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Colloque FOP La force des cultures réside dans la maîtrise des filières

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Qu’il s’agisse de mesurer leur impact économique et social sur un territoire ou leur solidité économique, la force des grandes cultures réside dans leur capacité à maîtriser toute leur filière, de la production à la commercialisation. C’est ce qu’a montré un colloque réuni le 18 octobre à Toulouse sur liens entre filières et territoires.

Que ce soit le blé dur, le maïs, le tournesol oléique ou le soja bio, le constat est le même. La force (ou la faiblesse) de ces productions réside dans leur capacité à intégrer tous les échelons de la filière dans une même démarche. C’est ce que la plupart des participants à un colloque organisé par la Fop (Fédération des oléoprotéagineux) le 18 octobre à Toulouse ont constaté. « Le temps du simple savoir-produire est révolu depuis longtemps, lançait Étienne Barada, président des JA Midi-Pyrénées. Aujourd’hui, le savoir-vendre est tout aussi important. D’où la nécessité d’interagir entre production, transformation et distribution. » Aller chercher des nouveaux marchés, les développer et innover étaient les maîtres-mots des intervenants. « Nous sommes le 2e producteur européen de blé dur », rappelle Jean-François Gleizes (AGPB), président du groupe coopératif Occitan, évoquant le débouché que constitue l’Afrique du Nord. « Le Maghreb est un marché énorme, juste à nos portes et complètement dans nos cordes, à condition de continuer à leur proposer des variétés adaptées à leurs besoins et d’être capable d’assurer des volumes en croissance constante. »

Recherche et industrie

La recherche et l’industrie sont tout aussi importantes aux yeux de Jean-Philippe Penet (Saipol) : « L’arrivée du tournesol oléique a marqué un tournant pour les débouchés alimentaires et énergétiques, avec des sous-produits de trituration à gros potentiel économique (tourteaux). Mais si la filière marche, c’est parce qu’on a la maîtrise de l’outil industriel en aval avec le groupe Sofiprotéol (Lesieur, Diester industrie, Oleon, Glon Sanders,…). »
C’est peut-être ce qui va permettre à la filière Soja bio de décoller. Nicolas Lecat (Agribio Union), annonçait, de fait, la prochaine mise en place d’une unité de trituration de soja bio dans le Lot-et-Garonne, pour contrer le quasi monopole de l’Amérique du Sud en matière d’alimentation animale. « Le soja est une petite filière, mais qui présente l’avantage d’apporter des protéines, de compléter les assolements et de répondre aux obligations de baisse des intrants », ajoutait Etienne Barada : « Mais pour la relancer, il faut que les rendements progressent pour que les agriculteurs s’engagent. La recherche a boosté le tournesol, il faudra faire de même pour le soja. »
De son côté, Henri-Bernard Cartier (AGPM) rappelait que la recherche est également à l’origine de la révolution des maïs hybrides. « Ce maïs si décrié dans la presse a tout de même sauvé l’élevage, cette année, soulignait-il. Sans lui, la pénurie d’aliment aurait été catastrophique. Il faut réhabiliter cette production qui permet, en irrigant, d’installer et de maintenir des agriculteurs sur des exploitations de taille moyenne et donc de faire vivre les terroirs. Et là aussi, l’avenir dépendra de l’innovation. Mais vu le contexte de méfiance à l’égard de la science, on a de quoi avoir des inquiétudes. » Et c’était bien un des buts de ce colloque que d’exposer les contraintes et obstacles rencontrés par ces filières dans leur développement.

Principe d’innovation contre principe de précaution

Parmi les contraintes, le principe de précaution. Jean Bizet, sénateur et président de la Commission des affaires européennes au Sénat, a recueilli l’approbation du public pour ses positions en faveur d’une recherche scientifique libérée de l’irrationnel. « Je ne connais pas de pays qui entre dans l’avenir en marchant à reculons, assénait-il. Les politiques, de droite ou de gauche, sont sans courage sur ce dossier. Il faudrait pourtant inscrire le principe d’innovation dans notre constitution, si on ne veut pas voir la recherche déserter définitivement notre pays. Et les brevets qui vont avec… » La position était plus délicate pour Vincent Labarthe, vice-président du conseil régional Midi-Pyrénées, pour qui les biotechnologies mettraient en danger les productions sous signe de qualité, du fait d’une dissémination possible des OGM. « L’agriculture est une chance pour notre région, que ce soit en termes d’emplois, de variété de paysage et de qualité de vie », expliquait-il. Complexité réglementaire, limitation des moyens de production (irrigation, Écophyto, …), une bonne partie des contraintes dont souffre l’agriculture on été passées en revue, tant par les intervenants que par la salle. « Les décisions de Bruxelles sur le verdissement de la PAC sont de véritables sanctions à la production et la France en remet systématiquement une couche supplémentaire quand les règles arrivent chez nous », tempêtait Christian Peès, président du groupe Euralis et vice-président de la Cogeca (Confédération des coopératives agricoles de l’UE) « L’arrivée du Parlement européen dans le processus décisionnaire est également un problème. Nos parlementaires sont loin d’être au fait des enjeux de l’agriculture. » Un constat confirmé par Jean Bizet qui regrettait le manque de lobbyisme de la France à Bruxelles et notre trop grande « naïveté » dans les négociations commerciales par rapport à nos voisins anglo-saxons, beaucoup plus agressifs. « Nous avons un vrai devoir d’éducation de nos représentants », résumait Christian Peès.
Une mission que compte mener Xavier Beulin, président de la FNSEA et administrateur de la Fop. Il concluait d’ailleurs la matinée en estimant que la France avait au moins autant besoin de sociologues que de chercheurs, pour faire comprendre l’agriculture à ses concitoyens. « Dans les discussions qui nous attendent sur la future Pac, nous devrons davantage monter au filet pour montrer que l’agriculture amène de la richesse et de l’emploi aux territoires, en plus de sa fonction, trop souvent oubliée, de nourrir les populations. »

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