Abonné

FNPL La fin des quotas laitiers « est une erreur fondamentale »

- - 5 min

La fin programmée des quotas laitiers en 2015 est « une erreur fondamentale », a réaffirmée, le 20 mars, Henri Brichart, le président de la FNPL (fédération des producteurs de lait) lors du congrès du syndicat qui a réuni plus de 500 personnes à Saint Etienne les 19 et 20 mars. La dernière décision de Bruxelles instaurant une hausse des quotas laitiers de 2 % dans l’UE laisse les producteurs français perplexes. Les éleveurs laitiers qui connaissent une conjoncture favorable depuis 2007 comptent se « battre pour que les quotas jouent leur rôle régulateur jusqu’au bout et pour que les mécanismes de marché perdurent le plus longtemps possible ».

«La logique de la Commission européenne me dépasse ». Cet aveu de Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA et éleveur laitier, au congrès de la FNPL, à Saint-Étienne, en dit long sur l’incompréhension de la décision de hausse de 2 % des quotas laitier décidé par Bruxelles. C’est aussi le bon sens paysan qui parle ce 20 mars : « Quand on vote pour une politique dérégulée, on a des prix dérégulés », prévient Henri Brichart, le président de la FNPL qui plaide pour que les quotas laitiers « jouent leur rôle régulateur jusqu’au bout » de leur fin programmée en 2015. Autant dire que la hausse de 2 % des quotas laitiers à partir d’avril prochain que viennent de décréter les ministres de l’Agriculture des 27 pays membres de l’Union européenne a du mal a passer parmi les 500 congressistes présents.

Quota : la hausse de 2 % en accusation

« Je m’interroge sur ces deux pourcents auxquels s’ajoutent les 0,5 pourcent issus de la réforme de la Pac de Luxembourg », souligne le président de la FNSEA regrettant que le ministre français se soit abstenu au lieu de voter contre comme son homologue allemand. « Il fallait marquer une position dure par rapport à la Commission européenne », affirme-t-il. Le ministre Michel Barnier s’en est expliqué lors de son intervention en clôture de congrès. La France même en votant contre ne pouvait obtenir de « minorité de blocage ». En plus, ayant obtenu que cette hausse ne s’applique qu’une année, le ministre aurait fait preuve de réalisme en s’abstenant plutôt qu’en votant contre, a-t-il sous entendu. La répartition de ces 2 % en plus ne serait pas linéaire, a indiqué le ministre faisant notamment écho aux souhaits des jeunes agriculteurs. Les zones en sous-réalisation au même titre que les installations seraient aussi privilégiées.

« Enorme travail »

« Je crains que les marchés ne soient pas capables d’absorber ces 2 % de hausse », souligne Jean-Michel Lémétayer. D’autant qu’en Allemagne le prix du lait payé aux producteurs est à nouveau orienté à la baisse après une période de hausse, a expliqué Élisabeth Jeggle, députée européenne et rapporteur pour la commission agricole sur l’OCM lait. La prudence s’impose rappelle Henri Brichart alors que la collecte laitière française a repris. « Nous allons donner un signal pour tempérer la collecte pour qu’elle soit en phase avec les marchés », a assuré le président de la FNPL. Rendez-vous est pris au conseil spécialisé de l’office du lait. Sur le long terme, l’anticipation de l’après-quota par la contractualisation est délicate de l’aveu même d’Henri Brichart. « Il nous reste un énorme travail pour nous mettre d’accord entre nous, producteurs, et avec les entreprises ». Pour l’heure, la maîtrise de l’offre au regard des besoins des marchés va de pair avec un renforcement de l’organisation collective de la production.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre

Interprofession : un « lieu magique »

Cette organisation collective passe notamment par les interprofessions, « un lieu magique où travaillent ensemble des gens que tout oppose », résume Henri Brichart. Pour autant, il ne faut pas faire « l’erreur du pluralisme », selon les termes de Jean-Michel Lemétayer, en élargissant cette structure aux syndicats minoritaires tels que la Confédération paysanne ou la Coordination rurale. Henri Brichart que l’on a connu plus souple sur la question a fustigé « certains syndicats se disant responsables » qui ne sont que « des critiqueurs professionnels » et… « des irresponsables ».

« En son temps, j’avais convaincu Jean Glavany sur cette question du pluralisme », a rappelé le leader de la FNSEA. « Cela devrait être encore moins compliqué avec Michel Barnier ! », a-t-il lancé. Alors que le dossier du pluralisme dans les interprofessions est sur le bureau du ministre, Michel Barnier a assuré qu’il « ne ferait jamais rien qui fragilise l’esprit de responsabilité qui règne dans les interprofessions ». Le ministre en convient, « c’est un dossier difficile ». Il souhaite donner « une sécurité juridique et des moyens aux interprofessions » dans le contexte du mémorandum de la France à ce sujet. « Cela touche à l’interprétation du droit de la concurrence » qui est un sujet sensible. Mais, question mémorandum, le ministre ne compte pas en rester là. Au nom de la « préférence européenne » qui va « au-delà des tarifs douaniers » mais doit intégrer « les normes sanitaires, sociales et environnementales », le ministre compte déposer à Bruxelles « un mémorandum sur les contrôles sanitaires à l’importation ». La salle a manifesté son approbation.