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Céréales françaises La France assure à l’export, moins à l’intérieur

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En France, d’importants retards sur les récoltes de céréales, en raison d’un climat frais cet été, ont logiquement entraîné des retards de semis. Si, pour le moment, aucun dégât n’est avéré, des risques se profilent pour les cultures d’hiver. De plus, des objectifs d’exportation toujours soutenus pour les céréales françaises, qui connaissent une bonne demande, devraient laisser des stocks céréaliers tendus en fin de campagne 2012-2013. Une rareté attendue qui oblige d’ores et déjà les éleveurs à se positionner sur des prix élevés pour sécuriser leurs approvisionnements.

Tout est en retard cette année en France. Un été relativement frais, précédé par des gels hivernaux début 2012, a retardé les récoltes. Mais, malgré les difficultés, les volumes moissonnés sont dans la moyenne des dernières années. Un atout pédoclimatique français, défendu par la profession comme un gage de pérennité de l’offre, et reconnu par les importateurs. Ces derniers commencent d’ailleurs à faire leurs emplettes dans l’Hexagone. Ceci, après s’être rués sur les origines mer Noire avant que les disponibilités de la zone ne soient épuisées. De fait, des retards sur les exportations de céréales françaises ont été observés, engendrant même des encombrements dans les silos portuaires en début de campagne d’exportation 2012-2013.

Le développement des cultures inquiète

Les retards de récolte en France ont reporté d’autant les semis des cultures d’hiver, qui se doivent pourtant d’atteindre un certain stade de développement pour résister aux rigueurs hivernales. À ce niveau, justement, des inquiétudes se profilent. Ainsi, selon le rapport Céré’Obs de FranceAgriMer, au 19 novembre, seulement 10% des blés tendre français d’hiver ont atteint le stade « début tallage », contre 38% à la même époque l’an dernier. En orge d’hiver, le retard est encore plus prononcé avec 17% des pieds au stade « début tallage », contre 56% un an plus tôt. Pour le blé dur, les semis sont réalisés à 74% contre 94% en 2011, et seulement 22% des pieds ont levé contre 81% il y a un an. Ces retards de développement font courir un risque aux productions françaises avant leur entrée dans l’hiver. Du côté du colza d’hiver, le Cetiom, centre technique des oléagineux, a récemment alerté sur l’aspect chétif des pieds dans le Centre, en Ile-de-France et dans le Nord-Est, avant leur entrée dans l’hiver. Un risque pour la survie des plantes. Mais au delà de ces craintes prospectives, un rythme soutenu des exportations françaises de céréales commence déjà à faire monter les cours.

Des exportations enfin à plein régime…

Après avoir subi des engorgements en début de campagne, les ports français d’exportation sont entrés dans leur rythme de croisière. C’est le constat fait par FranceAgriMer, qui indique qu’au 27 novembre 2,762 millions de tonnes (Mt) de blé tendre ont été exportées depuis la France pour 2012-2013, contre 3,040 Mt un an plus tôt. Des exportations en retard, mais qui bénéficient d’un fort appétit de l’Afrique du nord depuis quelques temps. Ainsi, au mois d’octobre, la France a exporté plus d’un million de tonnes de blé tendre sur pays tiers, contre 700 000 tonnes à la même période un an plus tôt. En octobre, le niveau d’exportation du blé tendre vers l’Algérie est stable par rapport aux années précédentes à 370 000 tonnes. Mais, c’est le Maroc qui fait la différence. Une nouvelle fois, le royaume a été touché par une forte sécheresse, abaissant fortement la récolte de céréales en 2012. Ainsi, à fin octobre les exportations de blé tendre français vers le Maroc atteignaient 426 000 tonnes, contre 71 000 tonnes à la même période un an plus tôt. Le Maroc représenterait ainsi près d’un tiers des embarquements français depuis le début de campagne. Les autres débouchés sont aussi en hausse, 30% de plus sur l’Afrique subsaharienne, doublement sur le Yemen, et l’Egypte commence à s’en mêler avec l’achat de 120 000 tonnes de blé français début novembre.

…mais les importations pour l’alimentation animale s’envolent

Si cette année, les exportations de céréales françaises profiteront du retrait des origines mer Noire sur la deuxième partie de campagne, les besoins domestiques, notamment en alimentation animale, seront à nouveau couvert par l’importation. Ainsi, quand les importations françaises de maïs représentaient 14 087 tonnes à la fin novembre en 2011, elles atteindraient les 129 357 t en 2012. En revanche, les importations de blé reculent, passant de 86 222 t en 2011 à 22 649 t en 2012. Cette situation serait liée à une pénurie globale de blé fourrager, dont le prix s’approche des qualités meunières. Il est remplacé par le maïs, généralement moins cher, dans les rations animales. Malgré tout, des analystes craignent que l’Europe, et donc la France, soit confrontée à des défaillances de marché (évolutions différentes des cours mondiaux vis-à-vis de ceux du marché domestique). Un cas de figure qui commence à se vérifier avec des orientations de cours du blé tendre et du maïs qui divergent entre les marchés de Chicago et Euronext. En effet, lorsque, depuis le début de campagne 2012-2013, les cours de ces produits sont stables à baissiers aux Etats-Unis, ils sont plutôt orientés à la hausse en Europe. Une situation qui s’explique par des ratios stocks sur utilisations globalement plus confortables aux Etats-Unis qu’en Europe. Rien que pour le blé, ce ratio tomberait à 8,9% en Europe, et 6% en France, fin 2012-2013, contre 48% aux Etats-Unis. En revanche, pour le maïs le ratio pour les deux zones tourne autour des 6%. À la différence près que le premier débouché du maïs américain est le marché domestique, ce qui évite les affolements sur les marchés locaux.

 

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