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Syndicalisme La FNPL décidée à reprendre l’initiative

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Face à un monde laitier en plein bouleversement, les producteurs de lait de la FNPL, réunis pour leur 67e congrès à Aurillac (Cantal) ont affirmé leur fierté d’être syndicalistes et… réalistes. La FNPL, malmenée sur le terrain depuis la crise laitière de 2009, et l’émergence de l’Apli (Association des producteurs de lait indépendants), entend reprendre l’initiative dans un contexte perturbant pour les producteurs de lait. La mise en place de la contractualisation, la création de bassins laitiers régionaux et la fin programmée des quotas changent profondément la donne laitière. « Les choses ne seront plus comme avant », a lancé Henri Brichart, le président de la FNPL, lors de son intervention du 17 mars. C’est avec un ton ferme et décidé qu’il a condamné ceux qui font rêver les producteurs tout en s’adressant à un ministre absent pour cause d’intempérie sur Aurillac.

Homme reconnu pour ses positions modérées et adepte du consensus, Henri Brichart, le président de la FNPL, a haussé le ton face à « certains qui nient les réalités ou encore font croire au grand soir » des producteurs de lait. Revenant sur la destruction du stand de l’interprofession laitière (Cniel) au Space, le président de la FNPL, qui est aussi président de cette dernière, défend sa structure. « Le bilan du Cniel ne fait pas débat », a-t-il affirmé lors de son intervention au 67e congrès de la FNPL à Aurillac. De ce fait, « il faudra bien que les protagonistes de ces comportements préjudiciables à l’intérêt général (attaque des CVO lait par l’Apli : ndlr) en assument la responsabilité devant les producteurs », a-t-il ajouté.

La FNPL contre-attaque

Dans le collimateur du responsable syndical de la FNPL : l’Apli. « Après avoir fait rêver les producteurs avec un utopique office du lait européen, on finit par leur demander de créer l’Apli Bel, l’Apli Lactalis… », a lancé Henri Brichart. Ce que tente de faire aussi la FNPL, au nom de la « massification de l’offre » par le biais d’organisations collectives, économiques et a-syndicales. Cet énorme chantier n’est pas encore suffisamment avancé et « les premiers contrats risquent très majoritairement de se discuter sans cet échelon indispensable », a-t-il prévenu. Un Henri Brichart qui n’a pas hésité à donner le surnom de « Lucky Lucke » à un ministre de l’Agriculture trop pressé à son goût. Un ministre qui n’a pas pu participer au congrès de la FNPL. La faute au brouillard qui a empêché son avion de se poser.

L’enfer, le paradis et la coopération

Le président de la FNPL a répété que « les contrats ne nous mèneront pas au paradis mais ils ne nous conduiront pas en enfer non plus ». Position partagée par Xavier Beulin, le président de la FNSEA, qui a rappelé que le syndicat « a toujours été favorable à cette contractualisation ». Le président de la FNSEA propose même d’aller jusqu’à la distribution dans les pratiques contractuelles. Il espère aussi ajouter « l’indexation » aux contrats. En clair, il s’agit de mettre en œuvre des indices prenant en compte la part des matières premières dans les produits finis. Plus surprenant, le président de la FNSEA s’en est pris aux coopératives laitières en posant la question de leur gouvernance dans ce contexte de contractualisation. Après quelques circonvolutions, le leader de la FNSEA a mis les pieds dans le plat. Le statut des coopératives doit être modifié pour être en conformité avec les dispositions prévues par la loi au plus tard au 1er juillet. C’est le conseil d’administration qui votera ces modifications statutaires. « Les administrateurs sont-ils à même de porter les intérêts des producteurs de la coopérative ? », s’interroge Xavier Beulin.

Compétitivité pour tous

Au chapitre de la compétitivité des producteurs de lait, sujet cher à Bruno Le Maire, Henri Brichart n’y va pas par quatre chemins. Il demande à la puissance publique « d’assumer son rôle ». Elle doit « nous permettre, si besoin de manière législative, d’indexer l’évolution de ces coûts (liés à la volatilité des cours : NDLR) ». « Il ne s’agit nullement de revenir à une économie administrée, mais à une économie qui fonctionnent tout simplement », a-t-il justifié. Quant aux transformateurs, eux aussi doivent se restructurer lance Henri Brichart. « La modernisation, l’adaptation et la restructuration de certains de nos outils de transformation sont tout aussi fondamentales », a-t-il martelé.
Fermeté encore face aux demandes répétées des syndicats minoritaires à entrer dans l’interprofession laitière où seule la FNPL représente les producteurs de lait. « Je reste opposé à l’ouverture de l’interprofession à d’autres syndicats », a affirmé Henri Brichart. Pour le président de la FNPL, « ce n’est ni une question de démocratie, ni une question de pluralisme syndical (…) : le Cniel doit rester un lieu où on met de côté les divergences de côté pour construire ». Même si Henri Brichart a fait un geste en invitant les syndicats minoritaires aux assemblées générales du Cniel, la porte de l’interprofession est toujours bien gardée.

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