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Pac/Bilan de santé La France émet des réserves notamment sur la politique laitière

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Les ministres de l’Agriculture de l’UE européenne ont apporté un soutien de principe au projet de réforme de la PAC, même si certains pays, dont la France et l’Allemagne, se montrent critiques sur certains points. Devant les ministres réunis en Conseil les 26 et 27 novembre à Bruxelles, le ministre français, Michel Barnier, a insisté par ailleurs sur la nécessité pour l’UE de disposer d’une « politique alimentaire, territoriale et agricole forte» pour préserver son indépendance alimentaire.

Les propositions de la Commission européenne visant à préparer les éleveurs à la disparition des quotas laitiers en 2015 doit, selon la France, se faire avec prudence, dans la mesure où il s’agit d’un élément important de l’aménagement du territoire national. « Aujourd’hui je suis réservé sur ces propositions de supprimer les quotas laitiers », a souligné Michel Barnier. Parce que, dit-il, « les quotas dans notre pays, en accord avec l’ensemble des dirigeants agricoles, ont été attribués à chacun des départements de France ». Il explique que cela a des inconvénients « quand on doit produire plus comme c’est le cas aujourd’hui et que l’on se trouve limité par ses quotas de production ». La France est selon lui « à 600.000 tonnes en dessous de ce qu’elle pourrait produire ». Mais les quotas ont des avantages aussi : « La production de lait fixe les outils de transformation (laiteries, usines, emplois) dans les territoires producteurs de lait au lieu d’encourager la concentration et le déménagement du territoire ».

Ne pas détricoter le système des quotas

Il faut, selon le ministre, penser aux régions fragiles qui ne sont pas forcément toutes des zones de montagne. « Avant de détricoter totalement le système des quotas je demande à voir comment nous pouvons préserver cet aménagement économique des territoires », a indiqué Michel Barnier. Et de plaider notamment pour une répartition équilibrée des unités de transformation laitière car, dit-il, « je n’ai pas envie que toute la montagne française ou que le Sud-ouest soient totalement vidés de production laitière et d’usines de transformation du lait ». Le ministre, originaire lui-même de la Savoie, a promis de travailler sérieusement avec la filière laitière sur ces questions.

Produire plus et mieux

« Mon sentiment est que nous avons besoin d’une politique alimentaire, territoriale et agricole forte », a indiqué Michel Barnier lors de son intervention devant ses pairs. Allant plus loin il a souligné que pour réussir l’ambition de la compétitivité, l’UE a besoin d’une politique agroalimentaire forte car, dit-il, « c’est l’agroalimentaire qui tire le commerce extérieur national et européen en ce moment ». Cette politique est, selon lui, liée aux grands enjeux que sont la souveraineté alimentaire, la sécurité alimentaire et les nouvelles énergies. « Ce sera le fond de notre démarche à nous à la future présidence tournante de l’UE », a affirmé le ministre.

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Evoquant le contexte dans lequel se trouve aujourd’hui l’économie mondiale (demande alimentaire en hausse, démographie mondiale, concurrence des biocarburants) le ministre a souligné que dans les années qui viennent il sera nécessaire de « produire plus et mieux ».

On va saisir le « bilan de santé » qui ouvre certaines possibilités et les outils que propose la Commission pour aller dans ce sens, a-t-il ajouté en annonçant que la France présenterait en septembre 2008, lors d’une réunion informelle des ministres de l’agriculture de l’UE qui se tiendra à Annecy, des propositions pour l’avenir de la Pac de l’après-2013.

Lutter contre la spéculation

Abordant les propositions de la Commission de réduire certaines subventions directes notamment aux grandes cultures, le ministre Barnier a indiqué que cela constituerait un progrès que « d’être payé pour son travail par les prix plutôt que par des subventions ». Cet argent qui serait rendu disponible pourrait être utilisé selon lui dans deux directions : la première, liée à la volatilité des prix, doit prévoir la création d’outils dits de prévention et de gestion des crises. « On ne peut pas laisser l’alimentation des gens à la merci de la grande spéculation internationale qui va se développer si les prix des denrées alimentaires continuent à augmenter ». En second lieu, ajoute Michel Barnier, l’Europe et chaque Etat membre ont besoin de systèmes d’assurance privés/publics, à l’exemple du « farm bill » américain. « On a commencé cela en France avec les assurances-récolte, je souhaite que l’on généralise ce type de système pour donner de la stabilité et de la protection à ce métier d’agriculteur » qui est extrêmement difficile puisqu’il est totalement lié à la nature (eau, air, sol et aléas climatiques). Le ministre plaide par ailleurs pour le renforcement la vigilance européenne, notamment en ce qui concerne les conditions sanitaires, écologiques et sociales dans lesquelles les produits importés agricoles et agroalimentaires entrent dans le marché communautaire.