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Elections aux chambres d’agriculture La FNSEA confortée en n°1, la Coordination rurale hissée en n°2

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Les résultats des élections aux chambres d’agriculture n’ont pas bouleversé le paysage syndical des exploitants agricoles. La FNSEA sort légèrement plus forte en tant que premier syndicat agricole. Deux changements sont néanmoins importants : la Coordination rurale est devenue, nettement, le deuxième syndicat agricole ; la participation a sensiblement baissé mais dans les mêmes proportions que les élections politiques françaises depuis quelques années. Elle reste forte, comparée aux autres élections professionnelles.

Les résultats essentiels sont tombés dès le 6 février : l’élection des représentants aux chambres d’agriculture n’a pas été l’occasion d’un grand bouleversement du paysage syndical. Selon les résultats quasi définitifs des élections aux chambres d’agriculture pour le 1er collège (exploitants et assimilés) et agrégés par la FNSEA, celle-ci conforte sa majorité en atteignant, selon les chiffres officiels du ministère de l’Agriculture, 55,57 % des suffrages exprimés (55,19 % en 2007), la Coordination rurale 20,49 % (18,70 % en 2007) et la Confédération paysanne 18,54% (19,63 % en 2007) à laquelle on peut associer une liste CP-Modef réalisant 1,14% des voix tandis qu’une liste CP-CR représente 1,26%. Soit une légère poussée de la FNSEA, une progression de la Coordination rurale qui devient le second syndicat d’exploitants agricoles et une stabilité de la Confédération paysanne. La percée de celle-ci, que certains syndicalistes craignaient ou espéraient n’a pas eu lieu. L’objectif des deux syndicats minoritaires de faire passer la FNSEA sous la barre des 50% n’a pas été atteint non plus.

Baisse de participation

Les résultats des autres collèges n’étaient pas encore suffisamment représentatifs pour être significatifs le 7 février. Pour sa part, le Modef voit son score national s’effriter à 1,49 % (2,64 % en 2007). Mais avec 33,62 % il s’améliore légèrement dans le département des Landes.
Deux phénomènes ont en fait marqué cette élection. La participation en baisse, et la Coordination rurale en hausse sensible notamment du fait du malaise de l’élevage qui lui a rapporté des voix, quand ce n’étaient pas les divisions au sein de l’ensemble FNSEA-JA. D’une part, en dépit d’une campagne commencée très tôt, une baisse sensible du taux de participation. Celui-ci était estimé à plus de 54% et 55% des inscrits. Soit une diminution de l’ordre de 8% à 10%. La Confédération paysanne s’en est inquiétée, s’interrogeant même sur « l’utilité des chambres d’agriculture ». Le président de la FNSEA, Xavier Beulin, estime tout au contraire qu’il s’agit d’un « fort taux de participation ». De fait, il est plus élevé que la quasi-totalité des élections professionnelles comparables et même que la participation aux cantonales ou régionales. De plus, la baisse de ce taux, fait remarquer Régis Dubourg, directeur de l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture) est finalement assez similaire à la baisse de participation constatée en général en France. À cela s’ajoute le fait, selon lui, que le vote par correspondance n’est plus une nouveauté depuis 2007, ce qui atténue le désir d’y participer. Et puis, l’excès de paperasse a sans doute joué aussi. Par ailleurs, dans les colonnes de Ouest France, le sociologue François Purseigle évoque la moindre appétence possible des agriculteurs jeunes pour les syndicats et leur rôle dans les chambres d’agriculture.

