présentées n’est guère nouveau et il se défend de vouloir faire des préconisations. « Il appartient à tous les opérateurs économiques de mettre en œuvre les pistes envisagées », a-t-il fait valoir lors d’un entretien avec la presse, tout en assurant que « le potentiel existe à tous les maillons de la filière avicole, tant sur le marché intérieur qu’international mais il faut l’organiser ».

Tous les acteurs de la filière avicole, éleveurs, abatteurs, transformateurs, distributeurs et salariés étaient réunis le 18 avril au ministère de l’Agriculture pour prendre connaissance du rapport établi par Alain Berger, délégué interministériel aux IAA. Ce rapport a été transmis à Arnaud Montebourg, Stéphane Le Foll et Guillaume Garot. S’exprimant devant la presse, ce dernier a estimé que cette réunion avait permis de dégager un consensus général « pour élaborer un plan d’avenir pour la filière qui devrait aboutir à la mise en place d’une interprofession de la volaille de chair associant toutes les composantes, de l’amont jusqu’à l’aval, y compris la distribution et la restauration hors domicile ». Si le constat réalisé ne pouvait guère souffrir de contestation (il a déjà largement été fait), l’inconnue demeure dans les suites que suscitera le rapport et si l’unanimité affichée perdurera, car certaines préconisations ne pourront se faire sans décisions douloureuses pour certains acteurs.

Des faiblesses connues de tous

Le constat fait devant les professionnels est sans surprise concernant les failles de la filière avicole française : progression des importations de volailles, dégradation de la balance commerciale, maintien artificiel d’unités d’abattage découpe (notamment dans la dinde), présence à l’exportation fragilisée, vétusté des ateliers de production, ceux-ci en outre trop éloignés des centres de consommation « offrant un boulevard aux importations d’Europe du Nord », a-t-il précisé devant la presse, coûts de production pénalisés par des distorsions de concurrence, encadrement réglementaire trop contraignant., surcapacité des outils industriels et déficit d’investissements des entreprises. La charge est lourde. Pour faire bonne mesure, Alain Berger y rajoute la course au plus bas prix des enseignes de la distribution « qui est destructrice de valeur ».

Tout n’est pas perdu

Alain Berger ne veut toutefois pas sombrer dans un pessimisme absolu : « La filière détient des atouts incontestables face à l’évolution des marchés tant intérieurs que mondiaux. Mais tous les opérateurs doivent avoir une stratégie commune plutôt qu’une juxtaposition de stratégies et surtout que personne ne détruise un maillon au détriment des autres » a-t-il évoqué devant quelques journalistes. Et de citer diverses pistes. Sur le plan national, où la filière est la plus fragilisée sur les produits d’entrée de gamme, il préconise de reconquérir au maximum le terrain perdu en y associant les grandes surfaces et la restauration hors foyer. De même, il convient de consolider les positions acquises dans le moyen haut de gamme, avec les produits sous label. Enfin, sur les marchés extérieurs, il ne perd pas espoir de renforcer la présence des poulets légers congelés, même sans l’aide des restitutions. « Il ne faut se censurer aucun marché, ni aucune gamme alors que nos concurrents jouent la carte de la spécialisation ».

Adapter l’outil industriel

Les entreprises industrielles sont en mesure de relever ce défi d’un large éventail de gammes. Il en veut pour preuve l’usine de Boscher Volaille (groupe Sofiprotéol) qui s’est doté d’un outil compétitif qui devrait servir de modèle aux autres et lui a permis de s’affirmer sur le marché domestique d’entrée de gammes. Il appelle également à une diversification vers des produits de deuxième transformation (charcuterie, plats élaborés, produits traiteurs) ou des marchés de niche, comme le halal. Il encourage également à lancer un plan de communication conséquent sur la volaille afin de vanter les qualités de celle-ci face aux concurrents. De telles décisions impliquent toutefois des changements, au niveau des élevages qui doivent se moderniser, mais également des outils industriels. Le maintien artificiel d’unités d’abattage non rentables, notamment pour la dinde, entraine de lourdes pertes pour les industriels qui portent des risques de dépôts de bilan dans un proche avenir. Il aurait été évoqué lors de la réunion le chiffre de 5 à 7 sites qui pourraient fermer dans la dinde, dont 3 implantés dans l’Ouest et 1 dont la fermeture semble programmée par LDC. Dans une moindre mesure, il en serait de même pour un certain nombre d’abattoirs de poulets. Toutes ces mesures nécessitent l’adhésion totale de la filière « au sein d’une interprofession consolidée». Elles demeurent également pour réussir conditionnées à des réglementations européennes plus harmonisées qui « s’imposent à tous les États et ne souffrent pas de différences d’interprétation engendrant des distorsions communautaires ». Le pari est loin d’être gagné. Mais, en conclusion, Guillaume Garot s’est voulu optimiste, estimant que la stratégie proposée « était partagée par tous, des producteurs aux distributeurs, et que les futures dispositions prises dans le cadre de la LME enverraient des signes forts et clairs aux producteurs et aux PME de la transformation, comme l’intégration de la volatilité ».

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