Le scrutin des élections aux chambres d’agriculture a rendu, le 5 février, son verdict. Le vote du 1er collège, celui des exploitants agricoles, a réservé son lot de surprises. Avec près de 57 % y compris les apparentés, les listes FNSEA-JA ont dépassé les espoirs de ses militants les plus optimistes ; la Confédération, avec 19,6 % des voix s’est effondrée depuis son score de 27 % en 2001. Elle reste deuxième syndicat français si l’on tient compte des DOM mais passe au troisième rang en métropole. Quant à la Coordination rurale, elle a créé sans doute la principale surprise en progressant à 18,7 %. Derrière la FNSEA et les Jeunes agriculteurs qui en sortent renforcés, le paysage syndical agricole français est chamboulé. Résultats et explications du vote.
La quasi-totalité des chambres d’agriculture devraient continuer à être gérées par le syndicalisme FNSEA-JA. Celui-ci reste majoritaire et même se renforce. Telle sera la conséquence du vote par correspondance destiné à élire les administrateurs des chambres d’agriculture. Un vote test pour la représentativité des syndicats qui a livré, les 5 et 6 févriers, ses résultats.
Près de 57% pour la FNSEA
Les surprises sont nombreuses. D’une part, le taux de participation a été important, de 66 % contre 61 % en 2001 malgré une campagne électorale que la plupart des acteurs ont jugé terne. Deuxième surprise, le niveau de progression de la FNSEA et des JA qui atteignent presque les 57 %, selon la dose de listes apparentées que l’on inclut à leur score. Une « divine surprise » au regard des craintes parfois exprimées au sein même du syndicalisme majoritaire. Celui-ci se rapproche de son score de 1995 (59 %) qui s’était effrité en 2001 (53 %) sous un gouvernement de gauche. Cela lui permet quelques progressions spectaculaires (dans des départements viticoles languedociens par exemple) et une conquête – historique – de la Chambre de Loire-Atlantique – détenue pourtant de longue date par la Confédération paysanne. La FNSEA et les JA devraient donc gérer toutes les chambres d’agriculture sauf le Calvados et le Lot-et-Garonne, détenues par la Coordination, et Mayotte et la Réunion, détenues par la Confédération. En tout cas, au soir des résultats, le siège parisien de la FNSEA était à la fête, le verdict des urnes dépassant les espoirs de bon nombre de syndicalistes.
Percée de la Coordination rurale
Le deuxième vainqueur de ce scrutin est bel et bien la Coordination rurale. Elle passe de 12 % des suffrages obtenus en 1995 et 2001 à 18,7 % en 2007. Elle devient deuxième syndicat agricole en métropole, talonnant la Confédération au niveau de la France entière. Une part de son succès est due à sa candidature dans 26 départements nouveaux par rapport à 2001. Elle progresse dans 32 départements mais voit son score diminuer dans 22 d’entre eux. Lors de l’annonce des résultats, le président de la CR, François Lucas, ne cachait pas sa satisfaction. Il regrettait toutefois de ne pas avoir réussi à faire fléchir la FNSEA au-dessous des 50 %.
De fait, même si le jeu des transferts de voix ne s’analyse pas ainsi, la progression de la Coordination (7 points) semblait proportionnelle à la chute de la Confédération (7 points). Les deux syndicats avaient pourtant espéré se développer aux dépens des organisations majoritaires. Quant au Modef, avec 2,2 % des voix, sa position continue de s’effriter par rapport à 3 % en 2001 et 4,6 % en 1995.
Les programmes professionnels en avant
Que révèlent ces résultats ? En premier lieu, la nature des programmes ayant séduit les agriculteurs. Ceux-ci ont manifestement privilégié les syndicats aux mots d’ordre purement professionnels. Le programme de la FNSEA et des JA avait mis essentiellement en avant ce type de revendication : régulation des marchés, revenu issu des prix agricoles, nouveaux marchés comme les biocarburants, préférence communautaire, baisse des charges, etc. Cela s’est avéré payant. La Coordination avait insisté sur la préférence communautaire, la rémunération par les prix, ne se distinguant réellement de la FNSEA que sur les biocarburants. Cela également lui a été favorable. En revanche, les principes défendus par la Confédération paysanne n’ont manifestement pas séduit : répartition plus égalitaire des aides, opposition aux OGM, changement des pratiques culturales, développement de l’emploi… autant de thèmes qui n’ont sans doute pas donné l’impression à une grande majorité d’électeurs qu’ils enrichiraient le revenu de la ferme France. De fait, à quelques semaines des élections politiques, les exploitants agricoles semblent avoir voulu lancer un signal : ils se considèrent avant tout comme des entrepreneurs, aux problématiques d’entreprise. Ils ont donc voté pour les professionnels les plus sensibles à ces questions. Le vote semble révéler aussi un attachement de la majorité à une certaine modernité de l’agriculture, celle qui ne refuse ni l’agrochimie ni les OGM. La FNSEA n’y est pas opposée, la Coordination ne s’en méfie qu’en raison des responsabilités qui risquent d’incomber au paysan en cas de sinistre.
