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NÉGOCIATIONS/SYNDICALISME La FNSEA veut placer l'agriculteur au cœur des négociations commerciales

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« Comment assurer l'avenir de nos productions ? », se demandaient les agriculteurs de la FNSEA, réunis à Laval à l'occasion de leur 70e congrès, du 30 mars au 1er avril. En théorie, toutes les filières semblaient d'accord : il faut créer de la valeur et s'assurer de sa répartition équitable entre les différents maillons de la chaîne alimentaire. Le contrat s'impose alors comme la clé de voûte du dispositif.

Les agriculteurs ne veulent plus être considérés comme de simples fournisseurs de minerais, expliquait Henri Brichart à Laval le 31 mars. Désigné comme « grand témoin » par son syndicat, il présentait le compte rendu de son tour des régions, réalisé afin d'auditer les acteurs de terrain. La solution, expliquait-il, « créer de la valeur ». Les agriculteurs, toutes productions confondues, ont les moyens de le faire, à travers notamment une meilleure maîtrise des volumes, une adaptation qualitative à la demande des consommateurs et une meilleure segmentation des marchés, « vérita-blement rémunératrice ». Guy Hermouet, président de la section bovins de l'interprofession (Interbev), ne s'est pas fait prier. Avec Interbev, « nous travaillons sur une segmentation cœur de gamme » a-t-il expliqué. Il s'agirait de viande de bovins allaitants, de qualité et dont le but serait de « tirer les prix vers le haut ». Mais si les agriculteurs s'engagent vers une production de qualité, ils craignent que toute la valeur supplémentaire soit captée par l'aval.

DÉVELOPPER LA CONTRACTUALISATION

Car les agriculteurs constatent encore un « rapport de force déséquilibré » entre les agriculteurs et le reste de la filière et « une politique de prix bas centrée uniquement sur le pouvoir d'achat des consommateurs ». La solution, estime Henri Brichart réside dans une contractualisation « plus efficace », menée « tout au long de la chaîne alimentaire ». Cette contractualisation pourrait être tripartite et « défendre la prise en compte du coût de production sans en rester au seul prix de marché ». « Le contrat, ça marche ! » selon le médiateur des relations commerciales agricoles Francis Amand. Même s'il reconnaît que des améliorations sont encore à faire, son constat est sans appel : à chaque fois que des contrats ont été mis en place, les filières s'en sont mieux sorties. Et la relation contractuelle est amenée à se développer, estime Francis Amand, d'autant plus que les aides publiques tendent à diminuer et que les politiques menées sont de plus en plus libérales. Le contrat, qui « ouvre des devoirs », est alors le meilleur garde fou pour les agriculteurs.

DES OP COMMERCIALES FORTES

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Convaincus de la portée de la contractualisation, les agriculteurs de la FNSEA veulent cependant s'assurer qu'ils ne seront pas lésés dans l'équilibre des contrats. Non !, affirme Henri Brichart, si l'on met en place des organisations de producteurs (OP) fortes, qui n'entrent pas en concurrence face à un même acheteur. « La commercialisation sera au cœur du métier de l'OP », explique la FNSEA et ce dans l'intérêt des producteurs. Ses responsables devront d'ailleurs être formés, au niveau économique et juridique, afin d'être efficaces dans les négociations commerciales. Il appartiendra d'ailleurs aux OP de maîtriser les volumes produits.

DES AGRICULTEURS GESTIONNAIRES

Reste que l'agriculteur lui-même devra se remettre en question, selon les adhérents de la FNSEA. Il faudra désormais « être autant gestionnaire que producteur », c'est-à-dire connaître ses coûts de production, son marché, maîtriser ses investissements… Dans cette optique, la FNSEA estime que des mutations doivent être engagées dans la formation initiale et continue des agriculteurs, mais également dans le conseil qui est apporté aux agriculteurs.