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La Fnil dénonce l’isolement de la France dans le marché laitier européen

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À l’inverse de Lactalis, resté discret durant tout son conflit avec les producteurs, la Fédération nationale des industries laitières (Fnil), à laquelle adhère le groupe industriel, a fait le choix de prendre la parole pour alerter sur le décrochement du prix du lait français par rapport aux autres pays.

Quelque 270 € en Allemagne, 283 € aux Pays-Bas, 292 € au Danemark, 260 € en Irlande, 253 € en Belgique, 255 € en Pologne pour 304 € en France. Ce sont les prix aux mille litres de lait payé en moyenne au producteur sur le premier semestre 2016 et rapportés par la Fédération nationale des industries laitières (Fnil) dans un communiqué le 1er septembre (source : Eurostat). « L’augmentation significative du prix du lait en France, en décalage complet avec le reste de l’Europe, conduit inéluctablement la France laitière à s’isoler du marché européen », alerte ainsi la Fnil. « Cet isolément, ce décrochage est ennuyeux […] c’est périlleux pour l’ensemble de la filière », s’exclamait Olivier Picot, président du syndicat, lors d’une conférence de presse, le même jour. « Il nous faut davantage coller au marché mondial », explique-t-il rappelant que « 44 % de la production française de lait est exportée ».

Un consommateur pas prêt à payer plus

Qui va payer ce décalage de prix entre le marché français et le marché mondial ? Le consommateur ? « Je n’y crois pas du tout », répond Olivier Picot, qui ne croit pas non plus à l’impact d’un étiquetage de l’origine des produits, pourtant validée à titre expérimental par Bruxelles. Concernant ce dispositif, « cela va nous coûter un paquet de pognon pour changer les emballages », affirme Jehan Moreau, directeur de la Fnil, avant d’ajouter qu’« en plus, tous les industriels devront le faire en même temps ». Il parle de « bricolage » concernant cette mesure. « Nous sommes favorables à l’étiquetage de l’origine quand cela fait du sens ! », précise toute de même Olivier Picot. « Si on prend la parole maintenant, ce n’est pas un hasard », continue-t-il. Effectivement, un accord vient d’être conclu entre les producteurs et le groupe Lactalis pour faire remonter le prix du lait sur les cinq derniers mois de l’année, après plusieurs jours de rudes négociations et de pression de la part des syndicats. Si le prix du lait est au plus haut en France, « c’est pourtant en France que l’on voit de grandes manifestations ! », relève Olivier Picot avec vigueur.

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Un problème de création de valeur et non de partage

« Il y a peut-être un petit problème de compétitivité », souligne Olivier Picot. Le vrai problème n’est pas un problème de partage de la valeur ajoutée mais de création de valeur, selon lui. À l’entendre, il renvoie la balle aux producteurs pour améliorer leur compétitivité (technicité de l’exploitation). S’intégrer dans le marché mondial, comme le revendique la Fnil, signifie aussi faire une restructuration dans les campagnes. « On n’a pas fondé un système qui maintienne l’emploi dans les campagnes. Ce que l’on a bâti, c’est l’inverse ! », relève Olivier Picot, sans état d’âme : « Dans une économie ouverte, nous travaillons avec les règles du jeu que l’on nous a donné ». Et de préciser que « les entreprises laitières françaises se sont développées au travers d’une Pac puissante et d’un système régulé. Or il n’y a plus de Pac et nous n’avons jamais demandé la dérégulation ». Pour Olivier Picot, la solution passe par une meilleure « résilience » des producteurs en cas de crise, « une régulation du marché » et les « mêmes règles appliquées à toute l’Europe ».