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Lait La FNPL réclame un audit de la contractualisation

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Un audit de la contractualisation a été réclamé par la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) au ministre de l'Agriculture, le 23 février, lors du Salon de l'agriculture. « Il s'agit de remettre la contractualisation sur les bons rails et de procéder aux ajustements nécessaires », justifie Thierry Roquefeuil, président du syndicat dans un communiqué du même jour.

La FNPL a demandé un audit de la contractualisation au ministre de l'Agriculture, le 23 février dernier. « L'enjeu de cet audit est d'avoir un bilan objectif de l'ambition initiale du paquet lait, à savoir, le rééquilibrage de la relation commerciale entre producteurs de lait et transformateurs. Cet audit devra porter sur l'ensemble des contrats de fourniture de lait (privés et coopératifs) ainsi que la mise en place des organisations de producteurs (OP) à la française », annonce un communiqué de presse de la FNPL. Dans les faits, les contrats entre producteurs et transformateurs ne sont pas toujours respectés, comme le montre le recours en justice de deux organisations de producteurs (OP) contre Lactalis. « La relation contractuelle n'est toujours pas équilibrée entre les parties », confirme la FNPL. Difficile alors de renégocier de nouveaux contrats, surtout dans la période d'incertitude qui s'annonce avec la fin des quotas. Si auparavant le prix du lait était convenu en interprofession, avec accord de tous les membres de la filière, la mise en place de la contractualisation rebat les cartes. Elle instaure une privatisation de la relation entre le producteur et son industriel. Cette dernière remet, entre autres, en cause l'ancienne égalité de traitement des producteurs quant au prix du lait et crée un différentiel de traitement entre coopératives et industriels.

Une inégalité de traitement entre producteurs

Par ailleurs, certains industriels respectent leur contrat (tarif et volume), comme Danone qui a pour « religion de respecter sa signature », selon Thierry Roquefeuil. Mais d'autres pas, aussi certains producteurs se trouvent favorisés. De même, face au peu de transformateurs présents sur le marché et au grand nombre de producteurs, la multiplication des contrats individuels fragilise le pouvoir de ces derniers dans les négociations tarifaires. « La question du contrat individuel va être ingérable. Cela ne constitue pas une politique agricole », martèle André Bonnard lors d'une conférence de presse le 23 février. De plus, certains contrats varient entre régions pour un même industriel. « Nous voulons redonner de la liberté au producteur, redonner l'envie d'avoir une petite ou une grosse exploitation. Nous voyons les freins aujourd'hui qui ne nous permettraient pas d'accéder à cette liberté », constate André Bonnard. Des inégalités de traitements entre producteurs apparaissent sur le terrain du fait de la diversité des contrats, au point d'imaginer une possible restructuration des zones de production laitière à long terme. Des concurrences entre OP semblent surgir. André Bonnard parle même de certaines OP comme de « petites baronnies ».

Une contractualisation établie avant les OP

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Jérôme Faramond, secrétaire général de la Fédération régionale des syndicats des éleveurs de brebis, résume la situation en la comparant à la filière ovine : « Au niveau de la filière vache laitière, les contrats ont été rendus obligatoires avant les organisations de producteurs. Cela a vraiment pénalisé la filière et surtout rendu difficile l'adhésion des éleveurs aux OP. Dans la filière ovine, nous voulons d'abord créer nos OP et leur définir un cadre, avant de définir des contrats avec les transformateurs ». Pour lui, il s'agit de garder une unité des producteurs dans les négociations tarifaires face au poids des industriels et de travailler de l'amont vers l'aval et non l'inverse. Victor Pereira, coordinateur technique du pôle-élevage de la Confédération paysanne, affirme clairement la nécessité d'OP transversale. « C'est une évidence. Cela donnerait plus de pouvoir aux producteurs car il sera alors possible de mettre en concurrence les industriels. Les éleveurs se rendent compte que les associations d'OP auraient plus de poids. » Avec la fin des quotas laitiers, la situation se tend en France, même si le prix du lait remonte légèrement. Aussi Thierry Roquefeuil s'interroge « sur la politique laitière européenne. Les Etats-Unis ont bien un Farm Bill. Nous ne souhaitons pas refaire un Farm Bill, mais avoir une vraie politique laitière européenne […] Si la France n'est pas en capacité d'être réactive, d'autres pays pourront l'être. Il faut que les pouvoirs publics nous aident », a-t-il conclu.

Pas de problème pour le prix du lait, selon le commissaire européen à l'agriculture

Il n'y a pour l'instant « aucun problème » sur le prix du lait en Europe, a expliqué le 22 février le commissaire européen à l'agriculture Phil Hogan à l'AFP, à un mois de la fin du système des quotas, qui pourrait faire chuter les prix. « Je ne vais pas entraîner le secteur laitier français, ou aucun autre, dans une crise en parlant de baisse des prix. Les prix du lait en Europe sont les mêmes qu'il y a deux ans. S'il y a des problèmes au final, nous les gérerons mais il n'y a aucun problème pour l'instant », affirmait Phil Hogan lors de sa visite au Salon de l'agriculture à Paris. Si jamais une crise devait se produire, « il y aura des mécanismes de marché » pour y faire face, a-t-il assuré. De son côté, Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, s'est montré « étonné », le lendemain, de cette déclaration lors d'une conférence de presse. « Je ne peux pas entendre que les prix du lait soient satisfaisants, 310 euros les 1 000 litres en février, ce n'est pas élevé surtout lorsque l'on sort d'une année à 360 €/1 000 l », a-t-il rappelé.

La FNPL sereine pour la fin des négociations commerciales

« Les gens crient moins que d'habitude », s'est exclamé André Bonnard, trésorier de la FNPL, à propos des négociations commerciales entre industriels et distributeurs, lors d'une conférence de presse, le 23 février. Si le lait de consommation est plutôt en bonne place, notamment en origine France, la poudre et le beurre « tanguent » un peu. « C'est le coût de la transparence. Trop de transparence nuit aux opérateurs, mais pas à nous ! », affirme André Bonnard. « Si tous les distributeurs achètent au même tarif, la guerre des prix, c'est au distributeur de se la financer ! » Les distributeurs « négocient à la baisse », environ - 2% sur les marques nationales, soit un peu moins que « la baisse du marché en instantané ». Il note que « les négociations avec les hard-discounter sont plus faciles qu'avec les autres ». Ces distributeurs « passent les hausses » plus facilement. L'arrivée de Lidl au Sia est plutôt bien vue par la FNPL. « Ils nous enlèvent une épine du pied » en venant sur le terrain des autres distributeurs, explique André Bonnard.