Campagne commencée tôt

La baisse de participation tranche en tout cas avec la pugnacité de la campagne électorale et sa longueur. C’est en effet dès la crise laitière de 2009 et l’émergence de l’Apli (Association des producteurs de lait indépendants) que les forces syndicales agricoles ont commencé à se positionner pour les élections aux chambres d’agricultures prévues alors pour fin 2012 ou début 2013. Quel allait être l’impact de la crise et cette nouvelle force syndicale, très médiatisée, sur le paysage syndical ultérieur ? Jusqu’à l’élection cette interrogation est demeurée. Un affaiblissement de la FNSEA au profit des syndicats minoritaires ? Et duquel ?
Force est de constater que l’impact de cette crise et de l’Apli est resté limité aux départements laitiers. Mais il a été fort, notamment dans un contexte de nouvelle baisse des prix du lait. La Coordination rurale est devenue majoritaire en Charente, aidée, dans un département à forte production laitière, par une division des forces FNSEA-JA. Dans les quatre départements bretons ainsi que dans la Manche, la Coordination rurale progresse parfois fortement tandis qu’elle conserve la chambre du Calvados. De même que, plus au Sud, celle de Lot-et-Garonne.

Effritement de la CP dans l’Ouest

Pour sa part, et bien que faisant une campagne sur l’élevage, la Confédération paysanne n’a pas bénéfice de la situation laitière. Son électorat s’est même effrité dans quelques départements de l’Ouest : la Manche et tous les départements bretons hormis l’Ille-et-Vilaine. Elle a progressé en Loire-Atlantique sans parvenir à reprendre cette chambre qu’elle avait perdue en 2007. La Confédération conserve la chambre de la Réunion, cependant, tandis qu’une liste Confédération paysanne-Coordination rurale, non adoubée par la direction nationale CP, remporte la chambre du Puy-de-Dôme. Là encore, cette liste l’emportait grâce à la division, en face, des militants FNSEA-JA. Deux listes, l’une siglée FNSEA-JA l’autre apparentée recueillant respectivement 34% et 29% des voix. « Il faut encore qu’on obtienne la présidence », faisait remarquer Daniel Condat, président de la section laitière de la CR et élu Coordination rurale dans le Puy-de-Dôme. Au final, malgré le manque de progression du syndicat, la Confédération paysanne ne voulait pas se déclarer déçue mais mettait l’accent sur la baisse de participation à l’élection.

« Une chambre pour tous »

Mis à part ces quelques départements gagnés ou conservés par ses adversaires, la FNSEA, associée aux JA, reste majoritaire dans tous les départements et même renforce son poids dans bon nombre d’entre eux. Dans les départements de grandes cultures, elle progresse souvent de quelques points (Loiret, 61% contre 59% ; Marne, 81% contre 79%) ou en perd (Côte d’Or 60,3% contre 61,8%). Ailleurs, l’ensemble FNSEA-JA fait parfois un vrai bond supplémentaire, comme en Ariège où elle réalise 55,1% contre 45% dans un département où la participation a perdu 13 points. Ou en Gironde où elle passe de 50% à 58% de part de voix. En Corrèze, en revanche, la liste FNSEA-JA ne réalisait plus que 38% contre 61% en 2007. C’est qu’une liste dite a-syndicale, mais sur laquelle figurait Pierre Chevallier, président de la FNB et personnalité du département avait voulu se présenter. Une initiative très critiquée dans les rangs de la FNSEA, qui y a vu un grand risque pour la conservation de ce département emblématique pour l’élevage. Finalement, la Confédération paysanne y réalisait un score de 26,4% (contre 38% en 2007) juste devant la liste « a-syndicale ». « On a porté une liste sans ambition syndicale, affirme Pierre Chevallier. Le but c’était d’avoir une chambre pour tous, que l’établissement soit géré comme une institution publique ». Une initiative pas toujours bien appréciée dans les instances de la FNSEA.
Rassurés par ces résultats qui confortent leur syndicat, les militants FNSEA ne pavoisent pas pour autant. Dans l’Ouest, un président de FDSEA est préoccupé, à la fois par la baisse de la participation et par la poussée de la Coordination rurale. Xavier Beulin lui-même, qui se dit « satisfait » par les résultats des élections, affirme « une détermination sans excès, mais en sachant que nous sommes majoritaires. » Comme l’affirme François Purseigle, « la FNSEA et les JA vont rester l’acteur central. Simplement, il n’y a plus d’hégémonie. »

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