Abonné

La forêt française abat sa carte « matériau du futur » devant les investisseurs

- - 4 min

La forêt française a besoin de financements. Au-delà de la quantification des besoins, la filière a fait valoir ses atouts devant les investisseurs, le 5 novembre lors d’un colloque à Paris. De la chimie verte aux bâtiments, la forêt n’a pas à rougir des autres visages de la France industrielle de demain.

« Demain, nous tisserons – avec la chimie verte – de la cellulose des arbres », a déclaré Georges Henri Florentin, directeur général du FCBA (institut technologique de la filière forêt-bois française), lors du colloque « Filière forêt-bois et changement climatique : investir pour l’avenir » au Conseil économique, social et environnemental, à Paris, le 5 novembre. Ce colloque réunissait toute la filière, et des nouveaux : les financeurs privés. Les seuls deniers publics ne suffisent plus pour relancer et développer durablement la forêt française. Plusieurs représentants de la filière ont fait remarquer que le monde de la forêt et celui de la finance n’ont pas l’habitude de se côtoyer. L’objectif est donc de les rapprocher. La filière estime, au bas mot, des besoins annuels de 150 millions d’euros. « C’est peu pour la finance et beaucoup pour la forêt », argue Pierre Achard, président de l’Asffor (association des sociétés et groupements fonciers et forestiers).

Le bois, matériau du futur

Pour attirer les financeurs, la filière doit convaincre car le secteur est assis sur du moyen-long terme, propre à la croissance des arbres. Ainsi, Georges Henri Florentin a vanté les mérites des fibres cellulosiques. Ces fibres des arbres servent déjà à fabriquer du tissu. « Nous avons les technologies pour cela », assure-t-il. Le secteur du bâtiment est aussi, évidemment, un gros débouché pour le bois français. Franck Mathis, président-directeur général de Mathis SA, est actif dans la construction d’immeubles en bois. « Aujourd’hui, on est capables de construire des immeubles de cinq à dix étages. Demain, on vise les quinze à trente étages. En Amérique du Nord, même en Europe, les filières avancent vite. » C’est une manière de signifier aux investisseurs potentiels qu’il y a urgence à investir dans la forêt. « On vit dans un monde de compétition. Et elle a déjà commencé (dans le secteur du bâtiment bois, N.D.L.R.). »

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

changement climatique
Suivi
Suivre

Hiérarchiser les usages du bois

Les financeurs n’investiront pas seulement en se fiant au potentiel de la forêt. D’une part, la réglementation est nécessaire pour envisager des investissements durables de la forêt en France et en Europe. Mauro Poinelli, chef d’unité Environnement, forêt et changement climatique de la DG Agri de la Commission européenne, a rappelé que cette dernière cherche des instruments financiers pour la forêt. Les expériences des États membres peuvent donner des idées à l’échelle européenne. L’Europe accorde aussi des aides directes aux investissements dans la filière. Et en outre, « il faut un cadre pour attirer les investisseurs », soutient Mauro Poinelli. Par exemple, Bruxelles est en train de travailler sur la directive énergies renouvelables 2020-2030. Mais le fonctionnaire européen a rappelé qu'en l'absence d'une rémunération satisfaisante des produits de la forêt, toutes ses vertus ne seront jamais exploitées. D’autre part, Hervé Le Bouler, responsable réseau forêt pour France Nature environnement, a rappelé qu’il est important de « hiérarchiser les usages du bois. » Le sujet polémique de la filière est le bois énergie. Mais sur ce sujet, il est clair : « Le bois énergie est à la forêt ce que les épluchures sont à la patate. » En d’autres termes, il est hors de question d’exploiter la forêt seulement pour le bois-énergie. Il conclut : « Si on dit qu’il faut du bois dans les sociétés, il faut dire qui, où, comment, etc. »