Contexte favorable
Le vote majoritaire a sans doute aussi été amplifié par le contexte : les prix agricoles sont bons, ce qui dépend du hasard des marchés mondiaux mais aussi des stratégies professionnelles. Les prix de la viande bovine sont également la résultante de stratégies mises en œuvre, en France, pour gérer la sortie de la crise de la vache folle. Quant au prix du lait, longtemps en baisse, il fut compensé par une aide laitière directe tandis que le prix s’inscrivent à la hausse pour 2007. À cela s’ajoute la mise en place des DPU, une mise en place qui s’est déroulée correctement. C’est ce qui a permis de penser à bon nombre de votants que les négociations avec les pouvoirs publics avaient été fructueuses. En ce sens, les 57 % de voix pour la FNSEA sont aussi une victoire personnelle pour le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer, dans sa manière de conduire les discussions avec le gouvernement. Sa position devrait en être renforcée face aux futurs élus de la nation, qu’ils soient de gauche ou de droite.
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L’échec de la Confédération
Il y a ce que révèlent les succès du syndicalisme majoritaire et de la Coordination, mais il y a aussi ce que révèle l’échec de la Confédération paysanne. Le phénomène démographique a sans doute compté, tout d’abord. Entre 2001 et 2007, le corps électoral des exploitants est passé de 400 000 à 370 000. Une réduction de 30 000 personnes due à l’exode rural qui a peut-être compté une plus forte proportion d’exploitants en difficultés économiques ou sans grande confiance en leur avenir, ou bien sans successeur. Trois raisons qui pouvaient engendrer une remise en cause du fonctionnement de l’agriculture et donc un vote de contestation.
De surcroît, les bons résultats de la Confédération paysanne avaient été obtenus sous un gouvernement Jospin, ce qui pouvait expliquer une part du vote agricole pour un syndicat classé à gauche. Le vote « légitimiste », au-delà des clivages gauche-droite, a souvent été une tentation pour une part des agriculteurs.
2001 année exceptionnelle
Enfin, c’était l’époque où le médiatique José Bové s’ancrait pleinement dans le syndicalisme agricole et semblait pouvoir porter une alternative proprement agricole. Cette époque n’est plus. Six ans de combats incessants contre les OGM n’ont pas toujours été acceptés à 100 %, même parmi les militants Confédération paysanne. Et, de plus, José Bové a quitté le terrain du syndicalisme agricole pour s’engager en politique, réduisant à néant, pour la Confédération, ce qui pouvait rester de son impact médiatique. De ce point de vue, plusieurs observateurs se demandent si, avec le recul du temps, le score de 2001 (27 %) n’apparaîtra pas pour la Confédération paysanne comme une exception dans son histoire, succédant à quelque 20 % en 1995 et précédant le même score en 2007.
Impact politique
Cet échec flagrant de la Confédération, associé à la percée de la Coordination et au renforcement de la FNSEA et des JA a conduit un peu vite des observateurs à évoquer une poussée à droite du monde agricole. Une réaction tentante alors même que les explications du vote semblent plus professionnelles que politiques. « Personne ne pensait qu’il y aurait un tel transfert de voix entre le syndicalisme de gauche et le syndicalisme contestataire de droite », a estimé le ministre de l’agriculture Dominique Bussereau le 5 février, plaçant la Coordination « à la droite de la droite ». « Cela semble confirmer ce qu’indiquent les instituts de sondage actuellement par rapport au vote rural et au vote agricole, où Nicolas Sarkozy arriverait en tête dans les deux secteurs devant Ségolène Royal », ajoutait le ministre de l’Agriculture allant même jusqu’à constater que « la Confédération paysanne perd jusqu’à 10 points en Charente, dans le département de Ségolène Royal ». Des propos jugés « scandaleux » par François Lucas lui-même, contestant la lecture politique des résultats des élections de même que l’étiquette « droite de la droite » attribuée à son syndicat.
Si la lecture politique de cette élection est tout à fait insuffisante voire erronée, cela ne l’empêchera pas d’avoir bel et bien un impact politique. Ainsi, Jean-Michel Lemétayer considérait que, plus que jamais, les candidats à l’élection présidentielle devraient écouter les revendications et sensibilités du syndicalisme majoritaire avant de concevoir et de mettre en place leur politique agricole.