La forêt du bassin du Congo est le 2e massif forestier du monde après l'Amazonie. En République Démocratique du Congo, un projet d'agroforesterie aux alentours de Kinshasa génère des « crédits carbone ». En les rachetant, la Banque mondiale finance le développement du projet.
« Nous avons reçu la lettre d'intention de la Banque mondiale d'acheter 1 million de tonnes de crédits d'émission de carbone en septembre 2005 », raconte Olivier Lushiete, ingénieur agronome et directeur général de Novacel (entreprise familiale des paiements des services environnementaux) en République Démocratique du Congo (RDC), le 19 février. Dix ans plus tard, son projet d'associer la culture de manioc à la plantation d'acacia s'est considérablement développé. Il est même lauréat d'un concours international lancé par deux organisations de développement françaises (voir encadré). L'idée de départ est de pérenniser la sédentarisation des villages qui cultivent dans la forêt du bassin du Congo, le 2e massif forestier du monde après l'Amazonie. Et surtout de limiter la déforestation qui est historiquement suivie d'une culture, mais qui ne permet pas de stocker du carbone. C'est par des connaissances, qu'Olivier Lushiete a pu téléphoner au responsable crédits carbones de la Banque mondiale pour lui faire part de son projet : « C'est exactement ce que l'on recherche ! », avait-il été répondu au milieu des années 2000, selon Olivier Lushiete.
Les réticences locales poussent à améliorer le projet
Il ne s'agit pas seulement d'obtenir le financement. Il faut aussi de convaincre les agriculteurs, premiers concernés par le projet. Olivier Lushiete a fait ses études d'agronomie en Belgique, puis il est revenu en RDC. « Un professeur belge m'avait appris l'agroforesterie », poursuit-il. Héritier de terres agricoles et forestières à quelques kilomètres de Kinshasa, il ne tarde pas à vouloir associer la culture de manioc avec les plantations d'acacia. « La culture de manioc ne craint pas le feu. Elle permet de protéger les acacias qui sont coupés tous les sept ans et valorisés, par exemple en charbon de bois », explique-t-il. Les arguments agronomiques ne manquent pas, mais ils sont insuffisants pour certains paysans. « Certains se sont engagés facilement. D'autres avaient des réticences sur les faiblesses du projet », admet l'agronome congolais. La première, c'est la sécurité de pouvoir vendre la récolte. « Face aux réticences, on est en train de mettre en place une coopérative pour assurer les débouchés et sécuriser le revenu des agriculteurs ».
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Avec près de dix ans de recul, Olivier Lushiete reste conscient que ce n'était pas gagné. Au départ du projet, il avait « zéro balles ». Puis le rachat des crédits d'émissions de carbone par la Banque mondiale en 2005 a lancé la machine. « Nous avons vendu beaucoup moins de crédits carbone que prévu au départ », admet-il. Mais ça a débloqué quelque chose. « Le projet initial était de 4500 hectares (…). Aujourd'hui, nous travaillons sur 35 000 hectares (1), se réjouit-il, sur les quinze prochaines années, nous espérons éviter l'émission de 900 000 tonnes de carbone ».
(1) Le projet est entré dans le programme onusien REDD (Reducing emissions from deforestation and forest dégradation).
« Beaucoup d'agriculteurs du Sud peuvent s'intensifier écologiquement sans passer par l'utilisation des énergies fossiles comme l'ont fait les pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) », a déclaré Jean-Luc François, chef de la division agriculture, développement rural et biodiversité à l'Agence française de développement (AFD), lors d'une conférence de presse à Paris, le 19 février. Douze lauréats internationaux (Philippines, Maroc, Tchad...) au concours d'innovations agricoles et forestières face au dérèglement climatique ont été présentés. Les projets innovants ne sont pas que techniques. Il y a aussi des innovations institutionnelles et financières.