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Recensement La France céréalière prend la tête

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Le recensement général de l’agriculture vient de révéler une profonde mutation de l’agriculture française. Au-delà des données habituellement constatées sur la concentration des exploitations et la réduction de leur nombre global, une mutation structurelle de grande ampleur est en route : le monde des exploitations de céréales et d’oléoprotéagineux est devenu le premier en France en ce début du troisième millénaire. Si l’on compte les moyennes et grandes exploitations (1), ce secteur a même vu le nombre d’exploitations croître et dépasser le nombre d’exploitations d’élevage qui, elles, n’ont cessé de se réduire.

La France va-t-elle devenir essentiellement céréalière ? Le labourage va-t-il prendre le pas sur le pâturage selon l’expression consacrée sur les « deux mamelles » du pays ? Sans doute pas. Mais le recensement agricole dont les résultats ont commencé à être dévoilés le 12 septembre montrent une inflexion majeure. Ironie du sort c’est à l’occasion de l’inauguration du Space, le salon de Rennes spécialisé en élevage, que le ministre de l’agriculture a prononcé des premiers commentaires. Mais c’est bien la dimension grandes cultures de la France qui paraît la plus conquérante.
Qu’on en juge : entre 2000 et 2010, le nombre d’exploitations céréalières et d’oléagineux est resté quasiment stable, ne diminuant que de 88 500 à 84 700 en 2010. Mieux encore : les exploitations dites moyennes ou grandes, c’est-à-dire dont la production est au moins au-dessus de 25 000 euros en moyenne, sont plus nombreuses. Elles étaient de 49 500 en 2000 et elles sont 51 400 aujourd’hui ! Il est rare de voir, en agriculture, une statistique de nombre d’exploitants évoluer à la hausse. C’est bien pourtant le cas pour ces unités de céréales et d’oléagineux.

Profonde restructuration laitière
Face à cette croissance ou à ce poids relatif qui augmente, les autres domaines affichent une restructuration au pas de charge. Production laitière : le secteur est passé de 76 300 exploitations en 2000 à 50 200 aujourd’hui. Une chute quasiment équivalente est constatée pour les élevages de bovins viande (de 79 800 à 59 500), pour les éleveurs d’ovins-caprins. L’élevage hors sol n’est pas épargné : 7 900 exploitations spécialisées en porcs en 2000, 6 300 en 2010. La viticulture n’est pas en reste : 97 600 exploitations en 2000 et 70 000 en 2010.
Devant ces chutes vertigineuses, la résistance des grandes cultures est d’autant plus étonnante. A quoi est-elle due ? Les chercheurs de tous horizons se pencheront sans doute sur ces chiffres durant les mois qui viennent pour en analyser tous les aspects.

Retournement des prairies
Selon Gisèle Giroux, chef du bureau de l’information statistiques au SSP (services de statistiques) au ministère de l’Agriculture, une analyse fine des transferts entre élevage et grandes cultures est en préparation pour octobre. Autrement dit, quelle est l’ampleur du phénomène des éleveurs qui retournent leurs prairies et sèment des céréales ou oléoprotéagineux ? Ou alors, l’impact ces éleveurs qui abandonnent le métier et dont l’exploitation est rachetée par un céréalier. Déjà, on savait que si les terres à cultures annuelles se réduisent du fait des grandes agglomérations, elles s’étendent de plus en plus au dépens des prairies en zones d’élevage (étude Agreste, 2008). La notion de revenu est évidemment au cœur de ces évolutions. Même si les céréaliers subissent plus que jamais l’impact des prix erratiques aujourd’hui, leurs revenus ont presque toujours été supérieurs à ceux de leurs confrères éleveurs. Et les besoins d’investissements, par rapport au hors sol, souvent inférieurs, avec des charges plus variables en fonction de la production que pour les éleveurs dans des systèmes intensifs ou hors-sol.

Moins de « grandes exploitations » en céréaliculture
Et pourtant, les résultats du recensement remettent en cause, sur ce plan, bien des idées reçues. Ainsi, ce n’est pas dans le secteur céréalier que l’on compte le maximum de grandes exploitations. Tout au moins si l’on en juge par la valeur de la production (sont qualifiées de grandes exploitations celles qui dégagent un produit moyen de plus de 100 000 euros). C’est, selon les statisticiens du ministère de l’agriculture dans le secteur laitier que ces « grandes » structures sont les plus nombreuses. Elles représentent 61% pour les exploitations laitières contre 26% pour les céréales et oléagineux. Mais production importante ne signifie pas revenu important. En 2010, les « grandes » exploitations représentaient 88% du total en production porcine alors que le revenu y était très faible. L’impact du renchérissement des charges est évidemment déterminant. En 2009, les élevages hors sol, dont la production porcine, se situaient en queue de peloton du revenu agricole.

Bretagne et Pays de Loire cultivent les céréales
Rien d’étonnant alors à ce que ces secteurs cèdent de plus en plus le pas à la production de grandes cultures. Cette « céréalisation » de la France est si frappante qu’elle touche même la Bretagne, région d’élevage par excellence. Selon le recensement, les 2 400 exploitations bretonnes spécialisées en grandes cultures ont eu une SAU (Surface agricole utile) moyenne en augmentation de 32% avec un nombre d’exploitations quasi-stable. Alors même que le nombre global d’exploitations baissait de 25% sur la même période. Depuis 10 ans, près du tiers des exploitations en bovins lait a disparu en Bretagne, nous disent les statisticiens ! De même, en Pays de Loire, le nombre d’exploitations céréalières a franchement augmenté alors qu’il a considérablement baissé pour la production laitière, le hors sol ou la viande bovine. Même si ces spéculations restent très minoritaires dans ces régions, leur essor et le poids largement majoritaire atteint en France pourrait faire réfléchir bien des politiques et syndicalistes.

(1) En fonction de valeurs moyennes calculées sur la période 2005-2009, les statisticiens calculent une « production brute standard » (PBS). Cette production permet de classer les exploitations en trois catégories : Petites exploitations (PBS jusqu’à 25 000 €), moyennes exploitations (de 25 000 € à 100 000 €) et grandes (plus de 100 000 €).

 

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