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Interview FNCuma « La FNCuma est prête à relever le défi du “produire autrement” »

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Le congrès de la FNCuma (Fédération nationale des coopératives d’utilisation de matériel agricole) se tient du 28 au 30 mai à Arras. Son président Stéphane Gérard revient sur la proximité du projet de coopération agricole de la FNCuma et du projet de loi d’avenir agricole de Stéphane Le Foll.

Un an après la nomination du ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, la FNCuma se reconnaît-elle dans ses projets politiques ?
Historiquement, les Cuma sont centrées sur les machines, mais dès les années 1980-1990, elles ont diversifié leurs activités, se sont orientées par exemple sur le secteur de l’emploi ou de l’énergie. Aujourd’hui, la politique « Produire autrement » du ministre Stéphane Le Foll est un défi intéressant que la FNCuma veut relever. Nous souhaitons répondre présents : pourquoi ne pas imaginer un nouvel avenir pour les Cuma ? En France, nous avons beaucoup sectorisé l’activité agricole par filière et nous avons peu d’approche globale et territoriale. Nous manquons de vision transversale sur les exploitations. Parallèlement, les Cuma (11 545 en France) rassemblent une très grande diversité d’agriculteurs, une très grande partie des éleveurs et ont des activités de plus en plus diverses sur un territoire. Cela nous a amené à travailler sur la notion de coopération agricole de production avec d’autres partenaires qui sont GAEC et Société, CER France, l’Inra, les Civam, Trame, la FNAB (fédération nationale des agriculteurs bio), Coop de France et la CG Scoop. Le ministère a aussi apporté son appui à cette réflexion. Et pour revenir sur la politique à double performance économique et écologique voulue par le gouvernement, les Groupements d’intérêts économiques et écologiques (GIEE) se rapprochent du modèle de coopération agricole de production.

Concrètement, qu’est-ce que ce modèle et quelles en sont les limites ?
La coopération agricole de production est la mutualisation dans un territoire de tout ou partie des activités de production au sens large en respectant les principes coopératifs. Prenons un exemple : de nombreux groupes d’agriculteurs en Cuma mettent en commun leur production et vont jusqu’à la mise en place d’atelier de découpes et/ou de transformation. Pour l’investissement dans le matériel, la démarche fonctionne, mais pour ce qui est du produit issu de la transformation, ces agriculteurs passent par d’autres statuts. D’où l’intérêt de créer et de soutenir des partenariats avec d’autres réseaux autour de cette notion de coopération agricole de production. La FNCuma souhaite accompagner ces démarches.

Et sur les projets collectifs de méthanisation ?
Nous avons quelques CUMA qui font de la méthanisation, en Dordogne par exemple. Souvent, ces petits collectifs d’agriculteurs, quand ils veulent faire de la méthanisation, investissent et montent le digesteur à travers le statut de Cuma. Mais s’agissant de la vente de l’électricité produite, ça coince. Comment répartir les produits ? Le statut Cuma seul n’est pas adapté. Donc les agriculteurs peuvent créent des coopératives agricoles ou des SARL, pour pouvoir revendre l’électricité. Sur ce genre d’activité, il y a de plus en plus de démarches collectives, nous voudrions les garder au sein de la coopération, les fédérer et les animer. Mais il ne s’agit pas de créer un nouveau statut.

Quels moyens la FNCuma peut-elle mobiliser pour accompagner ce mouvement?
Concrètement, il s’agit d’appui à la démarche. L’idée serait de démultiplier les postes à l’échelle du réseau susceptibles d’accompagner ces projets. Dans le même temps, notre réseau doit réfléchir à la formation des animateurs et des conseillers qui, historiquement, sont très axés machines. Le schéma agricole se transforme : le modèle « raygrass-maïs » avec ensileuse achetée en Cuma, c’est fini. Nous installons de plus en plus de jeunes qui sont non-issus du milieu agricole, qui arrivent dans des exploitations où l’on décide de faire de la transformation, alors qu’on n’en faisait pas historiquement. Les Cuma sont impactées par ces choix individuels. Le paysage évoluant, il nous faut poser la question du processus de formation des animateurs. Sans oublier le travail à poursuivre en terme de partenariat externe avec les chambres d’agriculture, les Groupements d’agriculteurs biologiques, etc.

Le modèle promu par la FNCuma semble coïncider avec les attentes des pouvoirs publics. Y-a-t-il des ombres au tableau ?
Nous avons bien entendu des attentes vis-à-vis des pouvoirs publics et elles sont historiques. Nous avons un accompagnement financier qui date des années 1980 sur les aides au financement du matériel agricole, ce sont les prêts moyen terme spécialisés. Mais ce crédit national ne cesse de diminuer pour les projets collectifs. En 2012, il était de 2,7 millions d’euros. Pour 2013, il est de nouveau en baisse à 2,38 millions d’euros. Dans le même temps, le budget pour les JA est de près 100 millions d’euros. D’année en année, nous avons un désengagement de l’Etat par rapport à l’appui du collectif. Donc, quand Stéphane Le Foll souhaite remettre du collectif dans le projet politique agricole français, on dit « banco ». Mais il faut des engagements financiers allant dans ce sens. La FNcuma peut aussi imaginer une nouvelle forme de distribution des aides nationales pour aller dans le sens des GIEE (groupements d’intérêt économique et écologique) et inciter le réseau des Cuma à activer le processus.

Quelles sont les autres contradictions entre la politique de Stéphane Le Foll et celle de la FNCuma ?
On ne doit plus avoir de discrimination par rapport aux démarches collectives. Quand le ministère dit qu’il veut soutenir les démarches collectives pour améliorer les pratiques globales des agriculteurs, on dit « banco », mais pourquoi est-ce plus difficile pour une Cuma d’avoir une aire de lavage de pulvérisateurs que pour un agriculteur individuel ? Pour faire une aire de lavage de pulvérisateurs, les agriculteurs en Cuma sont soumis à une démarche ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement). Un agriculteur individuel n’y est pas soumis. Si on a vraiment la volonté de soutenir les démarches collectives, il faut mettre fin à ces inégalités. Autre exemple : les hangars Cuma. On conteste aux Cuma de construire des hangars en zone agricole sous prétexte que les Cuma ne seraient pas le prolongement d’une exploitation agricole. Nous souhaitons avoir les mêmes facilités qu’un agriculteur à titre individuel. Il en est de même pour la question de l’emploi en Cuma.
Ce sont des exemples parmi d’autres, mais mis bout à bout, toutes ces contraintes freinent la dynamique collective voulue par la FNCuma et par les pouvoirs publics. Nous exigeons que le réseau coopératif Cuma soit pleinement reconnu comme un réseau de développement et de conseil au même titre que les autres acteurs du développement : cela devra se traduire par exemple par la signature d’un contrat d’objectifs 2014/2020 entre le réseau coopératif et le ministère de l’agriculture.
Nous attendons aussi des pouvoirs publics français une déclinaison nationale de la Politique agricole commune (PAC) à la hauteur des ambitions de la proposition de la Commission européenne, notamment sur le 2nd pilier (+20% pour les projets collectifs). L’Europe a ouvert des portes sur le soutien aux actions collectives, il faut que l’Etat fonce. Nous restons très vigilants et le congrès sera l’occasion de le rappeler à Stéphane Le Foll qui sera présent.

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